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livre : Le Meilleur des mondes

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Message  ivo le Ven 30 Oct - 11:46



Le Meilleur des mondes

Aldous Huxley

Le Meilleur des mondes (en anglais, Brave New World) est un roman d'anticipation dystopique, écrit en 1931 par Aldous Huxley. Il parut en 1932. Huxley le composa en quatre mois seulement.

L'histoire débute à Londres , en l'an 632 de Notre Ford . Dans le monde décrit par l'auteur, l'immense majorité des êtres humains vivent au sein de l'État Mondial – seul un nombre limité de sauvages sont regroupés dans des réserves. Bien que l'enseignement de l'Histoire soit jugée parfaitement inutile dans ce monde, on apprend néanmoins que les sociétés anciennes ont été détruites par un conflit généralisé connu sous le nom de « Guerre de Neuf Ans ».

Dans cette société, la reproduction sexuée a totalement disparu ; les êtres humains sont tous fécondés en laboratoires, les fœtus y évoluent dans des flacons, et sont conditionnés durant leur enfance. Les traitements que subissent les embryons au cours de leur développement déterminent leur future position dans la hiérarchie sociale (par exemple : les embryons des castes inférieures reçoivent une dose d'alcool qui stoppe leur développement, les réduisant à la taille d'avortons). Une fois enfants, les jeunes humains reçoivent un enseignement hypnopédique qui les conditionne parfaitement durant leur sommeil. Les castes supérieures apprennent ainsi à mépriser sans remords les castes inférieures, et ces dernières apprennent à admirer l'élite de la société......

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Meilleur_Des_Mondes
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Message  spike le Ven 30 Oct - 13:00

Ah celui-là je l'ai lu!
Il a beaucoup veillit mais reste tout de même très intéressant.
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Message  niouze le Ven 30 Oct - 13:08

lire aussi retour au meilleur des mondes livre ou il explique pourquoi et ce qu'il veut decrire dans le meilleur des mondes

"visionnaire et pamphletaire de genies, aldous huxley develloppe dans le texte capital qu'on va lire les themes abordés dans le "meilleur des mondes".
comment dominer les forces qui menacent nos libertés et affronter l'immense armée des fanatiques voués à leur destructionn? telle est l'angoissante question posé par ce livre. (4eme de couverture)

_________________
"Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça." coluche
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Message  spike le Ven 30 Oct - 13:14

ivo a écrit:tu trouves qu'il a vieilli ... ??

bizarement je le trouve de plus en plus d'actualité ...

Il a beaucoup veillit, dans le style d'écriture et je ne le trouve pas super prennant, mais je suis d'accord avec toi concernant le sujet du bouquin.
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Message  ivo le Jeu 6 Oct - 9:49

