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Monde arabe : La contestation se propage

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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  spike le Sam 9 Avr - 11:45



Vingt-deux manifestants tués en Syrie

• Des milliers de manifestants défilent dans plusieurs villes de Syrie.

• En Libye, l'Otan refuse de s'excuser après avoir tué par erreur des combattants rebelles, hier. Le secrétaire général de l'Alliance a exprimé ses «regrets».

• Nouveaux rassemblements de pro et anti-régime au Yémen. Saleh rejette la médiation des pays du Golfe.

• Les Egyptiens réclament par milliers le jugement de Moubarak place Tahrir.



Syrie

Quatrième vendredi de manifestations dans le pays. La contestation semble prendre de l'ampleur. Des milliers de personnes ont défilé dans différentes villes du pays.

Mais la répression a été sévère: selon l'Organisation nationale des droits de l'Homme, 22 personnes auraient été tuées dans des affrontements, dans trois villes: 17 à Deraa, deux à Homs, trois à Harasta.

«Nous avons constaté l'usage intense de balles réelles, de gaz lacrymogènes et d'un autre gaz qui provoque des évanouissements», a dit à l'AFP Ammar Qourabi, le président de l'organisation.

A Deraa (sud), épicentre de la contestation depuis le 18 mars, la colère ne s'éteint pas. Plusieurs milliers de personnes ont défilé après la prière.

«Les forces de sécurité en civil ont tiré d'abord des grenades lacrymogènes pour essayer de les disperser puis des balles réelles et caoutchoutées alors que les manifestants leur lancent des pierres. Les affrontements se poursuivent», racontait à l'AFP un militant des droits de l'homme, en milieu d'après-midi.



L'agence officielle Sana affirme de son côté que 19 membres des forces de l'ordre ont été victimes de «groupes armés», dans cette ville.

La contestation s'ancre aussi dans le nord-est, où vit une importante minorité kurde. La région est entrée dans le mouvement vendredi dernier.

Près de 7000 personnes ont manifesté aujourd'hui dans six localités du nord, notamment dans les zones kurdes, en faveur de l'abolition de la loi d'urgence et de la libération des détenus. Hier, le président Bachar al-Assad a pourtant tenté l'apaisement, en naturalisant des dizaines de milliers de Kurdes, La fin d'un conflit vieux de 50 ans.

Ils étaient aussi plusieurs milliers à Banias et un millier d'autres à Tal, à 20 km au nord de Damas.

-> Vidéo tournée à Banias, et mise en ligne par S.N.N. (Shaam News Network), réseau de citoyens qui diffusent images et infos sur la contestation via Twitter, Facebook, Youtube.







En revanche, à Douma (banlieue de Damas), un accord a été conclu entres autorités et contestataires pour que ceux-ci puissent manifester sans l'intervention des forces de sécurité. Accord «respecté pour le moment», selon un militant. Vendredi dernier, au moins huit personnes avaient été tuées.

Depuis mi-mars, la répression aurait fait plus de cent morts.

-> Suivre les événements avec notre liste Twitter

-> Lire le reportage paru dans Libé du 7 avril, «Damas cultive la peur face à la révolte»



Libye

Des rebelles libyens près d'Ajdabiya le 8 avril (AFP Odd Andersen)

L'Otan réfute l'idée qu'il y ait une «impasse», qu'elle soit politique ou militaire. Le général Carter Ham, chef du Haut Commandement américain pour l'Afrique, a estimé hier que tel était bien le cas «en ce moment sur le terrain».

Par ailleurs, l'Alliance atlantique refuse de s'excuser pour avoir bombardé par erreur, hier, des chars appartenant aux rebelles, près de Brega. «Jusqu'à hier, nous n'étions pas informés que les forces du CNT faisaient usage de chars», s'est justifié un haut responsable.

Plus diplomatiquement, le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen a qualifié l'«incident» de «très malheureux». «Je regrette vivement les morts» qu'il a entraînées, a-t-il déclaré. Le bombardement a tué deux soldats et un ou deux médecins, et fait 14 blessés et six disparus.

Les rebelles contrôlent toujours Ajdabiya. Hier, des milliers de civils et rebelles ont fui à la suite de rumeurs sur une attaque imminente des pro-Kadhafi.

Bernard-Henri Lévy est de retour. Il est en partance pour Benghazi, puis ira à Brega, peut-être à Ajdabiya et Misrata. Il doit rencontrer notamment des responsables du Conseil national de transition (CNT), le «gouvernement» des rebelles. «De façon indépendante», a-t-il précisé.

-> Lire (en zone abonnés) le reportage de notre envoyé spécial, «Benghazi s'empresse de mettre sous presse»

-> Notre liste Twitter.



Yémen

Manifestants anti-régime pendant la prière, à Taiz, le 8 avril (Khaled Abdullah Ali Al Mahdi / Reuters)

A nouveau, partisans et opposants au régime du président Saleh manifestent par dizaines de milliers, chacun dans leur partie de la capitale, Sanaa. Chacun réuni sous un slogan différent. Pour les pro, ce vendredi est la «Journée de la fermeté» ; pour les anti, celle «de l'entente».

Alors qu'à de nombreuses reprises, des violences ont éclaté entre les deux camps, aucun incident n'a été enregistré jusque là.

Mais à Taëz, au sud de Sanaa, deux manifestants ont été tués par les tirs des forces de l'ordre et des dizaines d'autres blessés.

La contestation dure depuis fin janvier et Saleh ne lâche rien. Intervenant devant ses partisans, il a rejeté une offre de médiation des monarchies arabes du Golfe, les accusant «d'ingérence».

(photo Ammar Awad / Reuters)



Egypte

Des manifestants brandissent une caricature de Moubarak portant sur son dos "l'argent du peuple" (Asmaa Waguih / Reuters)

Deux mois après la chute du président Hosni Moubarak, des dizaines de milliers d'Egyptiens manifestent au Caire pour demander son jugement, et critiquer la haute hiérarchie militaire qui dirige le pays. Lire en détails ici.

Ils sont autour de 100.000, place Tahrir, pour un rassemblement intitulé «Journée de procès et de purification». Un chiffre plus important que pour d'autres manifestations du même genre ces dernières semaines. Les Frères musulmans a appelé à se joindre à cette manifestation.

Des milliers de personnes ont scandé «Tantaoui, tu fais partie de la bande», en référence au maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) à qui Moubarak a remis le pouvoir en partant.

L'armée reste très populaire en Egypte en raison de la retenue dont elle a fait preuve face à la foule au cours du soulèvement. Mais son image a été ternie ces dernières semaines par des accusations de violence et de torture, et par les incertitudes qui persistent sur les modalités de retour à un pouvoir civil.
http://www.liberation.fr/monde/01012330605-libye-l-otan-refute-toute-impasse
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Lun 25 Avr - 20:07

Syrie/Libye : deux poids, deux mesures ? Analyse d'Henri Guirchoun
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/les-revolutions-arabes/20110425.OBS1861/syrie-libye-deux-poids-deux-mesures-analyse-d-henri-guirchoun.html
Des tanks déployés à Deraa et dans plusieurs villes, des cadavres de manifestants sur les trottoirs, une chasse à l’homme contre les contestataires ou opposants jetés dans les oubliettes des services de sécurité : depuis vendredi, le régime syrien s’est lancé dans une campagne de répression de grande envergure, destinée à museler la vague de révolte qui secoue le pays depuis six semaines. Les derniers bilans font état de près de 500 morts. Et la fermeture, au sud, des postes frontières avec la Jordanie semble indiquer que l’opération militaro-policière va se poursuivre.


Malgré l’annonce d’un train de réformes, comme la levée de l’Etat d’urgence, le président Bashar al –Assad a donc choisi de renouer avec les pratiques paternelles (le massacre de Hama, en 1982 revient dans les mémoires), celles d’un autocrate prêt à tout pour maintenir son clan au pouvoir.



Loin d'une résolution
Cette violence indigne la communauté internationale. L’ONU condamne, la France dénonce une répression "aveugle et brutale", et selon le Wall Street Journal, les Etats-Unis s’apprêtent à imposer des sanctions et le gel des avoirs des principaux dirigeants syriens. Mais on est très loin d’une résolution qui permettrait le recours à la force pour défendre les populations civiles syriennes.

Certes, on pourrait énoncer à l’infini les différences entre les personnalités d’Assad et de Khadafi, entre l’importance géopolitique de la Syrie et celle de la Libye, entre le rôle des tribus libyennes et de la minorité alaouite syrienne, entre la Jamahiriya de Tripoli et le Baas de Damas…



Etats "voyous"
Il y a tout de même aussi quelques points communs. Ainsi, la Syrie comme la Libye ont longtemps été classés parmi les Etats infréquentables, ou "voyous" pour reprendre un vocable autrefois prisé à Washington. Puis les deux pays ont tour à tour progressivement été réintégrés dans le cortège des nations. Après avoir renoncé à l’arme nucléaire, pour Tripoli. En acceptant de se retirer du Liban, pour Damas. Cela n’allait pas de soi. Pour preuve, les grincements consécutifs à l’invitation à Paris du bouillant colonel ou à la présence au défilé du 14 juillet du président syrien. Autre signe : les obstacles rencontrés par Obama pour faire entériner par le Congrès la nomination en janvier dernier d’un nouvel ambassadeur à Damas.



Deux poids, deux mesures
Les révolutions arabes d’abord, puis les révoltes qui ont éclaté en Libye comme Syrie, et surtout la férocité de la répression qui a suivie, ont fait voler en éclat cette politique dite du "rapprochement", à laquelle avaient souscrit Paris, Londres ou Washington.

Mais à l’heure où les avions de l’Otan détruisent les bureaux de Khadafi à Tripoli, les protestations internationales de ces derniers jours contre Damas paraissent sans réelle portée sur un régime aux abois. Surtout, elles risquent de favoriser un sentiment d’inégalité, d’injustice. Avec d’un coté, une population libyenne qu’on aurait décidé de défendre, de l’autre, un peuple syrien qui serait abandonné à son sort.

Une sorte de "deux poids, deux mesures" qui risque de devenir de plus en plus difficile à assumer.

Henri Guirchoun - Nouvelobs.com
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Mar 26 Avr - 20:15

Amr Moussa : «Le mouvement des peuples est irréversible»
http://www.lefigaro.fr/international/2011/04/22/01003-20110422ARTFIG00577-amr-moussale-mouvement-des-peuples-est-irreversible.php

Amr Moussa : « Les sociétés arabes se suivent les unes les autres, elles s'imitent, car elles partagent toutes la même aspirationà la fin de l'autoritarisme, du népotisme, de la corruption, car elles veulent toutes être associées à la prise de décision publique. » Crédits photo : OLIVER LANG/AFP
Le candidat à la présidence de l'Égypte a reçu Le Figaro au siège de la Ligue arabe.

Né en 1936, Amr Moussa, diplômé de la faculté de droit du Caire, fut diplomate de carrière à partir de 1958. En 1991, alors qu'il était ambassadeur d'Égypte aux Nations unies, Moubarak le nomme ministre des Affaires étrangères, responsabilité qu'il exerce pendant dix ans. En 2001, il devient secrétaire général de la Ligue arabe, fonction qu'il abandonnera fin mai pour établir au Caire le quartier général de sa candidature à la présidentielle de novembre. Homme raffiné et intègre, anglophone et francophone, Amr Moussa jouit d'une grande popularité dans son pays.

LE FIGARO. - Le monde arabe est confronté à des changements sans précédent. Face à eux, comment réagit la Ligue arabe ?

Amr MOUSSA. - La Ligue arabe apprécie hautement l'appel au changement exprimé par les populations arabes. Nous étions pleinement conscients que les régimes politiques en place ne pouvaient pas se perpétuer ainsi. Les peuples arabes voyaient tous les autres peuples évoluer pour entrer dans le XXIe siècle, alors que chez eux rien ne changeait. Leur frustration était immense. Lors de notre sommet de Charm el-Cheikh du 19 janvier, soit six jours avant le début de la révolution égyptienne, j'ai dit publiquement que l'Égypte allait être touchée à son tour par la grande aspiration au changement démocratique. Le président Moubarak m'a critiqué, me répondant que la Tunisie, c'était une chose, l'Égypte une autre…

Exactement le type d'argument qu'a utilisé Bachar el-Assad dans son discours du 30 mars devant le Parlement de Damas…

Cet argument ne vaut rien. Bien sûr qu'il y a des particularités régionales, mais le fond de l'affaire, c'est que les sociétés arabes se suivent les unes les autres, elles s'imitent, car elles partagent toutes la même aspiration à la fin de l'autoritarisme, du népotisme, de la corruption, car elles veulent toutes être associées à la prise de décision publique. Au sommet du 19 janvier, j'ai averti qu'aucun pays arabe ne serait épargné par ce profond et légitime désir de changements politiques. Bien sûr, les changements ne seront pas les mêmes dans les républiques ou les monarchies, au Yémen ou en Égypte, en Tunisie ou en Syrie. La Ligue arabe ne prétend pas donner un modèle de changement applicable à tous ses membres, mais elle leur a dit et leur répète que, partout, il faudra du changement. Ce mouvement des peuples arabes vers la liberté est irréversible.

Était-il sage de la part de l'Arabie saoudite d'envoyer des troupes au Bahreïn ?

Cet envoi de troupes s'est fait légalement, en application du traité unissant les six États du Conseil de coopération du Golfe. Pour nous, que les choses soient très claires : Bahreïn est un État arabe et qui le restera. Le maintien de sa stabilité est essentiel à nos yeux. J'espère que l'Iran va comprendre que son devoir est d'entretenir des relations de bon voisinage dans le Golfe, et non d'exploiter les difficultés actuelles que traverse le monde arabe. Je pense d'ailleurs que ce formidable vent de changement ne va pas s'arrêter au seul monde arabe et qu'il touchera aussi l'Iran.

Vous êtes candidat à la présidentielle égyptienne de novembre. Quels sont les grands contours de la future Égypte que vous préconisez ?

Nous devons avancer sur la voie de la démocratie et de la réforme. Dans ce pays, au cours des 20 dernières années, rien n'a été fait pour améliorer la bonne gouvernance, l'éducation, la santé, le logement, l'agriculture, l'emploi des jeunes, les infrastructures. Nous allons forger une nouvelle Constitution, pour inscrire dans le marbre le caractère démocratique de tout futur pouvoir d'État en Égypte. Ensuite, nous devrons créer un atelier de réflexion associant tous les mouvements représentatifs de la population, afin de dessiner les réformes et de veiller à leur mise en place.

Depuis le coup d'État des «officiers libres» en 1952, l'Égypte est gouvernée par les militaires. Politiquement, le général Moubarak n'est que le «petit-fils» du colonel Nasser. Historiquement, ce régime militaire n'a-t-il pas été une catastrophe ?

Je ne peux que vous donner raison. Quand vous regardez l'état du pays après 60 ans de régime militaire, quand vous constatez la misère régnant dans nos villages et l'indigence des services publics offerts à la population, vous pouvez en effet vous dire que l'héritage n'est pas très brillant…

Pensez-vous que devrait être aboli l'article 2 de la Constitution, qui dit que l'islam est la religion de l'État et la charia la principale source du droit ? La religion ne devrait-elle pas être confinée à la sphère privée ?

Il y a actuellement, en Égypte, et aussi à l'étranger, un grand débat sur cette question. Il faut l'aborder avec prudence et sophistication. Personnellement, je pense qu'il est de l'intérêt de tout le monde de ne pas toucher à cet article. Il fait référence aux principes généraux de la charia, qui sont des principes d'humanité. Il n'exclut pas d'autres sources de droit. Pourquoi, sans nécessité, prendrait-on le risque de créer des problèmes, lesquels à la longue ne bénéficieraient à personne ? Mais il faut bien sûr aussi garder les autres articles de la Constitution qui garantissent la liberté de conscience et l'égalité entre tous les citoyens égyptiens.

La minorité copte est inquiète. Qu'envisagez-vous pour la rassurer ?

Cette inquiétude n'est hélas pas infondée. Le problème est que ce pays n'a pas été bien géré, notamment en termes d'éducation nationale. Nous avons devant nous une tâche immense pour apprendre au peuple le principe essentiel de tout État civilisé, qui est la tolérance. Autrefois, il n'y avait pas la moindre intolérance religieuse en Égypte. C'est le laxisme et l'incompétence du gouvernement qui l'ont fait resurgir par endroits.

Préconisez-vous un régime parlementaire ou présidentiel ?

Nous avons besoin d'un système présidentiel, au moins pour les dix prochaines années, afin d'attendre que les partis politiques - et les formations parlementaires qui en seront issues - aient atteint un minimum de maturité. En ce qui me concerne, je m'engage à ne faire qu'un mandat de quatre ans : mon objectif est de remettre le pays sur ses rails, puis de passer le relais à la jeune génération.

Quelle sera votre attitude à l'égard d'Israël ?

Moubarak a commis deux erreurs : le blocage de la bande de Gaza lorsqu'elle fut sauvagement attaquée par Israël en décembre 2008, et la participation à de pseudosommets de la paix, alors que le gouvernement israélien n'en veut pas et continue sa colonisation illégale des Territoires palestiniens. Cela dit, je pense que la solution au conflit israélo-palestinien ne peut être que politique et que l'Égypte a intérêt à maintenir son traité de paix avec Israël.

LIRE AUSSI :

» La Ligue arabe critique les frappes aériennes sur la Libye

» DOSSIER - Révoltes dans le monde arabe
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Mar 3 Mai - 9:34

Les avoirs de Kadhafi, Ben Ali et Moubarak bloqués par la Suisse
france-info
La Suisse a annoncé aujourd’hui avoir gelé des dizaines millions de francs suisses d’avoirs appartenant aux anciens présidents tunisien et égyptien Zine Ben Ali et Hosni Moubarak, ainsi qu’au dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

Selon le ministère suisse des Affaires étrangères, 360 millions de francs suisses d’avoirs potentiellement illégaux liés au n°1 libyen et à son entourage ont été retrouvés. Pour Hosni Moubarak, les fonds sont évalués à 410 millions de francs suisses et à 60 millions pour Ben Ali.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Sam 7 Mai - 9:59

Révoltes dans le monde arabe : la journée de vendredi, pays par pays
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/05/06/revoltes-dans-le-monde-arabe-la-journee-de-vendredi-pays-par-pays_1518263_3212.html#ens_id=1481132

Au moins vingt-six manifestants tués vendredi en Syrie

Au moins vingt-six personnes ont été tuées par les forces de sécurité syriennes et plusieurs autres ont été blessés alors que des milliers d'opposants au président Bachar Al-Assad défilaient à travers le pays en ce "vendredi du défi", bravant l'interdiction édictée par le ministère de l'intérieur. Les violences ont particulièrement touché les villes de Homs, Hama et Jablah.

>> Lire : "'Vendredi du défi' en Syrie : la répression fait plusieurs morts"

Les forces de l'ordre ont également arrêté à Damas l'une des principales figures de l'opposition, Riad Seïf. Interpellé après la prière du vendredi à proximité de la mosquée Al-Hassan, il avait purgé une peine de deux ans et demi de prison (janvier 2008-juillet 2010) pour avoir appelé à la démocratie, et faisait partie des douze opposants signataires de la "déclaration de Damas", appelant à un changement politique en Syrie.

