Derniers sujets
» narcotests
par ivo Lun 10 Juin - 19:55

» GRAVOS & FRIENDS
par ivo Sam 8 Juin - 10:49

» la police s'étonne qu'on ne l'aime pas
par niouze Ven 12 Avr - 22:09

» étude du fascisme
par ivo Ven 14 Déc - 9:46

» [Toulouse - 07-12-2018] GRAVESITE + ALL BORDERS KILL + VOMI NOIR
par vegan31 Ven 9 Nov - 14:32

» [Toulouse - 02-07-2018] TRAVOLTA + guests
par vegan31 Lun 11 Juin - 9:28

» [Toulouse - 09-07-2018] KNUR + guests
par vegan31 Lun 11 Juin - 9:27

» [Toulouse - 18-07-2018] SPEED-NOISE-HELL + OSSERP + MUTILATED JUDGE
par vegan31 Lun 11 Juin - 9:26

» [Toulouse - 20-08-2018] HIRAX + EVILNESS + VARKODYA + SCORCHED EARTH
par vegan31 Lun 11 Juin - 9:24

» À la lanterne
par krépite Lun 7 Mai - 22:31

» [Toulouse - 12-05-2018] SICKSIDE + JEANNOT LOU PAYSAN + AHURI
par vegan31 Lun 16 Avr - 0:34

» vite, je vais vomir ...
par niouze Ven 12 Jan - 13:23

» Tunisie >>>>>>>
par ivo Lun 18 Déc - 8:29

» la phrase du jour
par ivo Lun 18 Déc - 8:09

» [中国- Chine] 一般信息- Informations générales
par ivo Sam 16 Déc - 8:38

» les photos d'actus - l'info en résumé
par ivo Sam 16 Déc - 8:34

» macronie
par ivo Sam 16 Déc - 8:23

» enfance ...
par ivo Ven 15 Déc - 9:27

» démocratie et justice ...
par ivo Ven 15 Déc - 9:19

» internet , technologie, ...
par ivo Ven 15 Déc - 8:41

» sexisme ... encore et toujours ...
par ivo Ven 15 Déc - 8:19

» [Toulouse - 03-01-2018] HASSIG + TROTZ + PESTCONTROL
par vegan31 Ven 8 Déc - 10:42

» flicage total du net
par niouze Lun 4 Déc - 10:06

» état d'urgence et autres restrictions....
par niouze Jeu 30 Nov - 22:32

» pesticides / fongicides
par ivo Mer 22 Nov - 9:02

» contre l'esclavage moderne
par ivo Mer 22 Nov - 8:54

» Sur les rives du Jourdain
par ivo Mer 22 Nov - 8:52

» petits business entre amis
par ivo Mer 22 Nov - 8:41

» No Futur - la terre au 21° siecle
par ivo Mer 22 Nov - 8:36

» blancs comme neige ^^
par ivo Mer 22 Nov - 8:34

» homophobie dans le monde ...
par ivo Mer 22 Nov - 8:19

» immigration ...
par ivo Mer 22 Nov - 8:16

» Nucléaire mon amour ...
par ivo Mar 21 Nov - 9:19

» Afrique coloniale belge
par ivo Mar 21 Nov - 8:50

» Révolution russe
par ivo Mar 21 Nov - 8:01

» agriculture
par ivo Dim 19 Nov - 8:26

» <<< Santé >>>
par ivo Dim 19 Nov - 8:21

» droites extremes
par ivo Sam 18 Nov - 11:01

» Birmanie
par ivo Sam 18 Nov - 10:35

» U.E.
par ivo Sam 18 Nov - 10:10

» pologne
par ivo Sam 18 Nov - 8:44

» No Futur - l'espace au 21° siecle
par ivo Ven 17 Nov - 8:36

» Réunionnais de la Creuse
par ivo Ven 17 Nov - 7:56


Que lisez-vous en ce moment?

Page 1 sur 5 1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Dim 3 Jan - 22:32

Raoul Vaneigem: "Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations".


Dernière édition par spike le Lun 11 Jan - 0:47, édité 1 fois
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Invité le Lun 4 Jan - 10:53

En ce moment, j'ai commencé "La Terrorisation démocratique" de Claude Guillon, éd. Libertalia.
http://www.pavillon-noir.info/lire-f32/sortie-du-livre-la-terrorisation-democratique-t276.htm
Sinon, idée de quelque chose qui a l'air bien intéressant :

Spoiler:




Que lisez-vous en ce moment? Vignette_saint_u_2
Des dents vont grincer, peut-être. C’est que Marc Saint-Upéry, auteur
d’un livre passionnant consacré aux gauches sud-américaines, "Le Rêve
de Bolivar", ne prend pas de pincettes pour démonter les fantasmes
politiques occidentaux sur l’Amérique latine. Ultra-documentées, ses
analyses brillent par leur cohérence et leur objectivité. Entretien en
deux parties - la suite demain.