PRÉFACE NOUVELLE DE L'AUTEUR (1946) à LE MEILLEUR DES MONDES (1931)
Par Aldous HUXLEY

Le remords chronique, tous les moralistes sont d'accord sur ce point, est un sentiment fort indésirable. Si vous vous êtes mal conduit, repentez vous, redressez vos torts dans la mesure du possible, et mettez vous à l'oeuvre pour vous mieux conduire la prochaine fois. Sous aucun prétexte, ne vous abandonnez à la méditation mélancolique sur vos méfaits, Se rouler dans la fange n'est point la meilleure manière de se nettoyer.
L'art, lui aussi, a sa morale, et un grand nombre des règles de cette morale sont identiques, ou au moins analogues, aux règles de l'éthique ordinaire. Le remords, par exemple, est aussi indésirable en ce qui concerne notre mauvaise conduite qu'en ce qui concerne notre mauvais art. Ce qu'il y a de mauvais doit être traqué, reconnu, et, si possible, évité à l'avenir. Méditer longuement sur les faiblesses littéraires d'il y a vingt ans, tenter de rapetasser une oeuvre défectueuse pour lui donner une perfection qu'elle a manquée lors de son exécution primitive, passer son âge mûr à essayer de réparer les péchés artistiques commis et légués par cette personne différente qui était soi-même dans sa jeunesse - tout cela, assurément, est vain et futile. Et voilà pourquoi ce nouveau Meilleur des mondes est le même que l'ancien. Ses défauts, en tant qu'oeuvre d'art, sont considérables; mais pour les redresser, il m'eût fallu réécrire le livre - et, au cours de ce travail de rédaction nouvelle auquel je me serais livré en qualité de personne plus âgée, et différente, je me déferais probablement non seulement de quelques-uns des défauts du récit, mais aussi des quelques mérites qu'il a pu posséder à l'origine. C'est pourquoi, résistant à la tentation de me vautrer dans le remords artistique, je préfère me dire que le mieux est l'ennemi du bien, comme le pire est celui du mal, et penser à autre chose.
Entre-temps, il semble cependant qu'il soit utile de citer tout au moins le défaut le plus sérieux du récit, qui est celui-ci: on n'offre au Sauvage qu'une seule alternative: Une vie démente en Utopie, ou la vie d'un primitif dans un village d'Indiens, vie plus humaine à certains points de vue, mais, à d'autres, à peine moins bizarre et anormale.
À l'époque où le livre a été écrit, cette idée, suivant laquelle le libre arbitre a été donné aux êtres humains afin qu'ils puissent choisir entre la démence, d'une part, et la folie, de l'autre, était une notion que je trouvais amusante et considérais comme pouvant parfaitement être vraie. Toutefois, pour l'amour de l'effet dramatique, il est souvent permis au Sauvage de parler d'une façon plus rationnelle que ne le justifierait effectivement son éducation parmi les pratiquants d'une religion qui est mi-partie le culte de la fécondité et mi-partie la férocité du Pénitente. Même sa connaissance de Shakespeare ne justifierait pas en réalité de semblables propos. Et au dénouement, bien entendu, on le fait battre en retraite devant la raison: son Penitente-isme natal réaffirme son autorité, et il finit par la torture démente qu'il s'inflige à lui-même, et le suicide sans espoir. "Et c'est ainsi qu'ils moururent misérablement à tout jamais " - ce qui rassura fort l'esthète amusé et Pyrrhonien * qui était l'auteur de la fable.


Je n'éprouve aujourd'hui nul désir de démontrer qu'il est impossible de rester sain d'esprit. Au contraire, bien que je demeure n'ont moins tristement certains qu'autrefois que la santé de l'esprit est un phénomène assez rare, je suis convaincu qu'elle peut être atteint, et je voudrais la voir plus répandue. Pour l'avoir dit dans plusieurs livres récents, et, surtout, pour avoir élaboré une anthologie de ce que les sains d'esprit ont dit sur la santé de l'esprit et sur tous les moyens par lesquels elle peut être obtenue 1, je me suis fait dire par un critique académique éminent que je suis un symptôme déplorable de la faillite d'une catégorie d'intellectuels en temps de crise. Ce jugement sous-entend, je le suppose, que le professeur et ses collègues sont des symptômes joyeux de succès. Les bienfaiteurs de l'humanité méritent congrûment l'honneur et la commémoration. Édifions un panthéon pour les professeurs. Il faudrait qu'il fût situé parmi les ruines d'une des villes éventrées d'Europe ou du Japon, et au-dessus de l'entrée de l'ossuaire, j'inscrirais, en lettres de deux mètres de haut, ces simples mots:

AU SOUVENIR
DES ÉDUCATEURS DU MONDE
SI MONUMENTUM REQUIRIS,
CIRCUMSPICE

Mais pour en revenir à l'avenir... Si je devais récrire maintenant ce livre, j'offrirais au Sauvage une troisième possibilité. Entre les solutions utopienne et primitive de son dilemme, il y aurait la possibilité d'une existence saine d'esprit - possibilité déjà actualisée, dans une certaine mesure, chez une communauté d'exilés et de réfugiés qui auraient quitté Le Meilleur des mondes et vivraient à l'intérieur des limites d'une Réserve. Dans cette communauté, l'économie serait décentralisée, à la Henry George, la politique serait kropotkinesque et coopérative. La science et la technologie seraient utilisées comme si, telle Repos Dominical, elles avaient été faites pour l'homme, et non (comme il en est à présent, et comme il en sera encore davantage dans le meilleur des mondes) comme si l'homme devait être adapté et asservi à elles. La religion serait la poursuite consciente et intelligente de la Fin Dernière de l'homme, la connaissance unitive du Tao ou Logos immanent, de la Divinité ou Brahmâ transcendante. Et la philosophie dominante de la vie serait une espèce d'Utilitarisme Supérieur, dans lequel le principe du Bonheur Maximum serait subordonné au principe de la Fin Dernière - la première question qui se poserait et à laquelle il faudrait répondre, dans chacune des contingences de la vie, étant: " Comment cette pensée ou cet acte contribueront-ils ou mettront-ils obstacle à la réalisation, par moi-même et par le plus grand nombre possible d'individus, à la Fin Dernière de l'homme ?"