Pendant ce temps, l'armée a poursuivi son retrait de Deraa, épicentre de la contestation contre le régime, ville située à 100 kilomètres au sud de Damas. Des milliers de villageois en ont profité pour converger vers la localité de Tafas en scandant des slogans exigeant le renversement du chef de l'Etat syrien, ont rapporté deux témoins.

Face à cette montée des violences, les vingt-sept Etats européens sont tombés d'accord pour sanctionner quatorze membres du régime syrien, excluant dans l'immédiat le président Bachar Al-Assad. Ces sanctions consisteraient en un gel des avoirs et des interdictions de visa à l'encontre de ces dirigeants. Le principe d'un embargo sur les armes et le matériel de répression est également acquis.

>> Lire : "L'UE se met d'accord pour sanctionner 14 membres du régime syrien"

Nouvelles manifestations au Yémen, la médiation des pays du Golfe dans l'impasse.
Des dizaines de milliers de partisans et d'adversaires du régime se sont rassemblés à Sanaa, sur la place des Sittine, près de l'épicentre de la contestation. Tandis que les partisans démontraient leur soutien au régime, les protestataires ont de nouveau appelé au départ du président contesté Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis près de trente-trois ans.

Le président yéménite a promis de "résister" à ses détracteurs qualifiés de "hors-la-loi". "Ce sont des forces réactionnaires et terroristes", a-t-il déclaré, ne cessant d'invoquer "la légitimité constitutionnelle", pour défendre son mandat qui court jusqu'en 2013.

Alors que les forces opposées campent sur leurs positions, le plan de sortie de crise du médiateur, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), reste dans l'impasse. L'opposition a, en effet, rejeté la position du président concernant la nouvelle version du plan de transfert du pouvoir, présentée jeudi par les pays du Golfe. Le parti au pouvoir avait déclaré que le président ne signerait pas l'accord tant que les représentants de sa formation et de l'opposition n'en auront pas fait de même.

Le régime libyen critique le plan international d'aide aux rebelles
Le régime libyen s'est insurgé contre le plan international d'aide aux rebelles, qui prévoit l'utilisation de ses fonds gelés, et a répété que Mouammar Kadhafi n'avait aucune intention de quitter le pouvoir.

>> Lire : "La Libye critique la création d'un fonds spécial pour les rebelles"

Près de trois mois après le début du conflit contre le pouvoir autoritaire de Mouammar Kadhafi, les combats semblent marquer le pas, en particulier dans la région stratégique de Misrata, jusqu'alors largement bombardée par les forces loyales au dirigeant.

La France, premier pays à reconnaître le Conseil national de transition mis en place par la rébellion à Benghazi, a déclaré "persona non grata quatorze ex-diplomates libyens".

Nouveaux incidents entre policiers et manifestants dans Tunis
Les forces de l'ordre tunisiennes ont violemment dispersé les deux cents personnes venues manifester dans le centre de Tunis pour réclamer la "démission" du gouvernement transitoire et "une nouvelle révolution". Des grenades lacrymogènes ont été tirées et la police a chargé les protestataires.

La police était déjà intervenue dans la journée pour disperser des manifestants rassemblés sur l'avenue Bourguiba. La tension est remontée d'un cran en Tunisie après les propos tenus jeudi par l'ancien ministre de l'intérieur, Farhat Rajhi, sur un possible coup d'Etat de fidèles du président déchu Zine El-Abidine Ben Ali en cas de victoire électorale des islamistes d'Ennahda.

Les nouvelles autorités ont promis d'organiser des élections législatives le 23 juillet, en vue de désigner une nouvelle assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Mer 11 Mai - 10:39

Libye, Syrie : deux poids, deux mesures
http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/commentaires/point-de-vue-libye-syrie-deux-poids-deux-mesures-11-05-2011-1296620.php
Il est parfaitement légitime de se demander pourquoi, après des semaines de répression sanglante en Syrie, la communauté internationale n'a pas agi autrement que par des mots pour tenter de retenir le bras meurtrier du clan Assad.


Dans ce pays arabe grand comme un tiers de la France, la minorité alaouite, une des branches du chiisme, tient le pouvoir d'une main de fer. Cela dure depuis plus de quarante ans, c'est-à-dire depuis que Hafez el-Assad, père de l'actuel président, a réussi un coup d'État contre ses amis du parti Baas. Il a conservé sa mainmise sur ce parti laïc et panarabe, avant de créer ce qui est devenu une quasi-monarchie avec la prise des rênes du pays par son fils, Bachar el-Assad. Dictateur honni, il était, jusqu'à il y a peu, fort bien reçu en France, au point d'avoir assisté au défilé du 14 juillet 2008. L'heure n'est, certes, plus aux ronds de jambes et autres gesticulations diplomatiques : l'Europe a décidé aujourd'hui de prendre des sanctions économiques contre les principaux organisateurs de la répression sanglante qui s'abat sur le pays. Mais il est clair qu'il n'y aura rien de plus. Et que personne ne s'engagera pour défendre les opprimés syriens. Libye, Syrie, deux poids, deux mesures ? Certes. Ni pour Nicolas Sarkozy, ni pour Barack Obama, l'opération libyenne ne coûte cher. Kadhafi ne représente rien ou presque, ne tient aucun territoire précieux, et sa dépréciation politique est totale. Bachar el-Assad a d'autres atouts : s'il chute, il est évident - c'est à tout le moins ce que l'on pense dans toutes les chancelleries - que le pouvoir tombera dans les mains des sunnites, qui représentent près de 80 % de la population. Et qui se trouvent être travaillés de longue date par les Frères musulmans, intégristes actuellement interdits. Personne ne veut les voir au pouvoir, et surtout pas Israël. Bachar el-Assad peut massacrer son peuple sans crainte, ce n'est pas demain que Nicolas Sarkozy lui enverra ses bombardiers !
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Ven 13 Mai - 18:55

Pourquoi la révolte syrienne se démarque-t-elle des autres révolutions du monde arabe ?
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/05/13/pourquoi-la-revolte-syrienne-se-demarque-t-elle-des-autres-revolutions-du-monde-arabe_1521674_3218.html
Depuis plus de deux mois, un mouvement de révolte agite la société syrienne et met en danger le régime autoritaire de Bachar Al-Assad. Si cette mobilisation s'inscrit dans le cadre du printemps arabe, elle se différencie du modèle des révolutions tunisienne et égyptienne à de nombreux égards. Pour l'historien et politologue Hamit Bozarslan, ancien directeur de l'Institut d'études de l'islam et des sociétés du monde musulman, cette contestation se démarque "moins par sa nature que par la nature du régime syrien".

Le mouvement de révolte en Syrie est-il comparable aux révolutions de Tunisie et d'Egypte ?

Hamit Bozarslan : Le monde arabe connaît une attente démocratique et réclame la fin des régimes autoritaires depuis des années. Une aspiration qui se combine avec la passion d'une nouvelle génération pour la liberté, l'égalité et la dignité. De ce point de vue-là, ce qui se passe en Syrie fait partie d'une contestation qui dépasse le simple cadre du pays. La différence avec les autres pays révolutionnaires ne s'explique donc pas tant par la nature de la contestation que par la nature du régime.

Dans le cas de la Tunisie et de l'Egypte, étaient installés au plus haut niveau ce que l'on appelle des "Etats cartels". Ces réseaux, constitués autour d'un prince, sont composés de différents organes, notamment l'armée, une partie de la bourgeoisie et de la bureaucratie. Dans ces systèmes, le prince a pour rôle principal de garantir la survie de ce cartel, mais les différentes composantes, et principalement l'armée, disposent d'une autonomie considérable. C'est pour cette raison qu'en Tunisie et en Egypte, l'armée a pu se dissocier du prince et conduire à la chute du régime. En Syrie, la relation entre l'armée et le pouvoir est infiniment plus forte et plus encadrée. Et l'organisation de l'Etat, très réduit autour de la famille du président et d'un petit clan de la minorité alaouite, s'apparente davantage en ce sens à l'ancien régime de Saddam Hussein en Irak.

D'un point de vue géographique, en quoi la contestation syrienne se démarque-t-elle ?

Dans le cas de l'Egypte et de la Tunisie, on observait que les villes du Caire et de Tunis étaient centrales. Il y avait également des contestations locales, mais l'avenir des deux pays s'est joué dans ces deux grandes agglomérations. En Syrie, les dynamiques locales sont infiniment plus importantes. Damas, qui devrait jouer un rôle central, ne parvient pas à émerger comme tel. Cette inertie s'explique par la forte surveillance militaire mais aussi par une différence sociologique par rapport aux autres révolutions arabes. C'est avant tout une révolte des provinces.

Pourquoi la répression du régime syrien semble-t-elle plus efficace ?

Les pratiques coercitives sont très différentes d'un pays à l'autre. En Syrie, on a évidemment un exemple sinistre des pratiques du pouvoir avec l'épisode de Hama, en 1982 [les troupes du président Hafez Al-Assad, père de l'actuel président, avaient réprimé dans le sang une insurrection orchestrée par les Frères musulmans]. Aujourd'hui, le régime syrien se montre très efficace car il parvient à fracturer l'espace et le temps de la contestation, à imposer son rythme. En déplaçant ses chars d'une ville à l'autre, en faisant régner la terreur dans différents lieux successifs, le pouvoir syrien réussit à empêcher la création d'une dynamique commune de l'opposition. Ce que n'avait pas réussi à faire Ben Ali et Moubarak. De ce point de vue, je crains que le temps joue en faveur du pouvoir. Plus les autorités imposent leur rythme, plus elles rendent la contestation diffuse.

Existe-t-il en Syrie une force d'opposition cohérente ?

Il est très difficile de définir aujourd'hui l'opposition syrienne, même si on dispose d'énormément d'éléments. Il s'agit visiblement d'une coalition hétéroclite dans laquelle on trouve des intellectuels, des jeunes de la classe moyenne, des exclus du système informel, des membres de courants libéraux, une opposition conservatrice, voire islamiste. A l'inverse des mouvements tunisiens et égyptiens, on entend dans les cortèges le slogan "Allah akbar" [Dieu est le plus grand]. Ce qui ne signifie pas nécessairement un mot d'ordre islamiste : le slogan est aussi un appel à la résistance depuis un siècle et demi dans le monde arabe.

L'organisation de la contestation est-elle différente ?

Comme en Tunisie et en Egypte, la contestation se joue sur le plan virtuel, sur Internet et avec les réseaux sociaux. Mais la différence principale réside dans la faculté d'organisation sur le terrain. La Tunisie et l'Egypte présentaient ce paradoxe qu'ils étaient des pays très ouverts : ils accueillaient des millions de touristes, ils avaient une diaspora très importante et une forte influence. A condition de ne pas toucher la personne du prince, les intellectuels pouvaient se rassembler, la vie universitaire était très vivace…

En Syrie, ce n'est pas du tout le cas. Si l'Etat s'est effectivement retiré de certains domaines sociaux comme la "soupe populaire" ou les dispensaires, l'encadrement de la société demeure très fort. La peur des moukhabarat, la police secrète syrienne, est bien plus forte que celle qui existait en Tunisie ou en Egypte.

Comment s'explique le manque de réactivité de la communauté internationale ?

Il y a cinq ans, la Syrie a été réhabilitée par la communauté internationale. Une décision commune qui trouve de nombreuses justifications, parmi lesquelles la stabilisation de la frontière entre la Syrie et l'Irak, ou encore la pacification du Liban. Ces facteurs expliquent en grande partie l'inertie actuelle de la communauté internationale, qui ne parvient pas à trouver une position commune. Il faut rappeler qu'Israël joue aussi un rôle important car la Syrie représente un peu son "meilleur ennemi". Le régime de Bachar Al-Assad, bien que très hostile évidemment à l'Etat d'Israël, est relativement encadré, notamment grâce à l'influence de Washington. Or le remplacement du régime Al-Assad pourrait représenter un grand danger pour les Israéliens.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Jeu 19 Mai - 10:05

Ben Laden parle encore... dans un message posthume
FRANCE INFO - 08:44
Le chef d’Al-Qaïda a été tué au Pakistan par un commando américain le 2 mai, son corps jeté à la mer. Et pourtant, on l’entend encore. Une voix -présentée comme celle d’Oussama Ben Laden- a été diffusée hier sur internet par un site proche d’Al-Qaïda. Une voix qui salue les révolutions arabes.

C’est le centre américain de surveillance des sites islamistes (SITE) qui dit avoir intercepté le message sur des forums djihadistes. Un message audio de 12 minutes et 37 secondes. Un message attribué à Ben Laden avant sa mort.

Selon le SITE, l’ancien chef d’Al-Qaïda y applaudit les révolutions en Tunisie et Égypte, les qualifie de "rare opportunité historique" et appelle les musulmans à en prendre exemple et décider du bon moment pour répandre la révolte.
" Tout retard pourrait provoquer la perte de cette opportunité et la déclencher avant l’heure exacte augmenterait le nombre de victimes", affirmerait Ben Laden.


Le SITE précise qu’’Al-Qaïda, dans un communiqué, avait prévenu que Ben Laden avait enregistré ce message une semaine avant d’être tué lors de l’assaut des forces spéciales américaines contre sa résidence à Abouttabbad.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Jeu 19 Mai - 18:01

L'administration Obama face aux révoltes du monde arabe
http://www.france24.com/fr/20110519-barack-obama-discours-diplomatie-monde-arabe-revolution-soulevement-tunisie-egypte-israel-palestiniens-ben-laden
À l'occasion d'un grand discours prononcé ce jeudi par Barack Obama sur le monde arabe, France24.com dresse un état des lieux de la politique arabe des États-Unis depuis le début des révoltes qui secouent le Moyen-Orient et le Maghreb.

"Je suis venu ici en quête d’un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l’intérêt et le respect mutuels". Cette phrase prononcée en juin 2009 par le président Obama, lors de son célèbre discours du Caire, devait marquer une rupture avec la politique de George W. Bush. Deux ans plus tard, le prix Nobel de la paix 2009 doit de nouveau prononcer un discours très attendu sur le monde arabe, ce jeudi au département d’Etat à Washington. Cette prise de parole est pour lui "l'occasion de prendre un peu de recul et d'analyser ce dont nous avons été témoins", depuis le début de l'année, a précisé mardi le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney.

Obama et le printemps arabe

Quatre mois après le début du printemps arabe qui redistribué les cartes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et quelques semaines après l’élimination d’Oussama Ben Laden, les Etats-Unis tentent de s’adapter à un contexte régional en pleine mutation. Non sans un succès relatif. "Une fois l’effet de surprise passé, l’administration Obama a su réagir rapidement et accompagner, tant bien que mal, ce tsunami démocratique en Tunisie et surtout en Egypte, où l’influence américaine a été décisive pour écarter le président Moubarak", explique Khattar Abou Diab, politologue et professeur à l'université Paris-XI. Cette diplomatie, aux antipodes de celle de son prédécesseur, "porte le sceau d’Obama", qui, si l’on se réfère à son discours du Caire, "avait misé dès 2009 sur la jeunesse arabe, en s’adressant directement à elle", poursuit le politologue.

Pour confirmer cet engagement à l’égard de mouvements teintés d’aspirations démocratiques, le président Obama devrait dévoiler un plan d'aide de plusieurs milliards de dollars pour l'Égypte et à la Tunisie. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d'un plan de soutien aux réformes démocratiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ont annoncé mercredi des responsables américains. "Les Américains ont toujours manifesté un grand intérêt pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Face à une Union européenne qui peine à trouver une position commune, Obama prend les devants pour soutenir cette période transitoire qui est capitale pour ces pays en quête de stabilité, notamment au plan économique", relève Khattar Abou Diab.

Message brouillé

Le discours de jeudi devrait apporter quelques précisions d’ordre stratégique. Car si elle a épousé la cause des révolutions tunisiennes et égyptiennes, l’administration Obama a réagi au cas par cas au "printemps arabe" - Syrie, Libye, Yémen. Au risque de brouiller son message, notamment en épargnant ses alliés traditionnels du Golfe, où des mouvements ont été réprimés au Bahreïn et à Oman, sans que Washington ne réagisse pour autant. "L'une des principales difficultés pour Obama va être de faire sens pour les millions de personnes dans le monde arabe qui espèrent le changement, sans fâcher davantage des alliés importants des Etats-Unis dans le Golfe ayant tout intérêt à maintenir l'actuel statu quo", explique Haïm Malka, expert ès Moyen-Orient au Centre pour les études internationales et stratégiques (CSIS), interrogé par l’AFP.

Enfin, la question épineuse du conflit israélo-palestinien empoisonne toujours la diplomatie arabe de Washington. Pour preuve, George Mitchell, émissaire américain dans la région, a fini par démissionner la semaine dernière faute de progrès sur la voie de la paix. dans l'intervalle, le Hamas, ennemi juré des Israéliens, s'est réconcilié avec le Fatah du président Mahmoud Abbas, compliquant un peu plus la tâche des Américains. Par ailleurs, le discours prononcé jeudi intervient en pleine recrudescence des efforts diplomatiques en vue d’une reprise des négociations de paix, avec des visites cette semaine à la Maison Blanche du roi Abdallah II de Jordanie et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. "La responsabilité des Etats-Unis est énorme concernant la question palestinienne. Si Obama ne parvient pas à trouver de solution, les acquis du printemps arabe seraient remis en cause par la persistance de ce foyer de tensions", constate Khattar Abou Diab. À quelques mois du début de la campagne électorale américaine, le président Obama se doit d'agir, faute de quoi cet éventuel échec pourrait rester comme "une tâche" sur son bilan.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Sam 28 Mai - 11:07

2011 : le printemps arabe ?
Samir Amin
http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Samir_Amin.280511.htm

Spoiler:
Samedi 28 mai 2011

L’année 2011 s’est ouverte par une série d’explosions fracassantes de colère des peuples arabes. Ce printemps arabe amorcera-t-il un second temps de « l’éveil du monde arabe » ? Ou bien ces révoltes vont-elles piétiner et finalement avorter – comme cela été le cas du premier moment de cet éveil évoqué dans mon livre L’éveil du Sud. Dans la première hypothèse, les avancées du monde arabe s’inscriront nécessairement dans le mouvement de dépassement du capitalisme / impérialisme à l’échelle mondiale. L’échec maintiendrait le monde arabe dans son statut actuel de périphérie dominée, lui interdisant de s’ériger au rang d’acteur actif dans le façonnement du monde.

Il est toujours dangereux de généraliser en parlant du « monde arabe », en ignorant par là même la diversité des conditions objectives qui caractérisent chacun des pays de ce monde. Je centrerai donc les réflexions qui suivent sur l’Égypte, dont on reconnaîtra sans difficulté le rôle majeur qu’elle a toujours rempli dans l’évolution générale de la région.