Marc Saint-Upéry (Part.1) : « Pratiquer une solidarité active avec certains processus de transformation sans les fétichiser »






jeudi 22 octobre 2009, par Lémi







Je
vais être franc avec toi, ami lecteur. Si tu espères trouver ici les
sempiternels refrains sur l’Amérique latine, terre à révolution sauce
Guevara & nid d’utopies réalisées, tu vas un brin déchanter. Si,
par contre, tu cherches un regard acéré et argumenté sur les évolutions
politiques du continent, reste sur cette page, tu y trouveras ton
bonheur. Marc Saint-Upéry, spécialiste de l’Amérique latine vivant en
Équateur depuis 1997, ne cherche pas à te caresser dans le sens du
poil. Au contraire : il rectifie les fausses vérités, démonte les
fantasmes et met les pieds dans le plat d’une situation politique qu’il
maîtrise sur le bout des doigts. Du Venezuela de Chávez au Honduras
post-coup d’état, du Brésil de Lula à l’Équateur de Correa, il dresse
dans le long entretien qu’il nous a accordé un tableau scrupuleusement
réaliste et documenté des « défis » qui se dressent
face aux gauches latino-américaines ainsi que des évolutions
géopolitiques de la région. Sans angélisme ni naïveté. Il t’avertissait
déjà en préambule de son livre Le Rêve de Bolivar (son premier et unique ouvrage à ce jour [1]) : « Les romantiques et les radicaux invétérés seront franchement frustrés. » Blam.



Que lisez-vous en ce moment? 9782707154880R1-2937a


Ne va pourtant pas à en conclure que Marc Saint-Upéry
clapote en terre réactionnaire. En préambule du même livre, il
l’expliquait : « Je me considère comme un militant de gauche [2], et je n’aurais pas entrepris cette enquête si je ne l’étais pas. »
Mais voilà, tant de contre-vérités s’écrivent et se disent sur les
gauches sud-américaines qu’il a dû se faire une raison : « Je me suis parfois vu obligé de ‘tordre le bâton’ dans le sens inverse de mes convictions les plus chères. » Approche courageuse qui a fait de son ouvrage, fruit d’un travail de recherche impressionnant [3], un des livres de référence pour qui souhaite aborder les réalités complexes d’une région trop souvent fantasmée.


Si tu n’as pas parcouru ce livre (que Benjamin chroniquait ici
pour A.11), publié par La Découverte en 2007 (et réactualisé en 2008
pour l’édition de poche), je t’engage à le faire illico. Tu y liras des
analyses limpides sur cette myriade de gauches, souvent déroutantes,
qui ont pris racine en terre sud-américaine ; tu en sortiras peut-être
un peu troublé dans tes convictions, sans doute pas d’accord sur tout,
mais plus intelligent et informé, c’est certain. En attendant, je
t’engage itou à parcourir le long entretien que Marc Saint-Upéry a
gentiment accordé [4] à Article11.

Pour t’éviter l’indigestion, on a choisi, en accord avec lui, de le
couper en deux. Tu trouveras dans cette première partie ses analyses
acérées sur les fantasmes dégagés par l’Amérique latine et sur les
réalités qu’ils occultent, sur la diversité des gauches dans une région
qu’il désigne comme une forme de « laboratoire politique »,
sur le régime chaviste, ni dictature, ni révolution avérée, et sur la
montée en puissance du Brésil de Lula sur la scène internationale. Dès
demain, tu pourras lire dans un second opus ses réflexions sur les
grands tournants stratégiques de la région, la crise au Honduras, les
bastions conservateurs péruviens et colombiens et la politique menée
par Washington depuis l’arrivée d’Obama au pouvoir. Un tableau
exhaustif et vivant qui n’aurait évidemment pu voir le jour sans
l’impressionnant travail mené par Marc Saint-Upéry pour répondre à ces
questions. Qu’il en soit très chaleureusement remercié.



La politique latino-américaine draine beaucoup de fantasmes « sauce Guevara/Tapioca »,
surtout quand elle concerne la gauche. Pourquoi projette-t-on tant
d’irrationnel sur cette partie du monde et sur ses hommes politiques
(sur Chávez, par exemple) ?