Élevé parmi les primitifs, le Sauvage (dans cette hypothétique version nouvelle du livre) ne serait transporté en Utopie qu'après avoir eut l'occasion de se renseigner de première main sur la nature d'une société composée d'individus coopérant librement et se consacrant à la poursuite de la santé de l'esprit. Ainsi modifié, Le meilleur des mondes posséderait quelque chose de complet, artistiquement et (si l'on peut se permettre d'employer un si grand mot au sujet d'un ouvrage d'imagination) philosophiquement, qui lut fait évidemment défaut sous sa forme actuelle.
Mais Le Meilleur des mondes est un livre sur l'avenir, et, quelles qu'en soient les qualités artistiques, un livre sur l'avenir ne peut nous intéresser que si ses prophéties ont l'apparence de choses dont la réalisation peut se concevoir. De notre observatoire actuel, à quinze ans plus, le long du plan incliné de l'histoire moderne, quel est le degré de plausibilité que semblent posséder ses pronostics ? Que s'est-il passé, au cours de ce douloureux intervalle, pour confirmer ou invalider les prévisions de 1931 ?
Il y a un défaut de prévision énorme et manifeste qui apparaît immédiatement. Le Meilleur des mondes ne fait aucune allusion à la fission nucléaire. En fait, il est assez curieux qu'il en soit ainsi: car les possibilités de l'énergie atomique constituaient un sujet de conversation préféré depuis des années, avant que ce livre ne fût écrit. Mon vieil ami Robert Nichols avait même écrit à ce sujet une pièce à succès, et je me souviens que j'en avais moi-même dit un mot, en passant, dans un roman publié dans les dernières années vingt. Il semble donc, comme je le dis, fort curieux que les fusées et les hélicoptères du septième siècle de Notre Ford n'aient pas eu, pour puissance motrice, des noyaux en désintégration.
Cet oubli peut n'être pas excusable, mais du moins il peut s'expliquer facilement. Le thème du Meilleur des mondes n'est pas le progrès de la science en tant que tel; c'est le progrès de la science en tant qu'il affecte les individus humains. Les triomphes de la physique, de la chimie et de l'art de l'ingénieur sont pris tacitement comme allant de soi Les seuls progrès scientifiques qui y soient spécifiquement décrits sont ceux qui intéressent l'application aux êtres humains des recherches futures en biologie, en physiologie et en psychologie. C'est uniquement au moyen des sciences de la vie que la qualité de la vie pourra être modifiée radicalement. Les sciences de la matière peuvent êtres appliqués d'une façon telle qu'elles détruiront la vie, ou qu'elles rendront l'existence inadmissiblement complexe et inconfortable; mais, à moins qu'elles ne soient utilisées comme instruments par les biologistes et les psychologues, elles sont impuissantes à modifier les formes et les expressions naturelles de la vieillesse - même. La libération de l'énergie atomique marque une grande révolution dans l'histoire humaine, mais non (à moins que nous ne nous fassions sauter en miettes, et ne mettions ainsi fin à l'histoire) la révolution finale et la plus profonde.
La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera, non pas dans le monde extérieur, mais dans l'âme et la chair des êtres humains. Vivant comme il l'a fait à une époque révolutionnaire, le Marquis de Sade s'est tout naturellement servi de cette théorie des révolutions afin de rationaliser son genre particulier de démence. Robespierre avait effectué le genre de révolution le plus superficiel, la politique. Pénétrant un peu plus profondément; Babeuf avait tenté la révolution économique. Sade se considérait comme l'apôtre de la révolution véritablement révolutionnaire, au-delà de la simple politique et de l'économique - de la révolution des hommes, des femmes et des enfants individuels, dont le corps allait devenir désormais la propriété sexuelle commune de tous, et dont l'esprit devait être purgé de toutes les connaissances naturelles, de toutes les inhibitions laborieusement acquises de la civilisation traditionnelle. Il n'y a, bien entendu, aucun lien nécessaire ou inévitable entre le Sadisme et la révolution véritablement révolutionnaire. Sade était un fou, et le but plus ou moins conscient de sa révolution était le chaos et la destruction universelle. Les gens qui gouvernent le meilleur des mondes peuvent bien ne pas être sains d'esprit (au sens qu'on peut appeler absolu de ce mot), mais ce ne sont pas des fous, et leur but n'est pas 1'anarchie, mais la stabilité sociale. C'est afin d'assurer la stabilité qu'ils effectuent, par des moyens scientifiques, la révolution ultime, personnelle, véritablement révolutionnaire.
Mais, en attendant, nous sommes dans la première phase de ce qui est peut-être l'avant-dernière révolution. Il se peut que la phase suivante en soit la guerre atomique, auquel cas nous n'avons pas à nous préoccuper des prophéties au sujet de l'avenir. Mais il est concevable que nous puissions avoir assez de bon sens, sinon pour cesser complètement de nous battre, du moins pour nous conduire aussi raisonnablement que l'ont fait nos ancêtres du dix-huitième siècle. Les horreurs inimaginables de la Guerre de Trente Ans ont bel et bien appris quelque chose aux hommes, et pendant plus de cent ans les hommes politiques et les généraux de l'Europe ont sciemment résisté à la tentation de faire usage de leurs ressources militaires jusqu'à la limite de leur capacité de destruction, ou (dans la plupart des conflits) de continuer à se battre jusqu'à ce que l'ennemi soit complètement anéanti. C'étaient des agresseurs, bien entendu, avides de profit et de gloire; mais c'étaient également des conservateurs, résolus à garder à tout prix intact leur monde, en tant qu'entreprise florissante. Au cours des trente dernières années, il n'y a pas eu de conservateurs; il n'y a eu que des radicaux nationalistes de gauche, et des radicaux nationalistes de droite. Le dernier homme d'État conservateur a été le cinquième Marquis de Lansdowne; Et lorsqu'il écrivit une lettre au Times, pour suggérer de mettre fin à la guerre par un compromis, comme il avait été fait pour la plupart des guerres du dix-huitième siècle, le rédacteur en chef de ce journal jadis conservateur refusa de l'imprimer. Les radicaux nationalistes en firent à leur tête, avec les conséquences que nous connaissons tous - le bolchevisme, le fascisme, l'inflation, la crise économique, Hitler, la Seconde Guerre mondiale, la ruine de l'Europe et la quasi-famine universelle.