L’Égypte a été le premier pays de la périphérie du capitalisme mondialisé qui a tenté « d’émerger ». Bien avant le Japon et la Chine, dès le début du XIXe siècle Mohammed Ali avait conçu et mis en œuvre un projet de rénovation de l’Égypte et de ses voisins immédiats du Mashreq arabe. Cette expérience forte a occupé les deux tiers du XIXe siècle et ne s’est essoufflée que tardivement dans la seconde moitié du règne du Khédive Ismail, au cours des années 1870. L’analyse de son échec ne peut ignorer la violence de l’agression extérieure de la puissance majeure du capitalisme industriel central de l’époque – la Grande Bretagne. Par deux fois, en 1840, puis dans les années 1870 par la prise du contrôle des finances de l’Égypte khédivale, enfin par l’occupation militaire (en 1882), l’Angleterre a poursuivi avec acharnement son objectif : la mise en échec de l’émergence d’une Égypte moderne. Sans doute le projet égyptien connaissait-il des limites, celles qui définissaient l’époque, puisqu’il s’agissait évidemment d’un projet d’émergence dans et par le capitalisme, à la différence du projet de la seconde tentative égyptienne (1919-1967) sur laquelle je reviendrai. Sans doute, les contradictions sociales propres à ce projet comme les conceptions politiques, idéologiques et culturelles sur la base desquelles il se déployait ont-elles leur part de responsabilité dans cet échec. Il reste que sans l’agression de l’impérialisme ces contradictions auraient probablement pu être surmontées, comme l’exemple japonais le suggère.

L’Égypte émergente battue a été alors soumise pour près de quarante ans (1880-1920) au statut de périphérie dominée, dont les structures ont été refaçonnées pour servir le modèle de l’accumulation capitaliste / impérialiste de l’époque. La régression imposée a frappé, au-delà du système productif du pays, ses structures politiques et sociales, comme elle s’est employée à renforcer systématiquement des conceptions idéologiques et culturelles passéistes et réactionnaires utiles pour le maintien du pays dans son statut subordonné.

L’Égypte, c’est à dire son peuple, ses élites, la nation qu’elle représente, n’a jamais accepté ce statut. Ce refus obstiné est à l’origine donc d’une seconde vague de mouvements ascendants qui s’est déployée au cours du demi-siècle suivant (1919-1967). Je lis en effet cette période comme un moment continu de luttes et d’avancées importantes. L’objectif était triple : démocratie, indépendance nationale, progrès social. Ces trois objectifs – quelles qu’en aient été les formulations limitées et parfois confuses – sont indissociables les uns des autres. Cette interconnexion des objectifs n’est d’ailleurs rien d’autre que l’expression des effets de l’intégration de l’Égypte moderne dans le système du capitalisme / impérialisme mondialisé de l’époque. Dans cette lecture, le chapitre ouvert par la cristallisation nassériste (1955-1967) n’est rien d’autre que le dernier chapitre de ce moment long du flux d’avancée des luttes, inauguré par la révolution de 1919-1920.

Le premier moment de ce demi-siècle de montée des luttes d’émancipation en Égypte avait mis l’accent – avec la constitution du Wafd en 1919 – sur la modernisation politique par l’adoption d’une forme bourgeoise de démocratie constitutionnelle et sur la reconquête de l’indépendance. La forme démocratique imaginée permettait une avancée laïcisante – sinon laïque au sens radical du terme – dont le drapeau (associant le croissant et la croix – un drapeau qui a fait sa réapparition dans les manifestations de janvier et février 2011) constitue le symbole. Des élections « normales » permettaient alors non seulement à des Coptes d’être élus par des majorités musulmanes, mais encore davantage à ces mêmes Coptes d’exercer de très hautes fonctions dans l’Etat, sans que cela ne pose le moindre problème.

Tout l’effort de la puissance britannique, avec le soutien actif du bloc réactionnaire constitué par la monarchie, les grands propriétaires et les paysans riches, s’est employé à faire reculer les avancées démocratiques de l’Égypte wafdiste. La dictature de Sedki Pacha, dans les années 1930 (abolition de la constitution démocratique de 1923) s’est heurtée au mouvement étudiant, fer de lance à l’époque des luttes démocratiques anti-impérialistes. Ce n’est pas un hasard si, pour en réduire le danger, l’ambassade britannique et le Palais royal ont alors soutenu activement la création des Frères musulmans (1927) qui s’inspiraient de la pensée « islamiste » dans sa version « salafiste » (passéiste) wahabite formulée par Rachid Reda, c’est à dire la version la plus réactionnaire (antidémocratique et anti progrès social) du nouvel « Islam politique ».

La conquête de l’Ethiopie entreprise par Mussolini et la perspective d’une guerre mondiale se dessinant, Londres s’est trouvé obligé de faire des concessions aux forces démocratiques, permettant le retour du Wafd en 1936 et la signature du Traité anglo-égyptien de la même année – un Wafd au demeurant lui-même « assagi ». La seconde guerre mondiale a, par la force des choses, constitué une sorte de parenthèse. Mais le flux de montée des luttes a repris dès le 21 février 1946, avec la constitution du bloc étudiant-ouvrier, renforcé dans sa radicalisation par l’entrée en scène des communistes et du mouvement ouvrier. Là encore, les forces de la réaction égyptienne soutenues par Londres ont réagi avec violence et mobilisé à cet effet les Frères musulmans qui ont soutenu une seconde dictature de Sedki Pacha, sans parvenir à faire taire le mouvement. Le Wafd revenu au gouvernement, sa dénonciation du Traité de 1936, l’amorce de la guérilla dans la zone du Canal encore occupée, n’ont été mis en déroute que par l’incendie du Caire (1951), une opération dans laquelle les Frères musulmans ont trempé.

Le premier coup d’État des Officiers libres (1952), mais surtout le second inaugurant la prise de contrôle de Nasser (1954) sont alors venus pour « couronner » cette période de flux continu des luttes selon les uns, ou pour y mettre un terme, selon les autres. Le nassérisme a substitué à cette lecture que je propose de l’éveil égyptien un discours idéologique abolissant toute l’histoire des années 1919-1952 pour faire remonter la « révolution égyptienne » à juillet 1952. A l’époque, beaucoup parmi les communistes avaient dénoncé ce discours et analysé les coups d’Etat de 1952 et 1954 comme destinés à mettre un terme à la radicalisation du mouvement démocratique. Ils n’avaient pas tort, car le nassérisme ne s’est cristallisé comme projet anti-impérialiste qu’après Bandoung (avril 1955). Le nassérisme a alors réalisé ce qu’il pouvait donner : une posture internationale résolument anti-impérialiste (associée aux mouvements panarabe et panafricain), des réformes sociales progressistes (mais non « socialistes »). Le tout, par en haut, non seulement « sans démocratie » (en interdisant aux classes populaires le droit de s’organiser par elles-mêmes et pour elles-mêmes), mais en « abolissant » toute forme de vie politique. Le vide créé appelait l’Islam politique à le remplir. Le projet a alors épuisé son potentiel d’avancées en un temps bref – dix années de 1955 à 1965. L’essoufflement offrait à l’impérialisme, dirigé désormais par les États-Unis, l’occasion de briser le mouvement, en mobilisant à cet effet leur instrument militaire régional : Israël. La défaite de 1967 marque alors la fin de ce demi-siècle de flux. Le reflux est amorcé par Nasser lui-même, choisissant la voie des concessions à droite – (« l’infitah » – l’ouverture, entendre « à la mondialisation capitaliste ») plutôt que la radicalisation pour laquelle se battaient, entre autres, les étudiants (dont le mouvement occupe le devant de la scène en 1970, peu avant puis après la mort de Nasser). Sadate qui succède, accentue la portée de la dérive à droite et intègre les Frères musulmans dans son nouveau système autocratique. Moubarak poursuit dans la même voie.

La période de reflux qui suit (1967-2011) couvre à son tour presqu’un demi-siècle. L’Égypte, soumise aux exigences du libéralisme mondialisé et aux stratégies des Etats-Unis, a cessé d’exister comme acteur actif régional et international. Dans la région, les alliés majeurs des Etats-Unis – l’Arabie saoudite et Israël – occupent le devant de la scène. Israël peut alors s’engager dans la voie de l’expansion de sa colonisation de la Palestine occupée, avec la complicité tacite de l’Égypte et des pays du Golfe.

L’Égypte de Nasser avait mis en place un système économique et social critiquable mais cohérent. Nasser avait fait le pari de l’industrialisation pour sortir de la spécialisation internationale coloniale qui cantonnait le pays à l’exportation de coton. Ce système a assuré une répartition des revenus favorable aux classes moyennes en expansion, sans appauvrissement des classes populaires. Sadate et Moubarak ont œuvré au démantèlement du système productif égyptien, auquel ils ont substitué un système totalement incohérent, exclusivement fondé sur la recherche de la rentabilité d’entreprises qui ne sont pour la plupart que des sous-traitants du capital des monopoles impérialistes. Les taux de croissance égyptiens, prétendument élevés, qu’exalte depuis trente ans la Banque mondiale, n’ont aucune signification. La croissance égyptienne est vulnérable à l’extrême. Cette croissance, par ailleurs, s’est accompagnée d’une incroyable montée des inégalités et du chômage qui frappe une majorité de jeunes. Cette situation était explosive ; elle a explosé.

L’apparente « stabilité du régime » que Washington vantait reposait sur une machine policière monstrueuse (1 200 000 hommes contre 5 00 000 seulement pour l’armée), qui se livrait à des abus criminels quotidiens. Les puissances impérialistes prétendaient que ce régime « protégeait » l’Égypte de l’alternative islamiste. Or, il ne s’agit là que d’un mensonge grossier. En fait, le régime avait parfaitement intégré l’Islam politique réactionnaire (le modèle wahabite du Golfe) dans son système de pouvoir, en lui concédant la gestion de l’éducation, de la justice et des médias majeurs (la télévision en particulier). Le seul discours autorisé était celui des mosquées confiées aux Salafistes, leur permettant de surcroît de faire semblant de constituer « l’opposition ». La duplicité cynique du discours de l’establishment des États-Unis (et sur ce plan Obama n’est pas différent de Bush) sert parfaitement ses objectifs. Le soutien de fait à l’Islam politique annihile les capacités de la société à faire face aux défis du monde moderne (il est à l’origine du déclin catastrophique de l’éducation et de la recherche), tandis que la dénonciation occasionnelle des « abus » dont il est responsable (assassinats de Coptes, par exemple) sert à légitimer les interventions militaires de Washington engagé dans la soit disant « guerre contre le terrorisme ». Le régime pouvait paraître « tolérable » tant que fonctionnait la soupape de sécurité que représentait l’émigration en masse des pauvres et des classes moyennes vers les pays pétroliers. L’épuisement de ce système (la substitution d’immigrés asiatiques à ceux en provenance des pays arabes) a entraîné la renaissance des résistances. Les grèves ouvrières de 2007 – les plus fortes du continent africain depuis 50 ans – la résistance obstinée des petits paysans menacés d’expropriation par le capitalisme agraire, la formation de cercles de protestation démocratique dans les classes moyennes (les mouvements Kefaya et du 6 avril) annonçaient l’inévitable explosion - attendue en Égypte, même si elle a surpris les « observateurs étrangers ». Nous sommes donc entrés dans une phase nouvelle de flux des luttes d’émancipation dont il nous faut alors analyser les directions et les chances de développement.

Les composantes du mouvement démocratique

La « révolution égyptienne » en cours illustre la possibilité de la fin annoncée du système « néolibéral », remis en cause dans toutes ses dimensions politiques, économiques et sociales. Ce mouvement gigantesque du peuple égyptien associe trois composantes actives : les jeunes « re-politisés » par leur propre volonté et dans des formes « modernes » qu’ils ont inventées, les forces de la gauche radicale, celles rassemblées par les classes moyennes démocrates.

Les jeunes (environ un million de militants) ont été le fer de lance du mouvement. Ils ont été immédiatement rejoints par la gauche radicale et les classes moyennes démocrates. Les Frères musulmans dont les dirigeants avaient appelé à boycotter les manifestations pendant les quatre premiers jours (persuadés que celles-ci seraient mises en déroute par la répression) n’ont accepté le mouvement que tardivement, lorsque l’appel, entendu par l’ensemble du peuple égyptien, a produit des mobilisations gigantesques de 15 millions de manifestants.

Les jeunes et la gauche radicale poursuivent trois objectifs communs : la restauration de la démocratie (la fin du régime militaire et policier), la mise en œuvre d’une nouvelle politique économique et sociale favorable aux classes populaires (la rupture avec la soumission aux exigences du libéralisme mondialisé), et celle d’une politique internationale indépendante (la rupture avec la soumission aux exigences de l’hégémonie des États-Unis et du déploiement de son contrôle militaire sur la planète). La révolution démocratique à laquelle ils appellent est une révolution démocratique anti-impérialiste et sociale. Bien que le mouvement des jeunes reste diversifié dans sa composition sociale et ses expressions politiques et idéologiques, il se situe dans l’ensemble « à gauche ». Les manifestations de sympathie spontanées et fortes avec la gauche radicale en sont le témoignage.

Les classes moyennes se rassemblent dans l’ensemble autour du seul objectif démocratique, sans nécessairement remettre intégralement en cause le « marché » (tel qu’il est) et l’alignement international de l’Égypte. On ne doit pas ignorer le rôle d’un groupe de blogueurs qui participent – consciemment ou pas – à un véritable complot organisé par la CIA. Ses animateurs sont généralement des jeunes issus des classes aisées, américanisés à l’extrême, qui se posent néanmoins en « contestataires » des dictatures en place. Le thème de la démocratie, dans la version que sa manipulation par Washington impose, domine leurs interventions sur le « net ». Ils participent de ce fait à la chaîne des acteurs des contrerévolutions orchestrées par Washington, déguisées en « révolutions démocratiques » sur le modèle « des révolutions colorées » de l’Europe de l’Est. Mais on aurait tort de conclure que ce complot est à l’origine des révoltes populaires. La CIA tente néanmoins de renverser le sens du mouvement, d’éloigner les militants de leurs objectifs de transformation sociale progressiste et de les dévoyer sur d’autres terrains. Les chances de succès du complot deviennent sérieuses si le mouvement échoue dans la construction de la convergence de ses diverses composantes, à identifier des objectifs stratégiques communs et à inventer des formes d’organisation et d’action efficaces. On connaît des exemples de cet échec, aux Philippines et en Indonésie par exemple. Il est intéressant de noter à ce propos que nos blogueurs, qui s’expriment en anglais plutôt qu’en arabe ( !), partis dans la défense de la « démocratie » - à l’américaine- développent souvent, en Egypte, des arguments destinés à légitimer les Frères Musulmans.

L’appel à la manifestation formulé par les trois composantes actives du mouvement a été rapidement entendu par l’ensemble du peuple égyptien. La répression, d’une violence extrême les premiers jours (plus d’un millier de morts) n’a pas découragé ces jeunes et leurs alliés (qui, à aucun moment, n’ont appelé à leur secours les puissances occidentales comme on a pu le voir ailleurs). Leur courage a été l’élément décisif qui a entraîné dans la protestation à travers tous les quartiers des grandes et des petites villes, voire de villages, une quinzaine de millions de manifestants pendant des jours et des jours (et parfois des nuits). Ce succès politique foudroyant a produit ses effets : la peur a changé de camp ; Hilary Clinton et Obama ont découvert alors qu’il leur fallait lâcher Moubarak qu’ils avaient soutenu jusqu’alors, tandis que les dirigeants de l’armée sortaient du silence, refusaient de participer à la relève de la répression – sauvegardant ainsi leur image – et finalement déposaient Moubarak et quelque uns de ses suppôts majeurs.

La généralisation du mouvement à l’ensemble du peuple égyptien constitue par elle-même un défi positif. Car ce peuple est, comme tous les autres, loin de constituer un « bloc homogène ». Certains des segments qui le composent renforcent incontestablement la perspective d’une radicalisation possible. L’entrée dans la bataille de la classe ouvrière (environ 5 millions de travailleurs) peut être décisive. Les travailleurs en lutte (à travers de nombreuses grèves) ont fait progresser des formes d’organisation amorcées depuis 2007. On compte désormais plus d’une cinquantaine de syndicats indépendants. La résistance opiniâtre des petits paysans aux expropriations rendues possibles par l’annulation de la réforme agraire (les Frères musulmans ont voté au parlement pour ces lois scélérates, sous prétexte que la propriété privée serait « sacrée » dans l’Islam et que la réforme agraire était inspirée par le diable communiste !) participe également de la radicalisation possible du mouvement. Il reste qu’une masse gigantesque de « pauvres » ont participé activement aux manifestations de février 2011 et se retrouvent souvent dans des comités populaires constitués dans les quartiers pour « défendre la révolution ». Ces « pauvres » peuvent donner l’impression (par les barbes, les voiles, les accoutrements vestimentaires) que le pays profond est « islamique », voire mobilisé par les Frères musulmans. En fait, leur entrée en scène s’est imposée à la direction de l’organisation. La course est donc engagée : qui des Frères et de leurs associés islamistes (les Salafistes) ou de l’alliance démocratique parviendra à formuler des alliances efficaces avec les masses désorientées, voire à les « encadrer » (terme que je récuse) ?

Des avancées non négligeables dans la construction du front uni des forces démocratiques et des travailleurs sont en cours en Egypte. Cinq partis d’orientation socialiste (le Parti Socialiste égyptien, l’Alliance populaire démocratique –une majorité sortie de l’ancien parti du Tagammu, le Parti démocratique des travailleurs, le Parti des Socialistes révolutionnaires –trotskiste, et le Parti Communiste égyptien –qui avait été une composante du Tagammu) ont constitué en avril 2011 une Alliance des forces socialistes, et se sont engagés à poursuivre, à travers elle, leurs luttes en commun. Parallèlement un Conseil National (Maglis Watany) à été constitué par toutes les forces politiques et sociales acteurs du mouvement (les partis à orientation socialiste, les partis démocratiques divers, les syndicats indépendants, les organisations paysannes, les réseaux de jeunes, de nombreuses associations sociales). Les Frères Musulmans et les partis de droite ont refusé de participer à ce Conseil, réaffirmant ainsi ce qu’on sait : leur opposition à la poursuite du mouvement. Le Conseil rassemble environ 150 membres.

Face au mouvement démocratique : le bloc réactionnaire

Tout comme dans la période de flux des luttes du passé, le mouvement démocratique anti-impérialiste et social se heurte en Égypte à un bloc réactionnaire puissant. Ce bloc peut être identifié dans les termes de ses composantes sociales (de classes, évidemment) mais il doit l’être tout également dans ceux qui définissent ses moyens d’intervention politique et des discours idéologiques au service de celle-ci.

En termes sociaux, le bloc réactionnaire est dirigé par la bourgeoisie égyptienne considérée dans son ensemble. Les formes d’accumulation dépendante à l’œuvre au cours des 40 dernières années ont produit l’émergence d’une bourgeoisie riche, bénéficiaire exclusive de l’inégalité scandaleuse qui a accompagné ce modèle « libéral-mondialisé ». Il s’agit de dizaines de milliers non pas « d’entrepreneurs inventifs » - comme le discours de la Banque mondiale les présente – mais de millionnaires et de milliardaires qui tous doivent leur fortune à leur collusion avec l’appareil politique (la « corruption » est une composante organique de ce système). Cette bourgeoisie est compradore (dans la langue politique courante en Égypte le peuple les qualifie de « parasites corrompus »). Elle constitue le soutien actif de l’insertion de l’Égypte dans la mondialisation impérialiste contemporaine, l’allié inconditionnel des États-Unis. Cette bourgeoisie compte dans ses rangs de nombreux généraux de l’armée et de la police, de « civils » associés à l’État et au parti dominant (« National démocratique ») créé par Sadate et Moubarak, de religieux (la totalité des dirigeants des Frères musulmans et des cheikhs majeurs de l’Azhar, sont tous des « milliardaires »). Certes, il existe encore une bourgeoisie de petits et moyens entrepreneurs actifs. Mais ceux-là sont les victimes du système de racket mis en place par la bourgeoisie compradore, réduits le plus souvent au statut de sous-traitants dominés par les monopoles locaux, eux-mêmes courroies de transmission des monopoles étrangers. Dans le domaine de la construction, cette situation est presque généralisée : les « gros » raflent les marchés puis les sous-traitent avec les « petits ». Cette bourgeoisie d’entrepreneurs authentiques sympathise avec le mouvement démocratique.