C’est ce que j’appelle le problème de l’« exotisme familier ».
Il y a entre l’Europe – notamment l’Europe de langue romane – et
l’Amérique latine un mélange de différence exotique et de continuité
culturelle – entre autres en raison du substrat latin et catholique et
de la proximité linguistique – qui font de cette relation un espace de
projection privilégié de tous les fantasmes idéologiques et de toutes
les pulsions utopiques. Hier, Paris était la Mecque du progrès et de la
culture pour toutes les élites latino-américaines. Aujourd’hui, les
expériences menées à Caracas ou à La Paz sont perçues comme une des
clés de l’émancipation universelle par une partie de la gauche radicale
européenne. Les mêmes personnes qui se garderaient bien de se prononcer
sans enquête approfondie sur la trajectoire des maoïstes népalais, les
problèmes du gouvernement communiste indien au Bengale, la guérilla
musulmane en Thaïlande ou les conflits internes de l’ANC sud-africaine,
n’hésiteront pas à émettre des proclamations définitives ou à s’engager
dans des polémiques féroces – et en général passablement sous-informées
– à propos des zapatistes, de Chávez ou des piqueteros
argentins. Il n’est pas trop difficile d’apprendre l’espagnol ou le
portugais, il est encore plus facile de croire qu’on les comprend bien
et surtout, qu’on saisit par ce biais toutes les nuances d’une
situation sur le terrain – y compris quand on y exalte l’altérité
supposée de l’Indien ou du Noir (qui semble consoler certains de la
grisaille de leur modernité quotidienne). Bref, l’avantage de
l’Amérique latine, du point de vue de l’imaginaire, c’est que c’est une
sorte de Même qui est un peu Autre et un Autre qui est un peu le Même.



Que lisez-vous en ce moment? Che_guevarra_propagande_432-c5513


Vous refusez le manichéisme à
l’œuvre chez beaucoup de commentateurs politiques. Pour vous, il n’y a
pas deux gauches en Amérique du Sud, mais quatre ou cinq, voire plus.
Pourquoi se refuse-t-on à admettre la complexité de ce paysage
politique ?



Je ne sais pas si on peut généraliser quant à un
« refus » général d’admettre la complexité, mais ce qui est clair,
c’est qu’il y a, à droite comme à gauche, bien des préjugés et des
œillères idéologiques. Et je ne dis pas ça parce que je me considère
comme au-delà du bien et du mal : je m’inscris clairement a gauche et
j’ai des activités militantes qui seraient considérées comme
impardonnables par les journalistes censément « objectifs », lesquels
font souvent de la politique et de l’agitation idéologique sans le
dire. Mais je crois que les militants devraient essayer d’éviter de
croire systématiquement à leur propre propagande, parce que ça finit
par leur jouer de mauvais tours. Il me semble qu’on peut fort bien
pratiquer une solidarité active avec certains processus de
transformation sans les fétichiser ni tomber dans la « mythologie militante », comme la dénonce justement le sociologue bourdieusien Franck Poupeau [5].

"Je crois que les militants devraient
essayer d’éviter de croire systématiquement à leur propre propagande,
parce que ça finit par leur jouer de mauvais tours.
"




Quant à la fameuse histoire des soi-disant « deux gauches »,
certains lecteurs critiques m’ont reproché une forme d’empirisme
agnostique qui tendrait à suggérer qu’il y aurait en fait autant de
gauches que de pays, voire que de courants de la gauche elle-même au
sein de chaque pays. Si c’était là ce que je disais, ce serait
effectivement tautologique et ne nous avancerait pas beaucoup en termes
d’analyse. Mais ce n’est pas ce que je dis. Il y a certainement des
« ressemblances de famille » et des catégorisations possibles, mais
elles ne sont pas toujours celles qu’on croit. Par exemple, on parle
souvent de l’axe Caracas-Quito-La Paz, et il est vrai qu’il y a des
éléments communs entre ces gouvernements. D’une part, il y a ce qu’on
peut appeler la « mystique refondationnelle », l’idée qu’il fallait
refonder symboliquement la république ou la nation sur de nouvelles
bases ; c’est cette idée qui a justifié dans ces trois pays la
convocation d’une Assemblée constituante. D’autre part, il y a une
certaine sensibilité « national-populaire », un convocation rhétorique
d’un « peuple » générique et parfois sacralisé contre une oligarchie
maléfique et antipatriotique. Cette sensibilité existe dans une version
légèrement plus ethnicisée en Bolivie, plus caudilliste au Venezuela,
plus républicaine-jacobine en Équateur ; elle est en tout cas assez
différente de la matrice réformiste d’origine marxiste-catholique,
classiste et démocratique radicale du PT brésilien, ou bien de la
tradition social-démocrate chilienne.