En admettant, donc, que nous soyons capables de tirer de Hiroshima une leçon équivalente de celle que nos ancêtres ont tirée de Magdebourg, nous pouvons envisager une période, non pas, certes, de paix, mais de guerre limitée, qui ne soit que partiellement ruineuse. Au cours de cette période, on peut admettre que l'énergie nucléaire sera attelée à des usages industriels. Le résultat, la chose est assez évidente, sera une série de changements économiques et sociaux plus rapides et plus complets que tout ce qui s'est vu à ce jour. Toutes les formes générales existantes de la vie humaine seront brisées, et il faudra improviser des formes nouvelles pour conformer à ce fait non humaIn qu'est l'énergIe atomique, Procuste en tenue moderne, le savant en recherches nucléaires préparera le lit sur lequel devra coucher l'humanité; et, si l'humanité n'y est pas adaptée ma foi, ce sera tant pis pour l'humanité. Il faudra procéder à quelques extensions et à quelques amputations - le même genre d'extensions et d'amputations qui ont lieu depuis le jour où la science appliquée s'est réellement mise à marcher à sa cadence propre; mais cette fois, elles seront considérablement plus rigoureuses que par le passé. Ces opérations, qui seront loin de se faire sans douleur, seront dirigées par les gouvernements totalitaires éminemment centralisés. C'est là une chose inévitable: car l'avenir immédiat a des chances de ressembler au passé immédiat, et dans le passé immédiat les changements technologiques rapides, s'effectuant dans une économie de production en masse et chez une population où la grande majorité des gens ne possède rien, ont toujours eu tendance à créer une confusion économique et sociale. Afin de réduire cette confusion, le pouvoir a été centralisé et la mainmise gouvernementale accrue. Il est probable que tous les gouvernements du monde seront plus ou moins totalitaires, même avant l'utilisation pratique de l'énergie atomique; qu'ils seront totalitaires pendant et après cette utilisation pratique, voilà qui parait à peu près certain. Seul un mouvement populaire à grande échelle en vue de la décentralisation et de l'aide individuelle peut arrêter la tendance actuelle à l'étatisme. Il n'y a présentement aucun indice permettant de penser qu'un semblable mouvement aura lieu.