Le versant rural du bloc réactionnaire n’est pas moins important. Il s’est constitué de paysans riches qui ont été les bénéficiaires majeurs de la réforme agraire nassérienne, se substituant à l’ancienne classe des grands propriétaires. Les coopératives agricoles mises en place par le régime nassérien associaient les petits paysans et les paysans riches et de ce fait fonctionnaient principalement au bénéfice des riches. Mais le régime avait pris des précautions pour limiter les agressions possibles contre les petits paysans. Ces précautions ayant été abandonnées par Sadate et Moubarak, sur la recommandation de la Banque mondiale, la paysannerie riche s’emploie maintenant à accélérer l’élimination de la petite paysannerie. Les paysans riches ont toujours constitué dans l’Égypte moderne une classe réactionnaire et ils le sont plus que jamais. Ils sont également le soutien majeur de l’Islam conservateur dans les campagnes et, par leurs rapports étroits (souvent de parenté) avec les représentants des appareils d’État et de la religion (l’Azhar est en Égypte l’équivalent d’une Église musulmane organisée) dominent la vie sociale rurale. De surcroît une bonne partie des classes moyennes urbaines (en particulier les officiers de l’armée et de la police, mais également les technocrates et les professions libérales) sont sorties directement de la paysannerie riche.

Ce bloc social réactionnaire dispose d’instruments politiques à son service : l’armée et la police, les institutions de l’État, le parti politique privilégié (une sorte de parti unique de fait) – le Parti national démocratique créé par Sadate –, l’appareil religieux (l’Azhar), les courants de l’Islam politique (les Frères musulmans et les Salafistes). L’aide militaire octroyée par les États-Unis à l’armée égyptienne (1,5 milliard de dollars annuels) n’a jamais été destinée à renforcer la capacité de défense du pays mais au contraire à en annihiler le danger par la corruption systématique, non pas connue et tolérée, mais soutenue positivement, avec cynisme. Cette « aide » a permis aux plus hauts officiers de s’approprier des segments importants de l’économie compradore égyptienne, au point qu’on parle en Égypte de « la société anonyme / armée » (Sharika al geish). Le commandement de l’armée qui a pris la responsabilité de « diriger » la période de transition, n’est de ce fait pas « neutre » bien qu’il ait pris la précaution de paraître l’être en se dissociant de la répression. Le gouvernement « civil » à ses ordres (dont les membres ont été nommés par le haut commandement) composé en partie d’hommes de l’ancien régime, choisis néanmoins parmi les personnalités les moins visibles de celui-ci, a pris une série de mesures parfaitement réactionnaires destinées à freiner la radicalisation du mouvement. Parmi ces mesures une loi scélérate antigrève (sous prétexte de remettre en route l’économie du pays), une loi imposant des restrictions sévères à la constitution des partis politiques qui vise à ne permettre la possibilité d’entrer dans le jeu électoral qu’aux courants de l’Islam politique (les Frères musulmans en particulier) déjà bien organisés grâce au soutien systématique du régime ancien. Et cependant, en dépit de tout cela, l’attitude de l’armée demeure en dernier ressort imprévisible. Car en dépit de la corruption de ses cadres (les soldats sont des conscrits mais les officiers sont des professionnels) le sentiment nationaliste n’est pas toujours absent chez tous. De surcroît l’armée souffre d’avoir pratiquement été écartée du pouvoir au profit de la police. Dans ces circonstances, et parce que le mouvement a exprimé avec force sa volonté d’écarter l’armée de la direction politique du pays, il est probable que le haut commandement envisagera pour l’avenir de rester dans les coulisses, renonçant à présenter ses hommes dans les élections à venir.

Si, évidemment, l’appareil policier demeure intact (aucune poursuite n’est envisagée contre ses responsables) comme l’ensemble de l’appareil d’État (les nouveaux gouverneurs sont tous des anciens du régime), le Parti national démocratique a par contre disparu dans la tourmente et sa dissolution prononcée par la justice. Néanmoins faisons confiance à la bourgeoisie égyptienne, elle saura faire renaître son parti sous des appellations nouvelles diverses.

L’Islam politique

Les Frères musulmans constituent la seule force politique dont le régime avait non seulement toléré l’existence, mais dont il avait soutenu activement l’épanouissement. Sadate et Moubarak leur avaient confié la gestion de trois institutions fondamentales : l’éducation, la justice et la télévision. Les Frères musulmans n’ont jamais été et ne peuvent pas être « modérés », encore moins « démocratiques ». Leur chef - le mourchid (traduction arabe de « guide » - Führer) est autoproclamé et l’organisation repose sur le principe de la discipline et de l’exécution des ordres des chefs, sans discussions d’aucune sorte. La direction est constituée exclusivement d’hommes immensément riches (grâce, entre autre, au soutien financier de l’Arabie Saoudite, c'est-à-dire de Washington), l’encadrement par des hommes issus des fractions obscurantistes des classes moyennes, la base par des gens du peuple recrutés par les services sociaux de charité offerts par la confrérie (et financés toujours par l’Arabie Saoudite), tandis que la force de frappe est constituée par les milices (les baltaguis) recrutés dans le lumpen.

Les Frères musulmans sont acquis à un système économique basé sur le marché et totalement dépendant de l’extérieur. Ils sont en fait une composante de la bourgeoisie compradore. Ils ont d’ailleurs pris position contre les grandes grèves de la classe ouvrière et les luttes des paysans pour conserver la propriété de leur terre. Les Frères musulmans ne sont donc « modérés » que dans le double sens où ils ont toujours refusé de formuler un programme économique et social quelconque et que, de fait, il ne remettent pas en cause les politiques néo-libérales réactionnaires, et qu’ils acceptent de facto la soumission aux exigences du déploiement du contrôle des États-Unis dans le monde et dans la région. Ils sont donc des alliés utiles pour Washington (y-a-t-il un meilleur allié des États-Unis que l’Arabie Saoudite, patron des Frères ?) qui leur a décerné un « certificat de démocratie » !

Mais les États-Unis ne peuvent avouer que leur stratégie vise à mettre en place des régimes « islamiques » dans la région. Ils ont besoin de faire comme si « cela leur faisait peur ». Par ce moyen, ils légitiment leur « guerre permanente au terrorisme », qui poursuit en réalité d’autres objectifs : le contrôle militaire de la planète destiné à réserver aux États-Unis-Europe-Japon l’accès exclusif aux ressources. Avantage supplémentaire de cette duplicité : elle permet de mobiliser « l’islamophobie » des opinions publiques. L’Europe, comme on le sait, n’a pas de stratégie particulière à l’égard de la région et se contente de s’aligner au jour le jour sur les décisions de Washington. Il est plus que jamais nécessaire de faire apparaître clairement cette véritable duplicité de la stratégie des États-Unis, dont les opinions publiques – manipulées avec efficacité – sont dupes. Les États-Unis, (et derrière eux l’Europe) craignent plus que tout une Égypte réellement démocratique qui, certainement, remettrait en cause son alignement sur le libéralisme économique et la stratégie agressive des États-Unis et de l’OTAN. Ils feront tout pour que l’Égypte ne soit pas démocratique et, à cette fin, soutiendront, par tous les moyens, mais avec hypocrisie, la fausse alternative Frères musulmans qui ont montré n’être qu’en minorité dans le mouvement du peuple égyptien pour un changement réel.

La collusion entre les puissances impérialistes et l’Islam politique n’est d’ailleurs ni nouvelle, ni particulière à l’Égypte. Les Frères musulmans, depuis leur création en 1927 jusqu’à ce jour, ont toujours été un allié utile pour l’impérialisme et le bloc réactionnaire local. Ils ont toujours été un ennemi féroce des mouvements démocratiques en Égypte. Et les multimilliardaires qui assurent aujourd’hui la direction de la Confrérie ne sont pas destinés à se rallier à la cause démocratique ! L’Islam politique est tout également l’allié stratégique des États-Unis et de leurs partenaires subalternes de l’OTAN à travers le monde musulman. Washington a armé et financé les Talibans, qualifiés de « héros de la liberté » (« Freedom Fighters ») dans leur guerre contre le régime national populaire dit « communiste » (avant et après l’intervention soviétique). Lorsque les Talibans ont fermé les écoles de filles créées par les « communistes », il s’est trouvé des « démocrates » et même des « féministes » pour prétendre qu’il fallait « respecter les traditions » !

En Égypte, les Frères musulmans sont désormais épaulés par le courant salafiste (« traditionaliste »), tout également largement financé par les pays du Golfe. Les Salafistes s’affirment extrémistes (wahabites convaincus, intolérants à l’égard de tout autre interprétation de l’Islam) et sont à l’origine des meurtres systématiques perpétrés contre les Coptes. Des opérations difficiles à imaginer sans le soutien tacite (et parfois davantage de complicité) de l’appareil d’État, en particulier de la Justice, largement confiée aux Frères musulmans. Cette étrange division du travail permet aux Frères musulmans de paraître modérés ; ce que Washington feint de croire. Il y a néanmoins des luttes violentes en perspective au sein des courants religieux islamistes en Égypte. Car l’Islam égyptien historique dominant est « soufi » dont les confréries rassemblent aujourd’hui 15 millions de fidèles. Islam ouvert, tolérant, insistant sur la conviction individuelle plutôt que sur la pratique des rites («il y a autant de voies vers Dieu que d’individus » disent-ils), le soufisme égyptien a toujours été tenu en suspicion par les pouvoirs d’État, lesquels, néanmoins, maniant la carotte et le bâton, se gardaient d’entrer en guerre ouverte contre lui. L’Islam wahabite du Golfe se situe à ses antipodes : il est archaïque, ritualiste, conformiste, ennemi déclaré de toute interprétation autre que la sienne, laquelle n’est que répétitive des textes, ennemie de tout esprit critique – assimilé au Diable. L’Islam wahabite a déclaré la guerre au soufisme qu’il veut « extirper » et compte sur l’appui des autorités du pouvoir pour y parvenir. En réaction, les soufistes d’aujourd’hui sont laïcisants, sinon laïques ; ils appellent à la séparation entre la religion et la politique (le pouvoir d’État et celui des autorités religieuses reconnues par lui, l’Azhar). Les soufistes sont des alliés du mouvement démocratique. L’introduction de l’Islam wahabite en Égypte a été amorcée par Rachid Reda dans les années 1920 et repris par les Frères musulmans dès 1927. Mais il n’a pris toute sa vigueur qu’après la seconde guerre mondiale lorsque la rente pétrolière des pays du Golfe, soutenus par les États-Unis en conflit avec la vague de libération nationale populaire des années 1960, a permis d’en démultiplier les moyens financiers.

La stratégie des États-Unis : le modèle pakistanais

Les trois puissances qui ont dominé la scène moyen-orientale au cours de toute la période de reflux (1967-2011) sont les États-Unis, patron du système, l’Arabie Saoudite et Israël. Il s’agit là de trois alliés intimes. Ils partagent tous les trois la même hantise de l’émergence d’une Égypte démocratique. Car celle-ci ne pourrait être qu’anti-impérialiste et sociale, prendrait ses distances à l’égard du libéralisme mondialisé, condamnerait l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe à l’insignifiance, réanimerait la solidarité des peuples arabes et imposerait la reconnaissance de l’État palestinien par Israël.

L’Égypte est une pièce angulaire dans la stratégie états-unienne de contrôle de la Planète. L’objectif exclusif de Washington et de ses alliés Israël et l’Arabie Séoudite est de faire avorter le mouvement démocratique en Égypte et, à cette fin, veulent impose un « régime islamique » dirigé par les Frères Musulmans, qui est le seul moyen pour eux de perpétuer la soumission de l’Égypte. Le « discours démocratique » d’Obama n’est là que pour tromper les opinions naïves, celles des États-Unis et de l’Europe en premier lieu.

On parle beaucoup, pour donner une légitimité à un gouvernement des Frères musulmans (« ralliés à la démocratie ! »), de l’exemple turc. Mais il ne s’agit là encore que de poudre aux yeux. Car l’armée turque, qui reste présente dans les coulisses, bien que certainement non démocratique et de surcroit un allié fidèle de l’OTAN, reste la garantie de la « laïcité » en Turquie. Le projet de Washington, ouvertement exprimé par Hilary Clinton, Obama et les think tanks à leur service, s’inspire du modèle pakistanais : l’armée (« islamique ») dans les coulisses, le gouvernement (« civil ») assumé par un (ou des) parti islamique « élu ». Évidemment, dans cette hypothèse, le gouvernement « islamique » égyptien serait récompensé pour sa soumission sur l’essentiel (la non remise en cause du libéralisme et des soit disant « traités de paix » qui permettent à Israël la poursuite de sa politique d’expansion territoriale) et pourrait poursuivre, en compensation démagogique, la mise en œuvre de ses projets « d’islamisation de l’État et de la politique », et les assassinats des Coptes ! Belle démocratie que celle conçue à Washington pour l’Égypte. L’Arabie Séoudite soutient évidemment avec tous ses moyens (financiers) la mise en œuvre de ce projet. Car Ryad sait parfaitement que son hégémonie régionale (dans le monde arabe et musulman) exige la réduction de l’Égypte à l’insignifiance. Et le moyen est « l’islamisation de l’État et de la politique » ; en fait, une islamisation à la wahabite, avec tous ses effets – entre autres celui de dévoiements fanatiques à l’égard des Coptes et d’une négation des droits à l’égalité des femmes.

Cette forme d’islamisation est-elle possible ? Peut être, mais au prix de violences extrêmes. La bataille est conduite sur l’article 2 de la constitution du régime déchu. Cet article qui stipule que « la sharia est la source du droit », est une nouveauté dans l’histoire politique de l’Égypte. Ni la constitution de 1923, ni celle de Nasser ne l’avaient imaginé. C’est Sadate qui l’a introduit dans sa nouvelle constitution, avec le soutien triple de Washington (« respecter les traditions » !), de Ryad (« le Coran tient lieu de Constitution ») et de Jérusalem (« l’État d’Israël est un État juif »).

Le projet des Frères Musulmans demeure la mise en place d’un Etat théocratique, comme en témoigne leur attachement à l’article 2 de la Constitution de Sadate/Moubarak. De surcroît le programme le plus récent de l’organisation renforce encore cette vision passéiste par la proposition de mise en place d’un « Conseil des Ulémas » chargé de veiller à la conformité de toute proposition de loi aux exigences de la Sharia. Ce conseil constitutionnel religieux, est l’analogue de celui qui, en Iran, contrôle le « pouvoir élu ». Le régime est alors celui d’un super parti religieux unique et tous les partis qui se revendiqueraient de la laïcité deviennent « illégaux ». Leurs partisans, comme les non Musulmans (les Coptes), sont, de ce fait, exclus de la vie politique. En dépit de tout cela les pouvoirs à Washington et en Europe font comme si on pouvait prendre au sérieux la récente déclaration des Frères « renonçant » au projet théocratique (sans modifier leur programme !), une déclaration opportuniste mensongère de plus. Les experts de la CIA ne savent-ils donc pas lire l’arabe ? La conclusion s’impose : Washington préfère le pouvoir de Frères, qui leur garantit le maintien de l’Egypte dans leur giron et celui de la mondialisation libérale, à celui de démocrates qui risqueraient fort de remettre en question le statut subalterne de l’Egypte. Le Parti de la Justice et de la Liberté, créé récemment et inspiré visiblement du modèle turc, n’est guère qu’un instrument des Frères. Les Coptes y seraient admis ( !), ce qui signifie qu’ils sont invités à accepter l’Etat musulman théocratique consacré par le programme des Frères, s’ils veulent avoir le droit de « participer » à la vie politique de leur pays. Passés à l’offensive, les Frères Musulmans créent des « syndicats », des « organisations paysannes » et une kyrielle de « partis politiques » revêtant des noms divers, dont le seul objectif est de diviser les fronts unis ouvriers, paysans et démocratiques en voie de construction, au bénéfice, bien entendu, du bloc contrerévolutionnaire.

Le mouvement démocratique égyptien sera-t-il capable d’abroger cet article dans la nouvelle constitution à venir ? On ne peut répondre à cette question que par un retour sur un examen des débats politiques, idéologiques et culturels qui se sont déployés dans l’histoire de l’Égypte moderne.

On constate en effet que les périodes de flux sont caractérisées par une diversité d’opinions ouvertement exprimées qui relèguent la « religion » (toujours présente dans la société) à l’arrière-plan. Il en fut ainsi pendant les deux tiers du XIXe siècle (de Mohamed Ali au Khédive Ismaïl). Les thèmes de la modernisation (dans une forme de despotisme éclairé plutôt que démocratique) dominent alors la scène. Il en fut de même de 1920 à 1970 : l’affrontement est ouvert entre les « démocrates bourgeois » et les « communistes » qui occupent largement le devant de la scène jusqu’au nassérisme. Celui-ci abolit ce débat pour lui substituer un discours populiste pan arabe, mais simultanément « modernisant ». Les contradictions de ce système ouvrent la voie au retour de l’Islam politique. On constate, en contrepoint, que dans les phases de reflux la diversité d’opinions s’efface, laissant la place au passéisme prétendu islamique, qui s’octroie le monopole du discours autorisé par le pouvoir. De 1880 à 1920 les Britanniques ont construit cette dérive, entre autre par la condamnation à l’exil (en Nubie, pour l’essentiel) de tous les penseurs et acteurs modernistes égyptiens formés depuis Mohamed Ali. Mais on remarquera aussi que « l’opposition » à cette occupation britannique se range également dans cette conception passéiste. La Nahda (inaugurée par Afghani et poursuivie par Mohamed Abdou) s’inscrit dans cette dérive, associée à l’illusion ottomaniste défendue par le nouveau Parti Nationaliste de Moutapha Kemal et Mohammad Farid. Que cette dérive ait conduit vers la fin de l’époque aux écrits ultra-réactionnaires de Rachid Reda, repris par Hassan el Banna, fondateur des Frères musulmans, ne devrait pas surprendre.