Que lisez-vous en ce moment? Chavez_Morales_Correa-76d32

[6]

Cela dit, il n’y a en Équateur ou en Bolivie rien qui
ressemble à l’occupation massive de l’appareil d’État par des
militaires de carrière telle qu’elle a lieu au Venezuela – et soit dit
en passant, rien qui soit comparable en termes quantitatifs à l’orgie
rentière et au niveau de corruption routinière qui existe au pays de
Chávez. Inversement, au Venezuela, l’écrasante majorité tant des
couches intellectuelles créatives que des nouvelles classes moyennes
technocratiques sont – ou sont devenues – radicalement antichavistes,
alors qu’elles soutiennent assez largement le gouvernement en Équateur,
par exemple. Et au niveau des politiques publiques, les soi-disant
différences entre « radicaux » et « modérés » tiennent encore moins la
route. Donnons quelques exemples. Le gouvernement d’Evo Morales, que
d’aucuns perçoivent comme un régime « radical » et « issu des
mouvements sociaux », a en fait complètement « blindé » la politique
financière et monétaire de l’État et l’a confiée aux mains de
technocrates qui mènent dans ce domaine une gestion très prudente et
passablement « orthodoxe ». Cela a même valu à la Bolivie l’éloge du
FMI. (Notons que cette prudence et cette relative orthodoxie sont pour
bonne part dues au souvenir traumatique de l’échec spectaculaire du
gouvernement de gauche de l’Union démocratique et populaire (UDP), en
1982-1985, qui fut littéralement terrassé par ses contradictions
internes et par une gestion économique désastreuse débouchant sur une
hyperinflation traumatique ; ce trauma fut d’ailleurs une des
principales sources de légitimation des réformes néolibérales des
gouvernements ultérieurs.) En Équateur, la réforme de l’enseignement
supérieur, considérée comme élitiste et technocratique par
l’ultra-gauche locale, va dans un sens passablement divergent de la
logique politique et administrative des missions éducatives et des
« universités bolivariennes » du Venezuela. Une des mesures les plus
notables du gouvernement de Rafael Correa est une réforme fiscale qui
instaure une imposition progressive semblable à celle instituée par
divers systèmes européens d’inspiration plus ou moins social-démocrate,
ce qui constitue une innovation relativement radicale dans le contexte
latino-américain. Or, il vaut la peine d’observer qu’en plus de dix ans
de « révolution », le gouvernement bolivarien, tout « radical » qu’il
soit, a réussi à faire baisser le niveau d’évasion fiscale mais n’a pas
altéré la structure injuste et régressive du système de taxation
vénézuélien. Pour sa part, le très « modéré » Tabaré Vázquez a mis en
œuvre en Uruguay une réforme similaire à celle de l’Équateur qui
instaure une plus grande équité face à l’impôt.


Il faut aussi comprendre qu’un vote pour un mandataire
censément de gauche, voire « révolutionnaire », n’exprime pas
nécessairement une tendance homogène de gauche ou progressiste au sein
de l’électorat. Les enquêtes sur l’électorat chaviste, par exemple,
démontrent régulièrement que ses membres tendent majoritairement à se
percevoir comme de centre, voire de droite pour une partie d’entre eux,
et qu’ils ont une image plutôt positive de la propriété privée et assez
négative du modèle cubain. Et dans tous ces pays, une confiance
relative dans l’économie de marché – et une culture mercantile
omniprésente et très dynamique sur le terrain, comme chez les aymaras
boliviens qui votent pourtant pour le MAS « socialiste » par exemple,
ou dans une bonne partie des secteurs populaires vénézuéliens qui
baignent dans une économie informelle ultra-commerçante et un
imaginaire consumériste exacerbé – peut parfaitement coexister avec un
fort attachement à un État protecteur des pauvres et une conception du
« socialisme » comme forme magnifiée et institutionnalisée de charité
chrétienne.