Il n'y a, bien entendu, aucune raison pour que les totalitarismes nouveaux ressemblent aux anciens. Le gouvernement au moyen de triques et de pelotons d'exécution, de famines artificielles, d'emprisonnements et de déportations en masse, est non seulement inhumain (cela, personne ne s'en soucie fort de nos jours); il est - on peut le démontrer - inefficaces: dans une aire de technologie avancée, l'inefficacité est le péché contre le Saint Esprit. Un État totalitaire vraiment "efficient" serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et leur armée de directeurs auraient haute main sur une population d'esclaves qu'il serait inutile de contraindre parce qu'ils auraient l'amour de leur servitude. Là leur faire aimer - telle est la tâche assignée dans les États totalitaires d'aujourd'hui aux ministères de la propagande, aux rédacteurs en chef de journaux, et aux maîtres d'école. Mais leurs méthodes sont encore grossières non scientifiques. Les jésuites se vantaient jadis de pouvoir, si on leur confiait l'instruction de l'enfant, répondre des opinions religieuses de l'homme: mais c'était là un cas de désirs pris pour des réalités. Et le pédagogue moderne est probablement, à tout prendre, moins efficace, dans le conditionnement des réflexes de ses élèves, que ne l'étaient les révérends pères qui instruisirent Voltaire. Les plus grands triomphes, en matière de propagande, ont été accomplis, non pas en faisant quelque chose, mais en s'abstenant de faire. Grande est la vérité, mais plus grand encore, du point de vue pratique, est le silence au sujet de la vérité. En s'abstenant simplement de faire mention de certains sujets, en abaissant ce que Mr. Churchill appelle un "rideau de fer" entre les masses et tels faits ou raisonnements que les chefs politiques locaux considèrent comme indésirables, les propagandistes totalitaires ont influencé l'opinion d'une façon beaucoup plus efficace qu'ils ne l'auraient pu au moyen des dénonciations les plus éloquentes, des réfutations logiques les plus probantes. Mais le silence ne suffit pas. Pour que soient évités la persécution, la liquidation et les autres symptômes de frottement social, il faut que les côtés positifs de la propagande soient rendus aussi efficaces que le négatif. Les plus importants des "Manhattan Projects" , de l'avenir seront de vastes enquêtes instituées par le gouvernement, sur ce que les hommes politiques et les sommes de science qui y participeront appelleront le problème du bonheur, - en d'autres termes, le problème consistant à faire aimer aux gens leur servitude. Sans la sécurité économique, l'amour de la servitude n'a aucune possibilité de naître; j'admets, pour être bref, que le tout-puissant comité exécutif et ses directeurs réussiront à résoudre le problème de la sécurité permanente. Mais la sécurité a tendance à être très rapidement pris comme allant de soi. Sa réalisation est simplement une révolution superficielle, extérieure. L'amour de la servitude ne peut être établi, sinon comme le résultat d'une révolution profonde, personnelle, dans les esprits et les corps humains. Pour effectuer cette révolution, il nous faudra, entre autres, les découvertes et les inventions ci-après. D'abord une technique fortement améliorée et la suggestion - au moyen du conditionnement dans l'enfance, et plus tard, à l'aide de drogues, telles que la scopolamine. Secundo, une science complètement évoluée des différences humaines, permettant aux directeurs gouvernementaux d'assigner à tout individu donné sa place convenable dans la hiérarchie sociale et économique. (Les chevilles rondes dans des trous carrés (2) ont tendance à avoir des idées dangereuses sur le système social et à contaminer les autres de leur mécontentement.) Tertio (puisque la réalité, quelque utopienne qu'elle soit est une chose dont on sent le besoin de s'évader assez fréquemment), un succédané de l'alcool et des autres narcotiques, quelque chose qui soit à la fois nocif et plus dispensateur de plaisir que le genièvre ou l'héroïne. Et quarto (mais ce serait là un projet à longue échéance, qui exigerait, pour être mené à une conclusion satisfaisante, des générations de mainmise totalitaire), un système d'eugénique à toute épreuve, conçu de façon à standardiser le produit humain et à faciliter ainsi la tâche des directeurs. Dans Le meilleur des mondes, cette standardisation des produits humains a été poussée à des extrêmes fantastiques; bien que peut-être non impossibles. Techniquement et idéologiquement, nous sommes encore fort loin des bébés en flacon, et des groupes Bokanovsky de semi-imbéciles. Mais quand sera révolue l'année 600 de N.F., qui sait ce qui ne pourra pas se produire ? D'ici là, les autres caractéristiques de ce monde plus heureux et plus stable - les équivalents du soma, de l'hypnopédie et du système scientifique des castes ne sont probablement pas éloignées de plus de trois ou quatre générations. Et la promiscuité sexuelle du Meilleur des mondes ne semble pas, non plus, devoir être fort éloignée. Il y a déjà certaines villes américaines où le nombre des divorces est égal au nombre des mariages. Dans quelques années, sans doute, on vendra des permis de mariage comme on vend des permis de chiens, valables pour une période de douze mois, sans aucun règlement interdisant de changer de chien ou d'avoir plus d'un animal à la fois. A mesure que diminue la liberté économique et politique, la liberté sexuelle a tendance à s'accroître en compensation. Et le dictateur (à moins qu'il n'ait besoin de chair à canon et de familles pour coloniser les territoires vides ou conquis) fera bien d'encourager cette liberté-là. Conjointement avec la liberté de se livrer aux songes en plein jour sous l'influence des drogues, du cinéma et de la radio, elle contribuera à réconcilier ses sujets avec la servitude qui sera leur sort.
À tout bien considérer, il semble que l'Utopie soit beaucoup plus proche de nous que quiconque ne l'eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. À cette époque, je l'avais lancée à six cents ans dans l'avenir. Aujourd'hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s'être abattue sur nous dans le délai d'un siècle. Du moins, si nous nous abstenons, d'ici là, de nous faire sauter en mIettes. En vérité, à moins que nous ne nous décidions à décentraliser et à utiliser la science appliquée, non pas comme une fin en vue de laquelle les êtres humains doivent être réduits à l'état de moyens, mais bien comme le moyen de produire une race d'individus libres, nous n'avons le choix qu'entre deux solutions: ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme); ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique rapide en général et de la révolution atomique en particulier, et se développant, sous le besoin du rendement et de la stabilité, pour prendre la forme de la tyrannie-providence de l'Utopie. On paie son argent et l'on fait son choix.

Aldous HUXLEY.
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