Il en est de même encore dans la période de reflux des années 1970-2010.Le discours officiel du pouvoir (de Sadate et de Moubarak), parfaitement islamiste (la preuve : l’introduction de la Sharia dans la constitution et la délégation de pouvoirs essentiels aux Frères musulmans), est également celui de la fausse opposition, la seule tolérée, celle du discours des mosquées. L’article 2 peut paraître de ce fait, bien solidement ancré dans la « conviction » générale (la « rue » comme on se plaît à dire, par imitation du discours étatsunien). On ne saurait sous-estimer les effets dévastateurs de la dépolitisation mise en œuvre systématiquement pendant les périodes de reflux. La pente n’est jamais facile à remonter. Mais cela n’est pas impossible. Les débats en cours en Égypte sont axés – explicitement ou implicitement – sur cette question de la prétendue dimension « culturelle » du défi (en l’occurrence islamique). Indicateurs positifs : il a suffi de quelques semaines de débats libres imposés dans les faits pour voir le slogan « l’islam est la solution » disparaître dans toutes les manifestations au bénéfice de revendications précises sur le terrain de la transformation concrète de la société (liberté d’opinion, de formation des partis, syndicats et autres organisations sociales, salaires et droits du travail, accès à la terre, école et santé, rejet des privatisations et appel aux nationalisations etc.) Signe qui ne trompe pas : aux élections des étudiants, l’écrasante majorité (80%) des voix données aux Frères musulmans il y a cinq ans (lorsque seul ce discours était accepté comme prétendue opposition) a fait suite à une chute des Frères dans les élections d’avril à 20% ! Mais l’adversaire sait également organiser la riposte au « danger démocratique ». Les modifications insignifiantes de la constitution (toujours en vigueur !) proposées par un comité constitué exclusivement d’islamistes choisis par le conseil suprême (l’armée) et adoptées à la hâte en avril par referendum (23% de « non », mais une majorité de « oui », forcée par les fraudes et un chantage massif des mosquées) ne concernent évidemment pas l’article 2. Des élections présidentielles et législatives sont prévues pour septembre / octobre 2011. Le mouvement démocratique se bat pour une « transition démocratique » plus longue, de manière à permettre à ses discours d’atteindre véritablement les masses désemparées. Mais Obama a choisi dès les premiers jours de l’insurrection : une transition brève, ordonnée (c’est à dire sans remise en cause des appareils du régime) et des élections (donnant une victoire souhaitée aux Islamistes). Les « élections » comme on le sait, en Égypte comme ailleurs dans le monde, ne sont pas le meilleur moyen d’asseoir la démocratie, mais souvent celui de mettre un terme à la dynamique des avancées démocratiques.

Un dernier mot concernant la « corruption ». Le discours dominant du « régime de transition » place l’accent sur sa dénonciation, associée de menaces de poursuites judiciaires (on verra ce qu’il en sera dans les faits). Ce discours est certainement bien reçu, en particulier par la fraction sans doute majeure de l’opinion naïve. Mais on se garde d’en analyser les raisons profondes et de faire comprendre que la « corruption » (présentée comme une déviance morale, façon discours moralisant étatsunien) est une composante organique nécessaire à la formation de la bourgeoisie. Non seulement dans le cas de l’Égypte et dans les pays du Sud en général, s’agissant de la formation d’une bourgeoisie compradore dont l’association aux pouvoirs d’État constitue le seul moyen pour son émergence. Je soutiens qu’au stade du capitalisme des monopoles généralisés, la corruption est devenue un élément constitutif organique de la reproduction du modèle d’accumulation : le prélèvement de la rente des monopoles exige la complicité active de l’État. Le discours idéologique (« le virus libéral ») proclame « pas d’État » ; tandis que sa pratique est : « l’État au service des monopoles ».

La zone des tempêtes

Mao n’avait pas tort lorsqu’il affirmait que le capitalisme (réellement existant, c'est-à-dire impérialiste par nature) n’avait rien à offrir aux peuples des trois continents (la périphérie constituée par l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine – cette « minorité » qui rassemble 85% de la population de la planète !) et que donc le Sud constituait la « zone des tempêtes », c'est-à-dire des révoltes répétées, potentiellement (mais seulement potentiellement) porteuses d’avancées révolutionnaires en direction du dépassement socialiste du capitalisme.

Le « printemps arabe » s’inscrit dans cette réalité. Il s’agit de révoltes sociales potentiellement porteuses de la cristallisation d’alternatives, qui peuvent à long terme s’inscrire dans la perspective socialiste. C’est la raison pour laquelle le système capitaliste, le capital des monopoles dominants à l’échelle mondiale, ne peut tolérer le développement de ces mouvements. Il mobilisera tous les moyens de déstabilisation possibles, des pressions économiques et financières jusqu’à la menace militaire. Il soutiendra, selon les circonstances, soit les fausses alternatives fascistes ou fascisantes, soit la mise en place de dictatures militaires. Il ne faut pas croire un mot de ce que dit Obama. Obama, c’est Bush, mais avec un autre langage. Il y a là une duplicité permanente dans le langage des dirigeants de la triade impérialiste (États-Unis, Europe occidentale, Japon).

Je n’ai pas l’intention, dans cet article, d’examiner avec autant de précision chacun des mouvements en cours dans le monde arabe (Tunisie, Libye, Syrie, Yémen et autres). Car les composantes du mouvement sont différents d’un pays à l’autre, tout comme le sont les formes de leur intégration dans la mondialisation impérialiste et les structures des régimes en place.

La révolte tunisienne a donné le coup d’envoi et certainement fortement encouragé les Egyptiens. Par ailleurs le mouvement tunisien bénéficie d’un avantage certain : la semi laïcité introduite par Bourguiba ne pourra sans doute pas être remise en cause par les Islamistes rentrés de leur exil en Grande Bretagne. Mais simultanément le mouvement tunisien ne paraît pas être en mesure de remettre en question le modèle de développement extraverti inscrit dans la mondialisation capitaliste libérale.

La Libye n’est ni la Tunisie, ni l’Égypte. Le bloc au pouvoir (Khadafi) et les forces qui se battent contre lui n’ont rien d’analogues avec ce qu’ils sont en Tunisie et en Égypte. Khadafi n’a jamais été qu’un polichinelle dont le vide de la pensée trouve son reflet dans son fameux « Livre vert ». Opérant dans une société encore archaïque, Khadafi pouvait se permettre de tenir des discours successifs - sans grande portée réelle - « nationalistes et socialistes » puis se rallier le lendemain au « libéralisme ». Il l’a fait « pour faire plaisir aux Occidentaux » !, comme si le choix du libéralisme n’aurait pas d’effets dans la société. Or, il en a eu, et, très banalement, aggravé les difficultés sociales pour la majorité. Les conditions étaient alors créées qui ont donné l’explosion qu’on connaît, immédiatement mise à profit par l’Islam politique du pays et les régionalismes. Car la Libye n’a jamais vraiment existé comme nation. C’est une région géographique qui sépare le Maghreb et le Mashreq. La frontière entre les deux passe précisément au milieu de la Libye. La Cyrénaïque est historiquement grecque et hellénistique, puis est devenue mashréqine. La Tripolitaine, elle, a été latine et est devenue maghrébine. De ce fait, il y a toujours eu une base pour des régionalismes dans le pays. On ne sait pas réellement qui sont les membres du Conseil national de transition de Benghazi. Il y a peut-être des démocrates parmi eux, mais il y a certainement des islamistes, et les pires d’entre eux, et des régionalistes. Dès l’origine « le mouvement » a pris en Lybie la forme d’une révolte armée, faisant feu sur l’armée, et non celle d’une vague de manifestations civiles. Cette révolte armée a par ailleurs appelé immédiatement l’Otan à son secours. L’occasion était alors donnée pour une intervention militaire des puissances impérialistes. L’objectif poursuivi n’est certainement ni la « protection des civils », ni la « démocratie », mais le contrôle du pétrole et l’acquisition d’une base militaire majeure dans le pays. Certes, les compagnies occidentales contrôlaient déjà le pétrole libyen, depuis le ralliement de Khadafi au « libéralisme ». Mais avec Khadafi on n’est jamais sûr de rien. Et s’il retournait sa veste et introduisait demain dans son jeu les Chinois ou les Indiens ? Mais il y a plus grave. Khadafi avait dès 1969 exigé l’évacuation des bases britanniques et états-uniennes mises en place au lendemain de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, les États-Unis ont besoin de transférer l’Africom (le commandement militaire des États-Unis pour l’Afrique, une pièce importante du dispositif du contrôle militaire de la planète, toujours localisé à Stuttgart !) en Afrique. Or l’Union Africaine refuse de l’accepter et jusqu’à ce jour aucun État africain n’a osé le faire. Un laquais mis en place à Tripoli (ou à Benghazi) souscrirait évidemment à toutes les exigences de Washington et de ses alliés subalternes de l’OTAN.

Les composantes de la révolte en Syrie n’ont jusqu’à présent pas fait connaître leurs programmes. Sans doute la dérive du régime baassiste, rallié au néo libéralisme et singulièrement passif face à l’occupation du Golan par Israël est-elle à l’origine de l’explosion populaire. Mais il ne faut pas exclure l’intervention de la CIA : on parle de groupes qui ont pénétré à Diraa en provenance de la Jordanie voisine. La mobilisation des Frères Musulmans, qui avaient été à l’origine il y a quelques années des insurrections de Hama et de Homs, n’est peut-être pas étrangère au complot de Washington, qui s’emploie à mettre un terme à l’alliance Syrie/Iran, essentielle au soutien de Hezbollah au Liban et de Hamas à Gaza.

Au Yemen l’unité s’était construite sur la défaite des forces progressistes qui avaient gouverné le Sud du pays. Le mouvement va-t-il rendre sa vitalité à ces forces ? Pour cette raison on comprend les hésitations de Washington et du Golfe.

A Bahrein la révolte a été tuée dans l’œuf par l’intervention de l’armée séoudienne et le massacre, sans que les médias dominants n’y aient trouvé à redire. Deux poids, deux mesures, comme toujours.

La « révolte arabe » ne constitue pas l’exemple unique, même si elle en est l’expression la plus récente, de la manifestation de l’instabilité inhérente à la « zone des tempêtes ».

Une première vague de « révolutions », si on les appelle ainsi, avait balayé certaines dictatures en Asie (les Philippines, l’Indonésie) et en Afrique (le Mali), qui avaient été mises en place par l’impérialisme et les blocs réactionnaires locaux. Mais ici les États-Unis et l’Europe étaient parvenus à faire avorter la dynamique de ces mouvements populaires, parfois gigantesques par les mobilisations qu’ils ont suscitées. Les États-Unis et l’Europe veulent répéter dans le monde arabe ce qui s’est passé au Mali, aux Philippines et en Indonésie : tout changer pour que rien ne change ! Là-bas, après que les mouvements populaires se sont débarrassés de leurs dictateurs, les puissances impérialistes se sont employées à ce que l’essentiel soit préservé par la mise en place de gouvernements alignés sur le néolibéralisme et les intérêts de leur politique étrangère. Il est intéressant de constater que dans les pays musulmans (Mali, Indonésie), l’Islam politique a été mobilisé à cet effet.

La vague des mouvements d’émancipation qui a balayé l’Amérique du Sud a par contre permis des avancées réelles dans les trois directions que représentent la démocratisation de l’État et de la société, l’adoption de postures anti-impérialistes conséquentes, l’engagement sur la voie de réformes sociales progressistes.

Le discours dominant des médias compare les « révoltes démocratiques » du tiers monde à celles qui ont mis un terme aux « socialismes » de l’Europe orientale à la suite de la chute du « mur de Berlin ». Il s’agit là d’une supercherie pure et simple. Car, quelles qu’aient été les raisons (compréhensibles) des révoltes en question, celles-ci s’inscrivaient dans la perspective de l’annexion de la région par les puissances impérialistes de l’Europe de l’Ouest (au bénéfice de l’Allemagne en premier lieu). En fait, réduits désormais au statut de « périphéries » de l’Europe capitaliste développée, les pays de l’Europe orientale connaîtront demain leur révolte authentique. Il y en a déjà les signes annonciateurs, dans l’ex-Yougoslavie en particulier.

Les révoltes, potentiellement porteuses d’avancées révolutionnaires, sont à prévoir partout ou presque dans les trois continents, qui demeurent, plus que jamais, la zone des tempêtes, démentant par là les discours sirupeux sur le « capitalisme éternel » et la stabilité, la paix, le progrès démocratique qu’on lui associe. Mais ces révoltes, pour devenir des avancées révolutionnaires, devront surmonter de nombreux obstacles : d’une part, surmonter les faiblesses du mouvement, construire des convergences positives entre ses composantes, concevoir et mettre en œuvre des stratégies efficaces, mais aussi d’autre part mettre en déroute les interventions (y compris militaires) de la triade impérialiste. Car toute intervention militaire des États-Unis et de l’OTAN dans les affaires des pays du Sud, sous quelque prétexte que ce soit fût-il d’apparence sympathique - comme l’intervention « humanitaire » - doit être proscrite. L’impérialisme ne veut ni le progrès social, ni la démocratie pour ces pays. Les laquais qu’il place au pouvoir quand il gagne la bataille resteront des ennemis de la démocratie. On ne peut que déplorer que la « gauche » européenne, même radicale, ait cessé de comprendre ce qu’est l’impérialisme.

Le discours dominant aujourd’hui appelle à la mise en œuvre d’un « droit international » qui autorise en principe l’intervention lorsque les droits fondamentaux d’un peuple sont bafoués. Mais les conditions ne sont pas réunies pour permettre d’avancer dans cette direction. La « communauté internationale » n’existe pas. Elle se résume à l’ambassadeur des États-Unis, suivi automatiquement par ceux de l’Europe. Faut-il faire la longue liste de ces interventions plus que malheureuses, criminelles dans leurs résultats (l’Irak, par exemple) ? Faut-il rappeler le principe « deux poids, deux mesures » qui les caractérise (on pensera évidemment aux droits bafoués des Palestiniens et au soutien inconditionnel à Israël, aux innombrables dictatures toujours soutenues en Afrique) ?

Le printemps des peuples du Sud et l’automne du capitalisme

Les « printemps » des peuples arabes, comme ceux que les peuples d’Amérique latine connaissent depuis deux décennies, que j’appelle la seconde vague de l’éveil des peuples du Sud – la première s’était déployée au 20 ième siècle jusqu’à la controffensive du capitalisme/impérialisme néo libéral – revêt des formes diverses allant des explosions dirigées contre les autocraties qui ont précisément accompagné le déploiement néo libéral à la remise en cause de l’ordre international par les « pays émergents ». Ces printemps coïncident donc avec « l’automne du capitalisme », le déclin du capitalisme des monopoles généralisés, mondialisés et financiarisés. Les mouvements partent, comme ceux du siècle précédent, de la reconquête de l’indépendance des peuples et des Etas des périphéries du système, reprenant l’initiative dans la transformation du monde. Ils sont donc avant tout des mouvements anti impérialistes et donc seulement potentiellement anti capitalistes. Si ces mouvements parviennent à converger avec l’autre réveil nécessaire, celui des travailleurs des centres impérialistes, une perspective authentiquement socialiste pourrait se dessiner à l’échelle de l’humanité entière. Mais cela n’est en aucune manière inscrit à l’avance comme une « nécessité de l’histoire ». Le déclin du capitalisme peut ouvrir la voie à la longue transition au socialisme comme il peut engager l’humanité sur la voie de la barbarie généralisée. Le projet de contrôle militaire de la planète par les forces armées des Etats Unis et de leurs alliés subalternes de l’Otan, toujours en cours, le déclin de la démocratie dans les pays du centre impérialiste, le refus passéiste de la démocratie dans les pays du Sud en révolte (qui prend la forme d’illusions para religieuses « fondamentalistes » que les Islam, Hindouisme et Bouddhisme politiques proposent) opèrent ensemble dans cette perspective abominable. La lutte pour la démocratisation laïque prend alors une dimension décisive dans le moment actuel qui oppose la perspective d’une émancipation des peuples à celle de la barbarie généralisée.

Lectures complémentaires :

Hassan Riad, L’Egypte nassérienne, Minuit 1964
Samir Amin, La nation arabe, Minuit 1976
Samir Amin, A life looking forward, Memories of an independent Marxist, Zed, London 2006
Samir Amin, L’éveil du Sud; Le temps des cerises, 2008

Le lecteur y trouvera mes lectures des réalisations du Vice-Roi Muhammad Ali (1805-1848) et des Khédives qui lui ont succédé, en particulier d’Ismail (1867-79), du Wafd (1920-1952), des positions du communisme égyptien face au nassérisme, de la dérive de la Nahda d’Afghani à Rachid Reda.

Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Actes Sud, 2009.
Il s’agit là de la meilleure analyse des composantes de l’Islam politique (de Rachid Reda et des Frères Musulmans, des Salafistes modernes).

Concernant le rapport entre le conflit nord/Sud et celui qui oppose l’amorce de la transition socialiste à la poursuite du déploiement du capitalisme, voir :

Samir Amin, La crise, sortir de la crise du capitalisme ou sortir du capitalisme en crise ? ; Le Temps des Cerises, 2009
Samir Amin, La loi de la valeur mondialisée ; Le temps des cerises, 2011
Samir Amin, Pour la cinquième internationale ; Le temps des cerises, 2006
Samir Amin, The long trajectory of historical capitalism ; Monthly Review, New York, february 2011
Gilbert Achcar, Le choc des barbaries, Ed Complexe, Bruxelles

Le Caire et Paris, mai 2011
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Mar 31 Mai - 13:05

Les peuples arabes réussiront
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/les-peuples-arabes-reussiront-95070
Réponse à une question de M. Alain Juppé : et si les peuples arabes réussissaient ?

A suivre une réaction à quelques mots d'Alain Juppé, publiés sur son blog le 31 janvier 2011 pour commenter le printemps arabe. Ils s'intitulent 'et si les peuples arabes réussissaient ?'.
(http://www.al1jup.com/?p=856)



Monsieur le ministre,

On ne peut que s'incliner devant la clarté et la concision de votre analyse d'une situation si complexe, et se réjouir de savoir nos affaires communes en de bonnes mains. Je vous écris néanmoins pour vous faire part de quelques éléments de réflexion qui me convainquent profondément que votre pari est gagnant au moins à moyen terme si ce n'est plus tôt.

Vous parlez à juste titre de séisme, c'est-à-dire d'un phénomène incontrôlé et quasiment imprévisible qui renverse tout. Nous savons qu'ils sont causés par les immenses forces des plaques tectoniques qui s'affrontent, et qui parfois se brisent d'un coup violent. En géologie.

En matière de sociétés humaines, nous savons que les révolutions sont bien souvent précédées d'abord d'innovations technologiques, lesquelles entrainent des révolutions industrielles, modifient les modes de vie, puis les façons de penser. C'est seulement alors que le droit évolue, plus ou moins brutalement. On ne peut être que frappé dans ces événements au sud de la Méditerranée par la très nette corrélation entre la violence des réactions gouvernementales, plus ou moins importante, et l'existence ou le développement de médias d'opposition. On observe que plus les pays disposaient de soupapes permettant aux critiques de s'exprimer, et moins les violences physiques se sont développées.

Nous assistons à une innovation technologique qu'est internet, et à la révolution industrielle de nos moyens de communication qu'entraine sa diffusion au sein de la population, à commencer bien sûr par les jeunes adultes. Nous nous sommes déjà habitués depuis une quinzaine d'années à établir un site web pour transmettre une information d'un émetteur vers un récepteur, plus rapidement que par les médias traditionnels. Le retour d'information ne pouvait se faire que par email, et instaurait donc une communication bilatérale.