"Il faut aussi comprendre qu’un vote
pour un mandataire censément de gauche, voire ’révolutionnaire’,
n’exprime pas nécessairement une tendance homogène de gauche ou
progressiste au sein de l’électorat.
"




Il faut donc considérablement relativiser le poids des
discours et des représentations idéologiques officiels. Seule une
analyse minutieuse des trajectoires et des configurations
institutionnelles et politiques des diverses forces en présence et,
bien entendu, de leurs rapports réels avec les divers intérêts
économiques établis, peuvent permettre d’identifier la « tendance »
réelle de tel ou tel gouvernement. Cet amalgame d’intérêts, de
trajectoires et de configurations est beaucoup plus significatif que la
question un peu idiote de savoir si le président Untel, le ministre
Machin ou le député Chose sont « plus proches de Chávez » ou bien ont
« plus d’affinités avec Lula ou Bachelet ».


Tout ça demande un travail d’enquête un peu plus
exigeant que la simple lecture des communiqués gouvernementaux et des
diatribes de la presse militante. Or justement, pour revenir à votre
remarque sur « le refus de la complexité », au-delà des préjugés
idéologiques des observateurs, il ne faut pas sous-estimer le poids de
la simple paresse intellectuelle et journalistique. Essayer de vraiment
comprendre ce qui se passe, c’est difficile, c’est fatigant, et ce
n’est pas toujours gratifiant pour votre confort mental et vos
préjugés, quels qu’ils soient. Diversifier ses sources, penser à des
interlocuteurs inattendus (ce sont à peu près toujours les mêmes
« autorités » qui sont interviewées, et en cela la presse
« alternative » n’est guère plus innovante que les médias dominants),
savoir déchiffrer la rhétorique des uns et des autres, mesurer le poids
des dynamiques sociologiques informelles par rapport aux discours de
barricade et aux façades institutionnelles, cela demande du temps, de
la patience et une certaine disponibilité à se laisser surprendre par
la réalité qui ne caractérise guère le regard sur l’Amérique latine,
pour les raisons que j’ai suggéré en réponse à votre première question.

"(...) Au-delà des préjugés
idéologiques des observateurs, il ne faut pas sous-estimer le poids de
la simple paresse intellectuelle et journalistique.
"




Vous désignez l’Amérique du Sud comme un parfait « laboratoire »
des gauches. Pourquoi une telle effervescence des mouvements
progressistes depuis une dizaine d’années ? Est-ce appelé à durer ? Que
pensez-vous de cette idée selon laquelle le « Socialisme du 21e siècle » aurait pris racine en Amérique du Sud ?



Je parle de laboratoire du point de vue
latino-américain. Cela vous surprendra peut-être, mais je ne crois pas
que la gauche européenne ait beaucoup à en apprendre, les dynamiques
sociologiques et les contextes institutionnels sont trop différents. Ce
qui ne veut pas dire que ces expériences ne sont pas dignes d’intérêt,
loin de là. Ce qui caractérise les gauches latino-américaines, c’est
pour nombre d’entre elles la force des liens qu’elles conservent avec
le secteurs populaires et les mouvements sociaux, même si ces relations
ne sont pas exemptes de frictions et de contradictions parfois très
fortes, et aussi la mise en oeuvre de certaines dynamiques
participatives, même s’il ne faut pas en surestimer la portée. En
revanche, en ce qui concerne le contenu des politiques publiques, les
plus novatrices et les plus efficaces ne sont guère que des adaptations
« développementistes » de l’arsenal républicain progressiste ou
social-démocrate traditionnel (ce qui peut toutefois représenter un
progrès assez radical dans les conditions de l’Amérique latine), avec
souvent plus de difficultés d’application qu’en Europe étant donné
l’impéritie et la corruption des appareils administratifs locaux.

"Ce qui caractérise les gauches
latino-américaines, c’est pour nombre d’entre elles la force des liens
qu’elles conservent avec le secteurs populaires et les mouvements
sociaux, même si ces relations ne sont pas exemptes de frictions et de
contradictions (...).
"




Mais revenons à votre question. Je ne vais pas trop
m’étendre sur les causes de l’ascension de la gauche. Elle s’explique
notamment, bien entendu, parce que les promesses des modèles
néolibéraux des années 1980 et 1990 en terme des croissance, d’équité,
d’inclusion sociale, d’efficacité et d’accessibilité des services
privatisés, etc., n’ont pas été tenues, y compris du propre point de
vue des critères et des indicateurs économiques et sociaux chers à
leurs partisans. On assiste aussi dans presque toutes les sociétés
latino-américaines à ce que le sociologue bolivien Álvaro García
Linera, avant de devenir vice-président de son pays, décrivait comme
une « émergence plébéienne » ayant souvent de
fortes connotations ethno-raciales, soit un effritement du colonialisme
interne et de l’hégémonie symbolique et politique qu’exerçaient les
élites traditionnelles sur la société. C’est un phénomène qui ne
profite pas nécessairement à la gauche – de fait, il a jadis favorisé
le fujimorisme au Pérou – mais que la gauche a su capter au cours de
ces dernières années.


Cela peut-il durer ? C’est certainement un peu plus
qu’un épisode éphémère, puisque la plupart des nouveaux mandataires
plus ou moins progressistes ont été réélus, ou bien que leurs
successeurs désignés ont également été favorisés par les urnes. Cela
dit, à moyen terme, on doit prendre en compte l’effet de l’usure du
pouvoir et des promesses qui ne seront pas tenues ou mal tenues, et
aussi des facteurs structurels de fragilité comme la persistance, voire
le renforcement, du modèle primo-exportateur et rentier (dépendance
excessive du revenu national à l’égard des matières premières), ou
encore le déchaînement de l’insécurité et de la violence urbaine, qui
affecte d’abord les pauvres et les rend sensibles à certains discours
sécuritaires réactionnaires. Ensuite, il y a la fragilité et la
volatilité des identifications idéologiques. Un exemple : au Brésil,
tous les électeurs « lulistes » sont loin d’être « pétistes » (adeptes
du PT), et malgré l’immense popularité de Lula et les indicateurs
économiques et sociaux assez favorables de son gouvernement, il n’est
pas exclu qu’une majorité de Brésiliens, y compris une fraction
importante des couches populaires, votent pour le candidat d’opposition
José Serra (PSDB, centre-droit) fin 2010.


Quant au socialisme, franchement, j’ai pu suivre de très près certains des « débats » sur le « socialisme du XXIe siècle »
au Venezuela et en Équateur, et j’ai été frappé par le caractère vague,
incantatoire, purement émotionnel ou abstrait, et parfois tout
simplement délirant, des discours qui circulent à ce sujet. Sur le plan
pratique, dans aucune des expériences plus ou moins progressistes en
cours, j’insiste, dans aucune d’entre elles, on
n’observe des transformations durables de la structure économique et
sociale qui arrivent au niveau de celles mises en œuvre par les
travaillistes britanniques dans leur pays en 1945, par exemple. Par
ailleurs, les partisans du « socialisme du XXIe siècle »
eux-mêmes reconnaissent que tout ça n’est pas très clair. Lors d’une
réunion officielle d’intellectuels sympathisants de Hugo Chávez
organisé par le Centre international Miranda – un organisme de
réflexion et de formation financé par le gouvernement bolivarien – en
juin 2009, les participants signalaient ainsi que « le
fait de ne pas le définir [le socialisme du XXIe siècle] a un avantage
qui implique que l’on n’est pas en train de répéter des modèles mais
d’autre part, cela démontre aussi un manque de caractère concret qui le
maintient dans un trop grand flou. […] Où sont les documents théoriques
de la révolution bolivarienne ? Où sont les différentes sensibilités
idéologiques ? C’est un problème terrible
». Et de s’interroger sur le peu de réalité de « la construction d’un nouveau modèle économique productif qui assure une véritable transition au socialisme », sur les risques grandissants de la « logique rentière », du « centralisme », du « militarisme », du « clientélisme partidiste », de la « corruption et de l’inefficience »,
mais aussi sur le déficit démocratique au sein du Parti socialiste
unifié du Venezuela (PSUV), sur la confusion du Parti et de l’État et
sur le phénomène de l’« hiperliderazgo » de Chávez – qu’on pourrait traduire comme « l’hyperdirigisme du leader » – et les dangers d’un « césarisme progressiste » qui « infantilise la société ».
Comme on pouvait s’y attendre, ces braves gens se sont aussitôt fait
vertement réprimander par le « commandant en chef », qui leur a
rétorqué que « baisser le profil de son leadership était justement ce que voulait l’ennemi » et a mis en doute leur statut d’intellectuels révolutionnaires, non sans ajouter qu’« il y a beaucoup de gens qui se prétendent chavistes et en réalité ne le sont pas ». À bon entendeur, salut.

"Les partisans du ’socialisme du XXIe siècle’ eux-mêmes reconnaissent que tout ça n’est pas très clair."



Venons en à Hugo Chávez,
justement. Dans votre livre, vous refusez de tomber dans le
manichéisme. Vous repoussez les accusations de dictature tout en
démontrant que la « révolution » bolivarienne n’a finalement pas grand chose de révolutionnaire.