Internet 2, ou le web 2.0, permet un retour en publiant directement sur le site la réponse du récepteur vers l'émetteur initial. Mais surtout la réponse est visible des autres visiteurs du site, qui peuvent à leur tour commenter la réponse, créant ainsi une communication multilatérale et non plus seulement bilatérale. Le tout est bien sûr instantané donc affranchi de toute censure, et mondial c'est-à-dire affranchi des frontières. Il est ensuite possible à n’importe quel visiteur de recommander le site, ou un article ou une discussion, à n’importe lequel de ses correspondants habituels, en le commentant. Lequel correspondant peut à son tour relayer l’information. Il s’ensuit une communication virale, reçue non par le récepteur non par l’intermédiaire d’un média public ou d’une personne inconnue, mais par quelqu’un de connu qui présente l’information. Or nous savons en marketing qu’une information ainsi recommandée (ou dénigrée) par quelqu’un de connu prend un poids bien plus considérable auprès du récepteur que si elle était présentée par un inconnu.

J'observe que ces régimes qui subissent des séismes plus ou moins forts se caractérisent notamment par 3 propriétés. D'abord une absence d'alternance au pouvoir assise sur la peur ; ensuite un contrôle de l'information délivrée par les médias traditionnels pour étouffer toute contestation ; et enfin une pyramide des âges avec une très forte proportion de jeunes de moins de 30 ans (les 2/3 en Egypte).

Vous soulignez à juste titre que leur niveau d'éducation s'accroît, mais pas seulement au sens des matières enseignées au sein de l'éducation nationale. Les stratégies et les méthodes pour renverser une dictature sans violence ont été étudiées, conceptualisées, et gratuitement diffusées. Vous pourrez vous référer par exemple aux publications de Gene Sharp (‘From dictatorship to democracy’ (http://www.aeinstein.org/organizati...) de l'Albert Einstein Institution, elles sont tout à fait édifiantes.

Leur jeunesse est la première à s'approprier cette nouvelle technologie du web 2.0, de Facebook Twitter et Bambuser. Elle leur permet 4 choses : de comparer leurs conditions de vie dans leurs pays avec les nôtres, d'en débattre entre eux, de synchroniser leurs actions (voyez Bambuser http://bambuser.com/broadcasts?broa... c'est très impressionnant), et de s'affranchir de la censure gouvernementale.

Avec cette structure de société, ces connaissances politiques et cette technologie, il ne manquait plus que le savoir-faire pour déclencher des mouvements de masse. Le personnage emblématique de cette mise en œuvre est Wael Ghonim, le directeur du marketing de Google au Moyen-Orient. Sa page militante officielle en arabe ('we are all khaled Said' http://www.facebook.com/ElShaheeed) regroupe près d'un million de personnes sur Facebook. A titre de comparaison celle de l'UMP est suivie par environ 11 000 personnes et le PS atteint 22 000. Dans une interview accordée à CNN il explique que ces manifestations sont le couronnement d’un plan savamment orchestré.

Personne n'avait vu venir ce séisme entend-on dire. Il n'en demeure pas moins qu'à l'analyse ces manifestations pacifiques et spontanées ont été minutieusement préparées et scientifiquement déclenchées. Elles sont l'aboutissement d'une stratégie mûrement réfléchie, d'une communication savamment distillée sur les réseaux sociaux en seulement 6 mois, et d'un plan marketing magistralement réalisé par des équipes de talent. Gene Sharp et son équipe ont conceptualisé et conçu le mode d’emploi, celle de ‘we are all Khaled Said’ l’a adapté au web 2.0 et déroulé en moins d’un an. Pour vous en convaincre je vous invite à visionner cette vidéo prémonitoire postée sur youtube sous le nom de plume de Wael Ghonim au mois de juillet dernier (http://www.youtube.com/watch?v=xil2Gkrh7L4).

Cet ensemble de conjonctions modifie les forces des plaques tectoniques et assoit l'adage de John Kennedy : "those who make peaceful revolution impossible, will make violent revolution inevitable".

Vous vous demandiez s'il fallait faire le pari de les soutenir, de peur de voir Ben Laden ou ses sbires les déborder. Je n'ai pas compris que ces jeunes gens qui manifestaient demandaient aux femmes de porter la burqa, de renoncer à toute éducation, de s'interdire de parler aux hommes, de s'abstenir de toute contraception, de rester cloitrées chez leurs époux pour élever une multitude d'enfants, et d’éviter de travailler à l'extérieur pour gagner leur autonomie économique. Je ne crois pas que cette jeunesse majoritaire ait des aspirations différentes de la nôtre, surtout mise aussi facilement en relation. Ayez la curiosité d’utiliser un pseudonyme et de consacrer une demi-journée à chatter avec eux sur Facebook pour vous en convaincre. Vous verrez qu'ils soient français, allemands, américains, tunisiens, égyptiens, libyens ou iraniens, ils écoutent les mêmes chanteurs, regardent les mêmes films, partagent les mêmes rêves et surtout les mêmes forums de discussions. Je ne peux pas croire qu'ils laisseront plus Al Qaeda les diriger que leurs anciens autocrates du XXe siècle qu'ils viennent de renverser.

Vous avez raison de faire le pari de les soutenir. Et vous avez tout autant raison de rester vigilant sur leur évolution. Mais usons des 2 plus formidables armes des démocraties, usons de l'information et de l'éducation. Couplées à cette nouvelle technologie qui décuple la communication et révolutionne la façon de faire de la politique, nous pourrons développer un meilleur avenir en harmonie avec nos voisins libérés, nous balaierons l'obscurantisme d'Al Qaeda, nos diplomates pourront anticiper et accompagner les répliques de ce séisme, et vous aurez orienté la France vers votre pari gagnant.

Le département d’état américain a ouvert un compte twitter qui publie exclusivement en arabe au début de l'année. A son instar, j'espère que vous saurez faire de leur nouveau mode de communication un axe de stratégie majeur dans le soutien que notre pays leur apportera et dans la vigilance que nous conserverons. Je verrai d'ailleurs bien quelle réponse vous donnerez à ce commentaire sur votre page Facebook Wink

En vous remerciant pour votre travail et vos efforts, et espérant que ces quelques réflexions puissent vous être d'une quelconque utilité dans votre lourde tache, je vous prie d'agréer, monsieur le ministre, l'expression de ma plus haute considération.
O.F.


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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  spike le Ven 29 Juil - 19:57


Des milliers de manifestants en Egypte, au Yémen, en Jordanie, en Syrie
23 réactions
Par LIBÉRATION.FR

Egypte

Des dizaines de milliers de personnes participent à une manifestation dominée par des groupes islamistes sur la place Tahrir au Caire, en signe d'unité, sur fond de fragile transition politique après la chute en février du président Moubarak.

Cette manifestation, à l'appel des puissants Frères musulmans, alliés à divers groupes musulmans fondamentalistes, faisait craindre des heurts avec les militants des organisations laïques qui campent sur la célèbre place Tahrir depuis le 8 juillet pour dénoncer la lenteur des réformes promises par l'armée au pouvoir.


Les groupes islamistes avaient, de manière générale, gardé leurs distances vis-à-vis du sit-in et avaient récemment organisé leur propre manifestation, reprochant aux contestataires campant place Tahrir d'aller à l'encontre de l'«identité islamique» de l'Egypte. Finalement, ce vendredi, laïcs et islamistes ont convenu de laisser de côté leurs dissensions pour sauver les idéaux de la révolte populaire de janvier-février qui avait abouti au départ de Moubarak.

Debout sur les podiums montés autour de la place, les orateurs ont exhorté au partenariat et à l'unité, mais la foule appelait l'Egypte à «mettre en oeuvre la loi de Dieu».

Un manifestant égyptien brandit un Coran, place Tahrir, le 29 juillet. (Mohamed Abd El Ghany / Reuters)

Au moins 15 partis et autres formations politiques prenaient part au rassemblement. Parmi leurs revendications, figurent la fin des procès militaires de civils, la comparution des dignitaires de l'ancien régime et la redistribution des richesses.

Le maréchal Hussein Tantaoui, à la tête du CSFA, qui tient les rênes du pays, a promis de mettre en place les «piliers d'un Etat démocratique défenseur de la liberté et des droits de ses citoyens».

Des législatives ont été annoncées pour l'automne et elles doivent être suivies de la rédaction d'une nouvelle Constitution et d'une élection présidentielle.

Syrie

Deux civils ont été tués et des dizaines blessés par des tirs des forces de sécurité lors de manifestations réclamant la chute du régime et dénonçant l'inertie de la communauté internationale face à la répression menée par Damas.

Un jeune homme est mort à Lattaquié, un autre à Deraa.

Les défilés ont débuté, comme chaque vendredi depuis la mi-mars, après la prière musulmane hebdomadaire, cette fois sous le slogan «Votre silence nous tue», les militants pro-démocratie ayant dédié cette journée au manque de réaction, selon eux, du reste du monde face aux violences secouant la Syrie.

A Hama (centre), «plus de 500.000 personnes ont participé aux manifestations», a indiqué Rami Abdel Rahmane, président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Il n'a pas fait état de violences dans cette ville.

En revanche, les forces de sécurité ont tiré sur les manifestants dans un quartier de Homs, ainsi qu'à Harasta, près de Damas. A Deir Ezzor (est), au moins 50.000 personnes auraient défilé en hommage aux quatre personnes tuées la veille dans cette ville.

Selon des militants, des manifestations ont également eu lieu dans plusieurs villes dans l'Ouest à majorité kurde, dans le gouvernorat d'Idleb (nord-ouest), à Maarat al-Naamane (ouest), Douma (sud), Boukamal (est) et Hassakeh (nord-est).

Tôt vendredi, une explosion a eu lieu sur un oléoduc près de Homs, selon l'agence officielle Sana, qui a attribué l'attaque à une «bande subversive». Il s'agit du deuxième incident visant des infrastructures d'hydrocarbures depuis le début de la contestation.

Yémen

Plusieurs dizaines de milliers d'adversaires et de partisans du président Ali Abdallah Saleh, ont manifesté dans le calme à Sanaa, la capitale.

Rassemblés massivement pour une journée de «patience et de résistance», les premiers ont manifesté sur la rue Sittin, jouxtant la «place du Changement», près de l'Université de Sanaa, épicentre de la contestation.

Les deuxièmes étaient moins nombreux que d'habitude. Leur rassemblement était placé cette fois sous le signe de «la fidélité» au président Saleh, hospitalisé en Arabie saoudite depuis le 4 juin, au lendemain d'une attaque contre son palais à Sanaa.

Des manifestations hostiles au régime ont par ailleurs eu lieu dans plusieurs provinces du pays, dont Taëz, Ibb, Chabwa, Marib et Saada.

Jordanie

Plus de 3000 Jordaniens, membres de l'opposition islamiste pour la plupart, ont manifesté à Amman; Ils réclament de «véritables» réformes. «Le peuple veut réformer le régime. Des millions de dinars sont volés alors que le peuple meurt de faim», ont scandé les manifestants, qui brandissaient un grand drapeau de la Jordanie.

Ils ont également condamné les attaques contre les médias. Le 15 juillet, des journalistes ont été roués de coups de bâton par la police, alors que celle-ci tentait de séparer des manifestants appelant à des réformes et un groupe de loyalistes.
http://www.liberation.fr/monde/01012351738-des-milliers-de-manifestants-en-egypte-au-yemen-et-en-jordanie
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Ven 5 Aoû - 20:25

Les révolutionnaires du monde arabe se mobilisent pour la Syrie
FRANCE INFO - 17:53

Un comité de soutien en Tunisie, manifestation en Egypte, en Turquie et au Liban. La situation en Syrie déclenche une mobilisation grandissante dans les autres pays arabes, en particulier ceux qui ont vécu une "révolution de jasmin". En Syrie même, une douzaine de personnes ont encore été tuées aujourd’hui, alors que des manifestations rassemblaient des dizaines de milliers de personnes.


Manifestation de soutien aux insurgés syriens devant le consulat de Syrie à Istanbul.
© REUTERS / Osman Orsal

“Dégage, nazi !” Cette interpellation à l’adresse de Bachar al-Assad, le président syrien, c’est au Caire qu’elle a été brandie aujourd’hui. A l’échelle de ce que l’Egypte a connu ces derniers mois la manifestation de soutien aux insurgés syriens devant l’ambassade de ce pays peut sembler insignifiante : quelques centaines de personnes. Mais elle démontre que la situation en Syrie mobilise au delà des frontières. “Le peuple exige le départ de l’ambassadeur”, scandaient les manifestants, ou encore, “Par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifions pour toi Hama !”, du nom de la ville rebelle du centre de la Syrie.

Les mêmes type de démonstrations se produisent au Liban, ou encore en Turquie. En Tunisie, premier pays des “révolutions de jasmin”, plusieurs partis politiques, des ONG et des personnalités ont créé un comité de soutien au peuple syrien. Il compte lui aussi organiser des manifestations populaires et faire pression sur les représentants des autorités syriennes pour la libération des détenus et l’arrêt du “carnage”.

En ce premier vendredi de ramadan, Damas est quadrillée par les forces de l’ordre. A Damas, le récit de l’envoyée spéciale de France Info, Valérie Crova. (0'57")


Sur le terrain, le gouvernement syrien ne semble pas prêt à la moindre concession. Des dizaines de milliers de Syriens ont bravé la répression en ce premier vendredi de ramadan, pour exiger le départ de Bachar al-Assad. Dans la province orientale de Daïr az Zour, au sud dans les plaines du Hauran, à Homs, dans le centre du pays, à Djableh, à l’ouest et même dans plusieurs quartiers de la capitale, Damas.

L’armée a ouvert le feu, tuant une dizaine de personnes selon un bilan provisoire. Deux membres des forces de sécurité ont aussi été tués.

Une fois encore, la ville de Hama a subi les assauts les plus violents. L’armée l’a bombardé pour le sixième jour. Le nombre de victimes atteindrait 135. De très nombreux habitants ont fui la ville et les militaires tentent de les empêcher de gagner un autre centre urbain.

Selon le département d’Etat américain, la répression aurait au total fait plus de 2.000 morts en Syrie.

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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  spike le Dim 4 Sep - 15:59



Manifestations sociales record en Israël: et maintenant?
2 commentaires


Manifestation monstre samedi à Tel Aviv. (Reuters)


Au lendemain d’une mobilisation «historique», avec plus de 400.000 manifestants dans les rues, le mouvement de protestation sociale en Israël est en quête d’une stratégie, dans l’attente de la réponse du gouvernement Netanyahu.

Les analystes s’interrogaient dimanche sur l’avenir de cette vague de contestation sans précédent — «révolution ou évolution?» – après «la plus grande manifestation» de l’histoire de l’Etat d’Israël.

«Un jour, les étudiants apprendront qu’en cette soirée capitale, une société civile est née en Israël», s’est réjouit l’éditorialiste de gauche Gidéon Lévy dans le quotidien Haaretz.

Plus de 400.000 Israéliens ont défilé samedi soir dans le centre de Tel Aviv et dans une quinzaine de villes du pays pour «la justice sociale» et contre le coût de la vie, un record depuis le début mi-juillet du mouvement social, selon les médias.

Pour la presse, la taille des rassemblements de samedi prouve que la mobilisation ne faiblit pas, et maintient la pression sur le Premier ministre libéral-conservateur Benjamin Netanyahu.

Des «recommandations» d'ici deux semaines

Netanyahu a annoncé dimanche que la commission qu’il a chargée de proposer un programme de réformes présenterait ses recommandations d’ici deux semaines.

«Le gouvernement que je dirige s’est engagé à conduire de vrais changements pour alléger le coût de la vie et réduire les inégalités sociales», a répété le Premier ministre. «Jamais auparavant en Israël a-t-on vu une telle commission ouvrir un dialogue sérieux avec des milliers de citoyens», a-t-il plaidé.

Devant l’ampleur de la contestation, «Bibi» Netanyahu a promis de remiser son credo libéral pour répondre à la grogne sociale, tout en rappelant les «contraintes» imposées par la crise économique mondiale, suscitant l’incrédulité des contestataires.

«Le mouvement de protestation sociale est un succès phénoménal. Il a bouleversé le calendrier des priorités et montré au gouvernement que l’opinion publique n’avait pas l’intention de tout laisser tomber», a estimé le commentateur économique Néhémia Shtrasler.

Mais ce dernier a souligné que les organisateurs --à l’origine des jeunes professionnels et des étudiants des classes moyennes-- étaient à la croisée des chemins, obligés de choisir entre des revendications radicales ou des réformes économiques plus limitées.

«C’est le dilemme classique entre ceux qui veulent la révolution et ceux qui préfèrent une évolution», a noté M. Shtrasler.

De fait, les dirigeants du mouvement social sont divisés sur les formes et les objectifs de leur lutte.

Démonter les tentes ou durcir le mouvement?


Après la mobilisation record de samedi, les modérés jugent qu’il faudra démonter les camps de tentes, emblèmes du mouvement, tandis que les plus radicaux prônent un durcissement de la contestation en multipliant en particulier les squats de bâtiments vides.

Il est encore difficile de savoir «si un noyau de nouveaux leaders, avec le talent et les aptitudes nécessaires, va sortir de ce groupe (à la tête de la contestation) ou si une nouvelle force politique est en train d’émerger qui pulvérisera les coalitions fossilisées d’antan», a relevé Aviad Pohoryles dans le tabloïd Maariv.

Pour la plupart des analystes, la vague de contestation de l’été 2011, qui porte autant sur les valeurs éthiques que sur l’économie selon l’éditorialiste vedette Nahum Barnéa, a pourtant d’ores et déjà imprimé une marque indélébile sur la société israélienne.

«Rien de ce qui s’est passé cet été ne sera perdu», a estimé M. Barnéa, selon qui le mouvement traduit un véritable ras-le-bol de toute une partie de la jeunesse et des classe moyennes devant «les sommes versées à la colonisation» et «l’enrichissement des proches du pouvoir», dans un contexte de hausse généralisée du coût de la vie.

(Source AFP)
http://www.liberation.fr/monde/01012357869-manifestations-sociales-record-en-israel-et-maintenant
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Ven 21 Oct - 9:21

"La Chine et la Russie craignent que le printemps arabe donne des idées à leurs populations"
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/10/05/la-chine-et-la-russie-craignent-que-le-printemps-arabe-donne-des-idees-a-leurs-populations_1582757_3218.html
Le Conseil de sécurité de l'ONU a rejeté, mardi 4 octobre, une résolution condamnant la répression en Syrie. Proposée par le front occidental, la Chine et la Russie s'y sont opposé. Pour Didier Billion, chercheur au sein de l'Institut de recherches internationales et stratégiques et spécialiste du Proche-Orient, ce veto sino-russe renforce le régime syrien et affaiblit l'ONU.
Pourquoi la Chine et la Russie ont-elles opposé leur veto au vote de la résolution visant le régime syrien ?
Il y a d'abord une raison de principe puisque Pékin et Moscou ont traditionnellement une position de non ingérence dans les pays étrangers. C'est un principe intangible pour ces deux Etats. Et puis, la Russie et la Chine, qui sont loin d'être de réelles démocraties, conçoivent toutes deux quelques inquiétudes à propos du printemps arabe en général, qui pourrait donner des idées à leur propre population.

Les Russes et les Chinois ont-ils des intérêts à défendre en Syrie ?

Surtout les Russes. Ils ont par exemple la possibilité de mouiller leurs navires militaires dans les ports syriens, possibilité qu'ils n'ont pas ailleurs. C'est un avantage logistique, certes, mais c'est surtout un moyen de conserver leur position en mer Méditerranée. Et il est évident qu'un changement de régime nuirait à ses accords militaires. C'est pour ces raisons d'ordre géostratégiques que la Russie est un soutien ferme et résolu de la Syrie.

A défaut de sanction collective, le régime de Bachar Al-Assad doit-il s'attendre à des sanctions unilatérales ?

C'est déjà le cas puisque l'Union européenne et les États-Unis les appliquent déjà, en bloquant les avoirs syriens ou en interdisant leurs entreprises de passer des contrats en Syrie. Mais leurs effets sont limités. Elles sont loin d'être rédhibitoires pour le régime syrien puisqu'elle ne mettent pas l'économie du pays à genoux. Bachar Al-Assad le sait et c'est pour cela qu'il continue de réprimer la contestation en toute impunité. Surtout, sanctions ou non, d'autres pays, comme l'Iran, continuent de commercer avec la Syrie. Si certains refusent de discuter, d'autres, comme la Chine, sont prêts à saisir les opportunités. Il faut donc mesurer les limites de l'exercice et se rappeler que dans l'histoire, les sanctions ont rarement été efficaces, à l'exception de l'Afrique du Sud pendant l'apartheid ou de l'Irak après la première guerre du Golfe.

N'est-ce pas un mauvais signal envoyé à l'opposition syrienne qui se structure à peine au sein du Conseil national syrien ?

Bien entendu, ce n'est pas un signal positif. Mais l'opposition syrienne ne se faisait pas beaucoup d'illusions. Elle sait qu'élargir le camp des partisans des sanctions est un travail de longue haleine. Elle a bien compris qu'il n'y aurait aucune intervention militaire en Syrie. Elle va devoir convaincre de nouveaux alliés, comme la Turquie, qui jusqu'à présent était plutôt pro-Assad.

De toute façon, le Conseil national syrien va devoir se concentrer sur la situation interne. Depuis quelques temps, on note un fléchissement de la mobilisation en Syrie. Les manifestations continuent mais perdent de leur puissance. Le grand danger, c'est que le conflit devienne armé. Car si la révolte se militarise, le rapport de force entre le régime et ses opposants deviendrait encore plus inégal.

Le Brésil et l'Inde se sont abstenus lors du vote. Assiste-t-on à la naissance
d'un nouveau front diplomatique mené par les BRICS [Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud] ?

Ce n'est pas la première fois que ces pays s'opposent aux front occidental. Cela montre bien que le centre de gravité de la diplomatie mondiale s'est déplacé et que les grandes puissances ne sont plus en mesure d'imposer leur point de vue. Mais pour l'heure, les BRICS restent trop hétérogènes pour adopter une position commune et proposer des alternatives. Les alliances risquent donc d'être à géométrie variable, en fonction des intérêts de chacun, pendant quelques années encore.

Ce rejet de résolution ne consacre-t-il pas l'impuissance, voire l'inutilité, de l'ONU, peu en verve depuis le déclenchement du printemps arabe ?

L'ONU reste la seule instance qui peut se prévaloir d'une autorité internationale. En cela, elle est loin d'être inutile. Ce n'est pas parfait mais elle a le mérite d'exister. Mais le vote d'hier soir montre tout de même sa relative impuissance à faire pression sur certains états. Le grand problème, c'est que l'ONU est structurée comme en 1945, une réforme de son fonctionnement est donc nécessaire. Mais ça sera long et il faut aussi que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (France, Chine, Etats-Unis, Royaume-Uni et Russie) en acceptent l'idée et arrêtent de s'arcbouter sur leurs prérogatives.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Sam 22 Oct - 18:15

Kadhafi mort, Ben Ali exilé, Moubarak jugé : qui sera le prochain ?
FRANCE INFO - 16:32
Ils ont régné sans partage des décennies durant. Dix mois de soulèvement populaire ont petit à petit raison d’eux. État des lieux de chutes en cascade.

Ben Ali, la fuite et l’exil. Le 14 janvier 2011, le président tunisien est le premier à plier sous la pression populaire, après 23 ans de pouvoir autoritaire. Sous les "Dégage !", Zine el-Abidine Ben Ali fuit le pays avec son épouse Leïla Trabelsi et trouve refuge à Jeddah, dans l’ouest de l’Arabie Saoudite. Au début de l’été, la justice tunisienne se penche sur le cas du dictateur déchu. Condamné par contumace à 35 ans de prison pour vol et détournement de fonds publics, il écope un mois plus tard de 15 ans supplémentaires pour détention de drogue et d’armes. Depuis, Ben Ali vit reclus à Abah, au sud de l’Arabie Saoudite, avec son épouse et deux de ses enfants. Alors que la Tunisie s’essaie à l’exercice de la démocratie, l’ex-dictateur se fait discret. L’ Arabie Saoudite, qui n’a aucune convention d’extradition avec la Tunisie, devrait le laisser tranquille...

Qu’est devenu Ben Ali ? Les précisions à Riyad de Clarence Rodriguez. (1'46")

Moubarak, dans les mailles de la justice. Son règne survit un mois à celui de son homologue tunisien. Le dirigeant égyptien est destitué le 11 février, après trois décennies de pouvoir sans partage. Âgé de 83 ans, c’est alité qu’il répond à une convocation devant la justice, le 3 août dernier. Dans le box avec ses deux fils et six responsables de l’ancien régime, il est entendu pour corruption, détournements de fonds publics et complicité du meurtre de 850 manifestants. Il plaide "non-coupable" de ces trois chefs d’accusation.

Kadhafi, la fin brutale. Pour le dictateur libyen, c’est dans le sang que s’achève un règne de 42 ans, ce jeudi 21 octobre. Les images de son corps sanglant et dénudé, prises avec un téléphone portable, sont diffusées par les médias du monde entier. Le même jour, son fief de Syrte tombe aux mains des rebelles. Le despote aurait succombé à une blessure par balle à la tête, après sa capture par les insurgés. Depuis deux jours, des milliers de Libyens défilent devant sa dépouille, exposée avec celle de son fils dans une chambre froide à Misrata.

À qui le tour ?

Bachar al-Assad, l’indéboulonnable. Il pourrait être le prochain sur la liste des tyrans déchus, même si le sort de ses homologues égyptien et libyen ne semble pas l’ébranler : Bachar al-Assad s’accroche au pouvoir depuis la mi-mars et les premières révoltes dans son pays. Pour le moment, il peut compter sur l’opposition des Russes et des Chinois à une intervention onusienne en Syrie. Mais la fin de Mouammar Kadhafi risque de changer la donne : l’attention accrue de la communauté internationale sur le cas syrien pourrait pousser les deux pays à abandonner leur veto au Conseil de sécurité de l’Onu. En attendant, Bachar al-Assad intensifie la répression contre ses opposants.

Ali Abdullah Saleh, le coup de bluff. Le 4 juin 2011, après quatre mois d’affrontements entre rebelles et forces armées, le dirigeant yéménite quitte le pouvoir et le pays. Il vient d’être blessé dans une attaque contre son palais, à Sanaa. L’Arabie Saoudite sera sa destination de convalescence. Mais l’exil du dictateur, resté 33 ans au pouvoir dans son pays, n’est que temporaire. Le 23 septembre, Ali Abdullah Saleh est de retour dans la capitale yéménite. Depuis, le dictateur s’agrippe à la tête de l’État et mène la répression contre une contestation très décidée. Le 8 octobre, au cours d’une allocution télévisée, il a évoqué l’idée de son départ. Mais pas question de le laisser à ses opposants.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Mar 25 Oct - 19:46

Libye,Tunisie : Alain Juppé défend sa politique étrangère
FRANCE INFO - 17:47
Alain Juppé a défendu cet après-midi devant les députés le soutien de la France aux printemps arabes. Le ministre des Affaires étrangères a du se justifier suite aux critiques exprimées ces derniers jours sur l’avenir des droits de l’homme en Libye et la percée des islamistes en Tunisie.
Alain Juppé défend sa politique étrangère en Libye et en Tunisie. Le ministre des Affaires étrangères à l’Assemblée nationale. (1'00")

Dimanche, lors de son discours pour la proclamation de la “libération” de la Libye, le chef du Conseil national de transition (CNT) Moustapha Abdeljalil a affirmé que la charia (loi coranique) serait la principale source de législation dans la nouvelle Libye. A cela s’ajoute aussi la percée des islamistes en Tunisie. Des annonces qui font mouche en occident depuis quelques jours et notamment en France.
Alain Juppé a été contraint de défendre la position de la France après ces révolutions arabes. Pour le ministre des Affaires étrangères, il faut “allier vigilance et confiance” dans l’avenir des peuples arabes. “J’entends dire que nous avons ouvert la boîte de Pandore. Fallait-il continuer à soutenir les dictatures ? Fallait-il continuer à soutenir Kadhafi ? Fallait-il continuer à soutenir Ben Ali ? Fallait-il continuer à soutenir Moubarak ? Faut-il continuer à soutenir aujourd’hui Bachar al Assad ?”, s’est enflammé le ministre des Affaires étrangères devant les députés.
“Le peuple libyen est enfin libre après 42 ans d’une dictature terrible. La France a pris toute sa part dans ce mouvement de libération et je crois que pour nous tous ici, ce doit être un sujet de fierté”, a encore dit Alain Juppé.

Des déclarations critiquées par les députés de l’opposition. “Nous, les dictateurs, nous ne déroulons pas le tapis rouge pour les accueillir sous leur tente à Paris”, a répliqué le député socialiste Jean Mallot, faisant allusion à l’accueil réservé au colonel Kadhafi par le président Nicolas Sarkozy à Paris, fin 2007.

De son côté, la députée communiste Marie-George Buffet a jugé “urgent de condamner fermement et sans équivoque” les déclarations du président du Conseil national de transition libyen, Moustapha Abdeljalil, sur l’application de la charia, notamment pour la polygamie.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Lun 29 Oct - 18:44

Djemila Benhabib : "les révolutions arabes ont aggravé le sort des femmes"
fr info
La place des femmes a-t-elle changé depuis les révolutions arabes? Ces dernières ont apporté plus de libertés mais pour les femmes, la pression est plus que jamais présente.

Djemila Benhabib est l'invitée des Choix de France Info. Elle a publié aux éditions H&O "Les soldats d'Allah à l'assaut de l'occident". Selon elle, "on ne se rend pas compte à quel point la menace sur les femmes est grande". C'est pourtant un enjeu incontournable : "C'est sur leurs épaules que repose l'ordre social".

Depuis la montée fulgurante des islamistes aux différentes élections, "s'attaquer aux femmes, c'est s'attaquer à la démocratie" explique Djemila Benhabib.

Vanessa Descouraux, depuis Le Caire, raconte la difficile entrée des femmes dans la démocratie égyptienne.

Djemila Benhabib poursuit : "La police égyptienne est au service d'un ordre morale islamiste". Elle dénonce enfin le manque de solidarité de l'occident.
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Re: Monde arabe : La contestation se propage

Message  ivo le Mar 14 Jan - 12:36

Le « grand jeu » de l’Arabie saoudite pour étouffer les « printemps arabes »
http://www.lemonde.fr/libye/article/2014/01/13/le-grand-jeu-de-riyad-pour-etouffer-les-printemps-arabes_4346993_1496980.html
Le 14 janvier 2011, Ben Ali s'envole pour Djedda, en Arabie saoudite, sans se douter qu'il y passera les trois années suivantes dans un exil aussi ennuyeux que doré. Paris n'a pas voulu de lui, ni aucun autre pays arabe. Seul le géant saoudien a l'argent et la légitimité religieuse pour se permettre d'accueillir le nouveau paria. Seule l'Arabie saoudite réalise combien ce qui vient de se passer en Tunisie la menace.
Pendant trois ans, le pouvoir saoudien va se dépenser sans compter pour endiguer la vague des révolutions arabes ou la mettre au service de ses ambitions régionales. En Egypte, la monarchie a remis en selle les militaires à coups de pétrodollars pour étouffer les Frères musulmans et les révolutionnaires. En Syrie, elle soutient les rebelles pour mieux contrer l'Iran. Retour sur trois années de tourmente.

LE TEMPS DES PEUPLES

Partie de Sidi Bouzid, au centre de la Tunisie, le 17 décembre 2010, après l'immolation de Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur de fruits et légumes désespéré, la révolte ne gagne Tunis, la capitale, que le 11 janvier.

Partout, les postes de police et les locaux du parti au pouvoir sont brûlés, les portraits du dirigeant arrachés, aux cris de « Dégage !» En première ligne, les jeunes affrontent les forces de sécurité malgré les tirs à balles réelles, avant que ne se mêlent, au fil des jours, avocats, enseignants, chômeurs, entrepreneurs. Al-Jazira, la chaîne qatarie, diffuse en continu les images de cette contestation populaire et son slogan : « Justice, dignité et liberté ! » D'Alger au Caire, des millions de téléspectateurs assistent, médusés, à l'effondrement, en moins de trois semaines, du premier dictateur arabe.

En Egypte, les premières manifestations éclatent le 25 janvier au Caire, à Alexandrie ou à Suez. Puis la place Tahrir, au cœur de la capitale égyptienne, théâtre de heurts meurtriers avec les forces de sécurité, devient le symbole d'une contestation disparate mais déterminée qui associe des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux de tous horizons politiques.

« Descends de ta machine et va rejoindre les braves de la place Tahrir ! », lance un vieux mécano à un soldat. Les craintes sont grandes, alors qu'Hosni Moubarak a appelé l'armée à la rescousse. Ici aussi, la foule scande : «Le peuple veut la chute du régime ». « En plus d'être populaires, ces mouvements sont spontanés, ils relèvent d'une logique émeutière et, en conséquence, n'ont pas été conduits au sens strict par un chef, une idéologie ou une organisation politique », relèvent les chercheurs Michaël Béchir Ayari et Vincent Geisser, auteurs de Renaissances arabes (Editions de l'Atelier, octobre 2011).

Le 11 février, lâché par l'armée, le raïs égyptien est contraint à la démission. Le monde arabe est sidéré, à commencer par les dirigeants saoudiens, qui reprochent à Washington de souffler sur les braises de la contestation en lâchant un à un ses plus fidèles alliés.

Plus près encore du royaume, le Yémen, qui possède 1 800 kilomètres de frontière commune avec l'Arabie saoudite, s'est à son tour animé. Le 27 janvier, des milliers de manifestants se rassemblent à Sanaa pour réclamer le départ du président Ali Abdallah Saleh.

Après trente-trois ans à la tête de l'Etat, ce dernier veut modifier la Constitution pour se représenter en 2013. La rébellion se répand d'Aden, notamment parmi les étudiants, jusqu'aux wadis extrêmes de l'Hadramaout. Du jamais-vu. Ali Abdallah Saleh, qui a survécu à un attentat et a dû se faire soigner en Arabie saoudite, se voit contraint à l'automne de signer, à Riyad, un accord de transition qui le pousse vers la sortie.

Un autre incendie s'allume dans le petit royaume du Bahreïn, le 14 février. Les jeunes manifestants, à majorité chiite, campent sur la place de la Perle de Manama, pour contester la mainmise sur le pouvoir de la dynastie sunnite des Al-Kahlifa. Mais, le 2 mars, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis envoient des troupes au secours de leur voisin : plus de 1 000 hommes affectés à la défense des institutions et des infrastructures stratégiques. Les chars des forces de sécurité bahreïnies évacuent violemment les contestataires accusés d'être manipulés par la grande puissance chiite, l'Iran.

Le 18 mars, le monument de la place de Manama (six colonnes arquées qui enserrent une boule blanche représentant une perle), est rasé. La fronde bahreïnie avortée marque la première intervention de Riyad, champion des intérêts sunnites au Moyen-Orient, dans le « printemps arabe ».

Riyad, qui voit s'allumer des feux dans toute sa sphère d'influence, interviendra dans la foulée une deuxième fois en proposant au Maroc, à son tour bousculé par des manifestants du Mouvement du 20-Février, et à la Jordanie de rejoindre le club très fermé du Conseil de coopération des Etats du Golfe, jusque-là réservé aux pétromonarchies. Une sainte alliance contre-révolutionnaire se dessine.

L'embrasement n'est pourtant pas fini. La Libye puis la Syrie entrent à leur tour dans le cycle des manifestations-répressions. Mais à la différence des autres, la contestation dans ces deux pays basculera dans la guerre. Le conflit libyen, qui a débuté par des manifestations à Benghazi le 17 février, ne s'achève que le 20 octobre à Syrte par le lynchage du colonel Mouammar Kadhafi, qui, après quarante-deux ans de règne, était le plus vieux dirigeant arabe. Il aura fallu l'intervention de l'OTAN, pour que le conflit s'achève, au prix de milliers de morts.

La tragédie syrienne, elle, commence le 15 mars 2011 par une manifestation à Deraa, une ville située à la frontière avec la Jordanie, pour faire libérer quelques adolescents frondeurs, qui avaient tracé des graffitis antirégimes. Arrêtés, sauvagement torturés, ils ne seront rendus à leur famille qu'une semaine plus tard. Trop tard. La révolte contre le pouvoir autoritaire de Bachar Al-Assad, qui a succédé à son père Hafez en 2000, gagne d'autres villes. Malgré la peur, les cortèges grossissent.

Partout, les murs se couvrent de slogans et de caricatures. La parole s'est libérée. Dans la rue, on harangue, on crie, on interpelle. Les islamistes, longtemps contraints à la clandestinité, rentrent d'exil et fondent des partis, des plus modérés aux plus radicaux. A la « droite » des Frères musulmans émergent les salafistes. L'Arabie saoudite, qui se méfie de la confrérie, réputée trop politique, finance les salafistes, en espérant pouvoir mieux les contrôler. Des groupes radicaux Ansar Al-Charia naissent en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Libye.

Mais, déjà, des pays organisent les premières élections libres. La Tunisie, bientôt imitée par l'Egypte, inaugure ce nouveau cycle le 23 octobre 2011. Des files interminables de votants se forment.

LE TEMPS DES FRÈRES MUSULMANS ET DU QATAR

Les islamistes n'ont pas joué les premiers rôles dans les soulèvements populaires du début de l'année. Mais leur discipline, qui tranche sur la désorganisation des révolutionnaires, et l'aura dont ils sont nimbés en tant qu'opposant numéro un aux régimes qui viennent de s'écrouler, les aident à combler leur retard. Ennahda, le parti de Rached Ghannouchi, une émanation de la confrérie, remporte 89 des 217 sièges de l'Assemblée constituante tunisienne. Un scénario similaire se déroule en Egypte, à la fin de l'année. Les législatives tournent au triomphe pour les Frères musulmans, qui s'emparent de la moitié de l'Assemblée du peuple.