Bon, d’abord il faut savoir que ce que je raconte sur
le Venezuela ne me fait pas que des amis. Les antichavistes sont
souverainement agacés par mon refus de faire de Chávez l’incarnation
suprême du mal ou par mes sarcasmes sur le prétendu « totalitarisme »
du régime bolivarien et la paranoïa classiste et raciste de tout un
secteur de l’opposition vénézuélienne. Les philo-chavistes, pour leur
part, sont indignés parce que, selon eux, je tiendrais exactement « le même discours que la presse d’opposition putschiste ».
Certains pauvres plumitifs stalino-bolivariens se sont même gentiment
employés à essayer – sans trop de succès – de faire censurer mes propos
sur le Venezuela dans tel ou tel forum. Notez que ma position n’est pas
non plus celle de je ne sais quel « juste milieu », parce que j’ai
horreur du « juste milieu ». Paradoxalement, je pense en fait qu’il y a
des éléments de vérité dans certaines positions extrêmes tant des
chavistes que des antichavistes. Je ne sais pas si vous connaissez
cette blague soviétique du temps de la perestroïka, mais elle exprime
assez bien, par analogie, l’esprit de la chose. Deux bureaucrates du
parti se rencontrent et le premier dit au second : « Tu sais Ivan, j’ai deux très mauvaises nouvelles. » « Raconte, Boris. » « Eh bien la première, c’est qu’il paraît que toutes les merveilles qu’on nous a racontées sur le socialisme étaient fausses. » « Mince alors, rétorque Ivan, et la deuxième ? » « Oh, la deuxième, elle est peut-être encore pire : toutes les horreurs qu’on nous a racontées sur le capitalisme étaient vraies. »


Alors vu que ce que je raconte sur le Venezuela est
souvent très controversé, je vais me livrer à un petit exercice
divertissant en vous citant des propos qui viennent du camp bolivarien,
et de sources médiatiques insoupçonnables d’un point de vue
philo-chaviste. Voilà ce que déclarait un militant chaviste de base sur
le site bolivarien Aporrea après la défaite du gouvernement lors du référendum sur la réforme constitutionnel en décembre 2007 : « Au
lieu d’expliquer et d’ouvrir le débat sur quelque chose d’aussi
important, on a choisi d’imposer la réforme, d’obliger les gens à dire
oui aveuglément ; […] on les a obligés à participer à des
manifestations officielles, on a mis en œuvre un prosélytisme grossier,
on les a forcés à voter tous les amendements en bloc et on a satanisé
tout ceux qui ont osé soulevé la moindre objection au cours des fausses
discussions qui ont été organisées par les autorités. […] Voilà le
résultat : on se retrouve maintenant avec plus de trois millions de
“traîtres” (NdA : les électeurs chavistes qui se sont abstenus) qui
n’étaient pas nécessairement en désaccord avec le projet de réforme en
soi, mais qui se sont fait l’écho de toute une série de désillusions et
de désespoirs […]. Il y a une espèce de ras-le-bol, de fatigue,
d’écoeurement. […] Ce qu’il y a eu, c’est une sorte de vote sanction
contre ce chavisme vain, sans principes, débordant de mots d’ordre
creux, arrogant, entêté, bureaucratique, qui s’est enkysté dans les
entrailles de l’État […]. Et si on veut vraiment savoir ce qui s’est
passé […] on pourrait continuer à énumérer les causes : la décadence
d’une nouvelle classe bureaucratique puissante et opulente, le
bavardage patriotard et belliqueux artificiel, la diabolisation de la
critique, l’inefficience des organismes publics, le fossé existant
entre le citoyen de base et ses représentants, les appels à
l’obéissance en lieu et place du débat, la rhétorique grandiloquente et
superficielle, l’incapacité manifestée par l’État de combattre le
pouvoir parallèle de la délinquance sous toutes ses formes, le veto
médiatique contre la pensée critique, l’habitude de fuir ses
responsabilités en cherchant des coupables extérieurs, et un
interminable
et cetera (…) [7] ».