Le Qatar se frotte les mains. Le petit émirat gazier est le protecteur de la confrérie depuis que l'Arabie saoudite l'a répudiée au début des années 1990, en raison de son soutien à l'invasion du Koweït par Saddam Hussein. Le souverain local, le cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, est persuadé que l'islamo-conservatisme des Frères correspond aux aspirations profondes des peuples arabes.

De nombreuses figures de l'islam politique ont trouvé refuge à Doha, dont le célèbre télécoraniste égyptien Youssef Al-Qaradawi. Avec les « printemps arabes » qui portent ses protégés au pouvoir, le Qatar a l'occasion de se hisser sur le devant de la scène régionale et de damer le pion à son voisin saoudien, englué dans des calculs de succession. L'impétueux cheikh Hamad est obnubilé par l'idée de faire connaître et rayonner son minuscule pays : les coffres-forts de l'émirat, gorgés de gazodollars, et l'antenne d'Al-Jazira sont aussitôt mis au service des révolutions.

Cet interventionnisme, qui rompt avec la posture de médiateur, privilégiée jusque-là par Doha, débute avec l'affaire libyenne. Manœuvrier hors pair, le premier ministre Hamad Ben Jassem Al-Thani est l'un des principaux parrains de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, qui a conduit au déploiement de l'aviation de l'OTAN dans le ciel libyen. Le soutien des pays du Golfe a permis de convaincre la Russie de ne pas opposer son veto.

L'Arabie saoudite, mortifiée par la chute de Ben Ali et de Moubarak, a cédé au forcing de Doha. Le roi Abdallah a un vieux compte personnel à régler avec Mouammar Kadhafi, soupçonné d'avoir trempé dans un projet d'attentat contre lui, en 2003, à l'époque où il était prince héritier. En mars 2009, à Doha, le tyran de Tripoli l'avait qualifié de « marionnette » des Britanniques et des Américains devant tous ses pairs arabes, avant de quitter la salle, plein de morgue.

Les équipes d'Al-Jazira ont débarqué les premières à Benghazi, tête de pont du soulèvement libyen. La chaîne vit en osmose avec les révolutionnaires. Interdite en Tunisie, elle avait couvert la révolte anti-Ben Ali en puisant, sur les réseaux sociaux, des vidéos tournées par les manifestants. Juste après l'annonce du départ de Moubarak, le 11 février, « la voix des sans-voix » était restée silencieuse pendant quinze interminables minutes, l'écran figé sur le volcan de la place Tahrir, dans un stupéfiant moment de communion avec son public.

Dans les sables de Cyrénaïque, le style Al-Jazira, spectaculaire mélange d'info et d'agit-prop, est porté à la perfection. « Chaque révolutionnaire, je lui baise le front, je me prosterne devant lui », déclame, lyrique, un cheikh libyen depuis les plateaux de Doha. Symbole de son désir de puissance, le Qatar a envoyé une demi-dizaine de Mirage 2000 – la moitié de son aviation de chasse – aux côtés des Rafale français. Pendant ce temps, les forces spéciales qataries forment et guident les rebelles libyens dans leur assaut Bab Al-Azizia, le QG fortifié de Kadhafi, fin août 2011.

L'hubris qatarie se reporte alors sur la Syrie. En rappelant son ambassadeur à Damas en juillet 2011, quatre mois après le démarrage du soulèvement, l'émirat a officialisé sa rupture avec le régime Assad, qu'il avait pourtant courtisé à la fin des années 2000, comme Nicolas Sarkozy, le meilleur ami de l'émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani. Décidée à être « du bon côté de l'Histoire », la micromonarchie prend donc le parti de la rue. Al-Jazira ouvre son antenne aux vidéos sanguinolentes venues de Syrie. Dans son émission phare, « La charia et la vie », le cheikh Qaradawi vilipende le clan Assad et ses alliés iraniens et libanais du Hezbollah, avec des accents de plus en plus sectaires. Comme en Libye, où elles avaient porté à bout de bras le Conseil national de transition, la vitrine politique de la rébellion, les autorités qataries patronnent le Conseil national syrien, où les Frères sont majoritaires.

Ulcéré par les veto à répétition de la Russie et de la Chine – un « permis de tuer », selon le premier ministre qatari Hamad Ben Jassem –, le Qatar pousse à la militarisation du soulèvement. Une discrète filière de livraison d'armes se met en place, via la Turquie, qui partage le tropisme pro-Frères de l'émirat. Les premières cargaisons s'envolent de Doha au mois de janvier 2012 et les rotations s'accélèrent après l'entrée des rebelles dans Alep, au mois de juillet. Dans l'esprit des stratèges de Doha, Alep sera le Benghazi syrien, un tremplin vers la victoire finale.

Les princes de Doha sont d'autant plus portés à l'optimisme que tout semble leur réussir. Le 6 février 2012, ils ont présidé à la signature d'un accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah. Conformément à leur souhait, le chef du mouvement islamiste palestinien, Khaled Mechaal a d'ailleurs rompu avec Bachar Al-Assad, son ancien bienfaiteur, pour se placer sous leur tutelle, à Doha.

En Egypte, à la fin du mois de juin 2012, la présidentielle est remportée par le poulain de Doha, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans. Quinze jours après la proclamation des résultats, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, rencontre le nouvel élu. Plus que jamais, le Petit Poucet qatari se rêve en pygmalion du nouveau Moyen-Orient.

LE TEMPS DE L'ARABIE SAOUDITE

Mais, à Riyad, ces prétentions commencent à agacer. A l'été 2012, la monarchie des Saoud se met en ordre de bataille. Le prince Bandar Ben Sultan, ambassadeur à Washington de 1983 à 2005, prend la tête des services de renseignement du Royaume. On compte sur sa connaissance des arcanes du Congrès américain. Son rôle d'intermédiaire durant le djihad antisoviétique en Afghanistan, qui avait consisté à marier islam radical, pétrodollars, CIA et missiles Stinger, avait fait des merveilles.

Pourquoi pas en Syrie ? Le pays de Bachar Al-Assad est en effet le théâtre d'un nouvel affrontement géopolitique d'ampleur tellurique. Le conflit syrien a des allures de poupées russes. La contestation est surtout le fait des sunnites, majoritaires mais marginalisés par un régime tenu par les alaouites, une secte dissidente du chiisme.

A l'échelle régionale s'affrontent l'Iran chiite, meilleur allié de Damas, et le Qatar, la Turquie et l'Arabie saoudite, qui se disputent le leadership sunnite. Au niveau mondial, on retrouve la Russie, aux ambitions retrouvées – et la Chine – face aux Etats-Unis et ses alliés britanniques et français.

Coïncidence ou premier effet de l'arrivée de Bandar Ben Sultan, un attentat ravage le QG de la cellule de crise du régime syrien le 18 juillet 2012 à Damas. Le ministre de la défense, le beau-frère du président, Assef Chaoukat, et le chef de la Sécurité nationale perdent la vie, Damas semble aux abois, Riyad exulte. On prétend même un instant que le maître espion iranien, Qassem Suleimani, chef de la force Al-Qods, unité d'élite du régime, a été tué. A tort.

Au même moment, Alep est envahie par les rebelles. Ces derniers progressent partout. Il s'emparent de la totalité de la frontière avec la Turquie, puis de celle avec l'Irak. Au sud, des livraisons d'armes lourdes croates, achetées par Riyad, permettent d'ouvrir un nouveau front. Même Damas est menacée.

Conscient du danger, Téhéran, sous l'impulsion des gardiens de la révolution, qui ont écrasé en 2009 sous Mahmoud Ahmadinejad le « printemps iranien », décide alors de mobiliser toutes ses forces et ses relais pour sauver le soldat Bachar. Le Hezbollah libanais est appelé à la rescousse, les milices chiites irakiennes aussi. L'armée syrienne est réorganisée par une nuée de conseillers iraniens.

De son côté, Moscou livre des armes sans compter, et le sursaut chiite finit par payer. A partir de juin 2013 et de la chute de Qoussair, une ville stratégique près de la frontière libanaise, Bachar Al-Assad réussit à réenclencher la marche avant. Le front rebelle, lui, se fissure sous les coups de boutoir des groupes djihadistes, à commencer par le plus féroce d'entre eux, l'Etat islamique en Irak et au Levant, qui terrorise les zones « libérées » au nom du drapeau noir du prophète.

Prise de court par les révolutions, la diplomatie saoudienne avait peiné à se réveiller. A présent, elle se montre plus cohérente et agressive. Elle n'a toujours pas digéré l'éviction d'Hosni Moubarak, son grand ami régional, au profit du Frère musulman Mohamed Morsi, allié au petit Qatar. Pis : Morsi à peine élu se rend à Téhéran en septembre 2012, alors que les relations entre l'Egypte et l'Iran sont rompues depuis la révolution islamique de 1979.

Rien ne semble lui résister : médiateur entre Israël et le Hamas lors de la « miniguerre » de novembre 2012 à Gaza, le Frère-président recueille les louanges de Washington. N'a-t-il pas réussi à écarter en douceur l'inamovible ministre de la défense, le maréchal Tantaoui, pour un militaire réputé loyal et pieux, le général Abdel Fattah Al-Sissi ?

C'est alors que Morsi commet un faux pas majeur. Trop confiant, il promulgue le 22 novembre 2012 un décret constitutionnel le plaçant au-dessus de tout recours judiciaire. Et, dans la foulée, présente au référendum une Constitution ambiguë et hâtivement rédigée.

C'est le tollé. L'explosion de colère, simultanée dans tout le pays, surprend la confrérie, qui mobilise ses milices. Les troubles font plusieurs dizaines de morts. La Constitution finit par être adoptée en décembre, mais le charme est rompu : les Frères ont perdu le pays. Mohamed Morsi apparaît comme l'homme d'une faction. Les militaires lui lancent des avertissements mais il n'en a cure, confiant qu'il est dans la ligne de crédit illimitée ouverte par le Qatar. Pourtant, le pays s'enfonce dans la crise, tout comme la Tunisie, à qui l'Arabie saoudite a aussi coupé les financements.

Lire aussi : Chronologie des « printemps arabes »

Au printemps 2013, trois jeunes militants, qui ont fondé un mouvement nommé Tamarrod (« rébellion » en arabe), lancent une pétition pour destituer M. Morsi. Les signatures affluent par millions. Le 30 juin, des millions de manifestants sont dans la rue, et l'armée envoie ses hélicoptères saluer la foule. Mohamed Morsi est en sursis. Le 3 juillet, le général Al-Sissi dépose en douceur le premier islamiste élu démocratiquement à la tête d'un pays arabe, avec la bénédiction des autorités religieuses du pays. Un nouveau président par intérim, Adly Mansour, est nommé. Tout est remis à plat : les nouvelles autorités promettent une nouvelle Constitution et des élections dans les six mois. L'Arabie saoudite et les Emirats saluent le changement par des prêts et des dons à hauteur de 12 milliards de dollars (8,8 milliars d'euros).

Comme un signe du destin, l'émir Hamad du Qatar, sentant peut-être le vent tourner, avait passé le 25 juin la main à son fils Tamim, réputé plus prudent. L'émirat a atteint ses limites : il concentre désormais plus de critiques que de soutiens. Il est temps de replier les voiles. Petit à petit, l'Arabie saoudite triomphe, d'autant que le Turc Recep Tayyip Erdogan, un autre rival, est en proie à des difficultés intérieures avec les manifestations de la place Taksim.

En Egypte, les Frères musulmans s'accrochent à la « légitimité » des urnes. Les médiations américaine et européenne ne parviennent pas à éviter la confrontation. Le 14 août à l'aube, les véhicules de la police prennent d'assaut le campement islamiste entourant la mosquée Rabaa Al-Adawiya au Caire. C'est le massacre. En représailles, une cinquantaine d'églises coptes sont incendiées. A la fin de la journée, on compte un millier de morts.

S'ensuit une répression impitoyable, encouragée par Riyad et attisée par le nationalisme ombrageux des militaires. Les principaux cadres des Frères musulmans sont sous les verrous, ainsi que des milliers de militants. Mohamed Morsi est déféré devant les tribunaux alors qu'Hosni Moubarak bénéficie d'un non-lieu. Fin décembre 2013, la confrérie est décrétée « organisation terroriste » par les autorités égyptiennes. Peu importent la rébellion du Sinaï ou les attentats, un nouveau régime autoritaire s'installe sur les rives du Nil, conformément aux souhaits de Riyad, qui n'a jamais goûté le « printemps des peuples ».Mardi 14 janvier 2014, une nouvelle Constitution est mise au vote. Le général Al-Sissi, qui ne cache plus ses ambitions présidentielles, veut en faire un plébiscite.

En Tunisie aussi, les Frères musulmans d'Ennahda ont dû abandonner le pouvoir, mais en douceur et au terme d'une interminable crise politique, qui a paralysé le pays d'août 2013 à janvier 2014. Déjà, le 6 février 2013, l'assassinat de Chokri Belaïd avait contraint le premier ministre islamiste Hamadi Jebali à la démission. Un nouvel assassinat, celui de Mohamed Brahmi, le 25 juillet, lui aussi attribué à la mouvance salafiste extrémiste, fragilise encore un peu plus son successeur, Ali Larayedh.

Galvanisée par l'exemple égyptien, l'opposition veut le départ d'Ennahda du gouvernement. Après six mois de tractations intenses, Ennahda cède la place à un cabinet de technocrates, chargé d'organiser des élections dans les meilleurs délais. La Constitution, la plus libérale jamais vue dans le monde arabe, est sur le point d'être adoptée. La Tunisie est désormais le seul pays du printemps arabe à poursuivre une transition démocratique.

Tous les autres ont sombré dans le chaos sécuritaire ou confessionnel (Syrie, Libye, Yémen) ou dans des régressions autoritaires (Egypte, Bahreïn). Le « printemps arabe » a changé de nature : il est devenu le théâtre d'un immense bras de fer stratégique et confessionnel entre le « croissant chiite », dirigé par l'Iran (et comprenant l'Irak, la Syrie et le Hezbollah au Liban), et l'« axe sunnite », sous la houlette de l'Arabie saoudite.

Fin août 2013, cette dernière croit son heure arrivée, lorsque le régime de Bachar Al-Assad noie trois quartiers de la banlieue de Damas sous les gaz mortels. L'attaque de la Ghouta du 21 août, qui a causé la mort de 1 500 personnes, viole la « ligne rouge » tant redoutée. Riyad exulte. Les dirigeants saoudiens en sont convaincus : Washington, Londres et Paris vont bombarder le régime et porter le coup de grâce à Bachar Al-Assad, ce qui ne manquera pas, dans la foulée, de donner un coup d'arrêt à l'expansionnisme perse.

Rien ne se passe comme espéré.
Les députés britanniques votent contre la guerre, Barack Obama hésite, seul François Hollande est vraiment décidé à frapper. Vladimir Poutine offre aux Etats-Unis une porte de sortie inespérée en proposant le désarmement chimique de la Syrie, et remet du même coup Bachar Al-Assad en selle.

Les dirigeants saoudiens ne pardonneront pas cette « trahison » américaine. Bandar Ben Sultan ne décolère pas contre Washington.

Cette trahison n'est pas la seule. Dès mars 2013, des contacts secrets ont lieu dans le sultanat d'Oman entre des émissaires américains et iraniens. L'initiative a reçu la bénédiction du Guide suprême iranien, Ali Khamenei. Malgré sa bruyante rhétorique anti-américaine, ce dernier est un stratège hors pair. Il sait parfaitement ce qu'une ébauche de réconciliation avec le « Grand Satan » peut apporter à son pays, étranglé par les sanctions, mais surtout ce que l'Iran, oasis de stabilité dans un Moyen-Orient à feu et à sang, de la Méditerranée au Pakistan, peut apporter aux Etats-Unis, qui s'apprêtent à quitter l'Afghanistan comme ils ont quitté l'Irak. Il sait aussi combien ce rapprochement avec Washington va déstabiliser ses deux ennemis régionaux : Israël et l'Arabie saoudite.

Trois mois plus tard, les électeurs iraniens donnent au Guide suprême ce qui lui manquait pour permettre un retour de l'Iran sur la scène internationale : un président présentable. Hassan Rohani, élu au premier tour le 14 juin, est le négociateur qui avait signé, en 2003, un gel provisoire du programme nucléaire iranien. Ce dernier s'entoure immédiatement d'un ministre des affaires étrangères ayant passé davantage de temps aux Etats-Unis qu'en Iran, Mohamad Javad Zarif, et intensifie les contacts secrets avec la Maison Blanche pour relancer les négociations nucléaires. Celles-ci impliquent en théorie les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations unies plus l'Allemagne, mais ressemblent à un tango irano-américain.

LE TEMPS DE L'IRAN ?

Fin septembre 2013, Hassan Rohani se rend à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies. Dans les coulisses, Iraniens et Américains ont presque finalisé un texte. Et le dernier jour, Hassan Rohani converse quinze minute au téléphone avec Barack Obama. Ce coup de fil tectonique sème la panique à Riyad et à Tel-Aviv, où l'on sent que l'équilibre géopolitique du Moyen-Orient est en train de basculer. Dans la foulée, trois sessions acharnées de négociations nucléaires ont lieu à Genève. Il faudra concéder quelques clauses à la France, qui doute de la sincérité iranienne, et ignorer les rugissements du premier ministre israélien Benyamin Nétahyahou, qui y voit un piège monumental, pour pouvoir signer le 24 novembre un accord sur le nucléaire iranien, provisoire mais historique, qui sera appliqué dès le 20 janvier 2014.

Les réactions ne se font pas attendre. Elles ont même précédé l'accord. Le 19 novembre, un double attentat suicide revendiqué par un groupe lié à Al-Qaida vise l'ambassade l'Iran à Beyrouth, faisant 25 morts. Et les attaques contre les bastions du Hezbollah, l'allié iranien, s'intensifient dans la capitale libanaise. Le 27 décembre, une voiture piégée pulvérise un conseiller de l'ancien premier ministre Saad Hariri, Mohammed Chatah, hostile au Hezbollah et au régime de Bachar Al-Assad en Syrie voisine.

En trois ans, la volonté des peuples arabes a été soumise aux impératifs d'un grand jeu géopolitique. Deux ennemis de toujours rivalisent pour l'influence régionale et l'amitié américaine : l'Iran chiite, en plein rebond, et le royaume sunnite à la recherche de sa puissance de jadis. L'heure est à la fuite en avant. En Irak, où des miliciens sunnites liés à Al-Qaida ont repris Fallouja à la stupeur générale, on dit vouloir lutter contre « l'occupation iranienne ». Riyad offre 3 milliards de dollars (2,19 milliards d'euros) à l'armée libanaise pour acheter, entre autres, des armes françaises, un geste interprété comme un « divorce tactique » avec Washington.

Et, à Téhéran, on voit l'Arabie saoudite comme étant au bord de l'effondrement. « Ce pays est dirigé par des hommes trop vieux qui ont perdu leur chemin », a-t-on entendu à la prière de vendredi. Et on s'inquiète. « Même nous, leur concurrent, voyons toutes les terribles conséquences si les choses devaient mal se passer », confiait récemment un conseiller du Guide suprême. Le roi Abdallah a 89 ans : en Arabie saoudite aussi, le changement ne saurait tarder.

L'Arabie saoudite a-t-elle pris la main sur les « printemps arabes » ?
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