Que lisez-vous en ce moment? Chavezpropagande-9f267


Par expérience, je peux vous dire que c’est là une
excellente description du chavisme vécu au quotidien, et que ça n’a pas
changé depuis 2007, bien au contraire. Dans les semaines qui ont suivi
la défaite, il y a eu des centaines, voire des milliers de cris du cœur
de ce genre dans toute une série de forums publics liés au mouvement
bolivarien. Après quoi, le leader et l’appareil ont mis le holà à ces
débordements à travers un mélange d’autocritiques rhétoriques, sans
conséquences pratiques, et de rappels musclés à la discipline
révolutionnaire. Maintenant, si on veut un diagnostic moins viscéral et
plus structurel, tournons nous vers ce qu’en dit une autre source
insoupçonnable, Roberto Viciano Pastor, un juriste progressiste
espagnol proche de Izquierda Unida qui connaît très bien le processus
vénézuélien, auquel il a prêté ses services, et qui a également
participé au processus d’élaboration des nouvelles constitutions
équatorienne et bolivienne. Dans un article publié en décembre 2008 par
le quinzomadaire alternatif espagnol Diagonal [8], Pastor met en lumière cinq menaces centrales. En premier lieu, les profondes carences administratives de la « révolution »,
qui selon lui mettent radicalement en danger la fonctionnalité et la
continuité des programmes sociaux les plus vantés par le gouvernement,
notamment en matière de santé et d’éducation. En deuxième lieu, le
niveau scandaleux de corruption, qui mine la légitimité du régime. En
troisième lieu, l’essor vertigineux de la délinquance et de
l’insécurité, qui trahit la persistance de graves problèmes sociaux et
dont les premières victimes sont les pauvres. Enfin, le juriste
espagnol dénonce « l’incapacité du gouvernement à dépasser la dépendance à l’égard du pétrole ». À quoi il ajoute : « Le
pari en faveur d’une économie alternative passant par le soutien aux
entreprises de taille moyenne de l’industrie nationale et la tentative
de créer un vaste réseau de coopératives de production et de services a
échoué de façon spectaculaire, donnant lieu au gaspillage de centaines
de millions de dollars parce que les autorités n’ont pas lié la
distribution des fonds destinés aux nouvelles coopératives à un plan de
viabilité des nouvelles entités financées. Résultat, au bout d’un
certain temps, l’immense majorité des coopératives se dissolvent ou ne
fonctionnent plus.
» La cinquième et dernière menace soulignée par Pastor, c’est celle du « désenchantement » : « Ce
qui est grave, c’est la frustration des espérances d’un peuple qui a
parié pour le changement. Et cette frustration risque d’entraîner la
délégitimation sociale de toute idée de changement pour au moins une
génération. Et ce pas seulement dans le pays affecté directement. La
globalisation de l’espérance qu’a représentée pour beaucoup de gens la
révolution vénézuélienne risque de se transformer en globalisation du
désenchantement.
»


Après des années d’enquête et de suivi du processus
vénézuélien, je peux témoigner que tout cela est malheureusement vrai,
et parfois même en dessous de la vérité. Et tous les observateurs
honnêtes ayant passé un minimum de temps au Venezuela ailleurs que dans
les agapes officielles offertes aux intellectuels « amis du processus »
ou les visites guidées des villages Potemkine du régime vous diront la
même chose.


Mais Chávez reste-t-il encore très
populaire auprès de la population vénézuélienne ? Quels sont les
prochains défis qu’il va devoir relever ?



D’abord, il faut savoir que si Chávez continue à gagner
les élections, il n’exprime nullement les vœux de la « majorité » des
Vénézuéliens : il ne représente en fait aujourd’hui qu’environ un tiers
de l’électorat, soit 6 millions sur 16,8 millions d’électeurs (le score
maximum de Chávez étant les 7 millions 300 000 voix engrangées lors de
l’élection présidentielle de décembre 2006). De son côté, le score de
l’opposition tourne autour de 5 millions de voix et augmente lentement
mais sûrement à chaque scrutin depuis deux ans. Au prix d’un
volontarisme spectaculaire et sans ménager les ressources de l’État, le
« commandant en chef » a réussi à remobiliser une partie des
abstentionnistes de décembre 2007 pour faire enfin passer sa réforme
constitutionnelle en février 2009, mais le nombre de Non à la réforme a
en réalité légèrement augmenté. Même s’il faut bien entendu prendre
tous les sondages, quelle que soit leur provenance, avec des pincettes,
les enquêtes d’opinion les plus sérieuses – soit celles effectuées par
les instituts dont les pronostics électoraux se sont généralement
vérifiés et que le gouvernement lui-même n’a pas répugné à citer par le
passé – confirment au cours de ces derniers mois une nette érosion de
la crédibilité du régime bolivarien et de l’évaluation positive de ses
politiques. Il s’agit d’ailleurs d’un phénomène qui affecte aussi
fortement les milieux populaires. On l’a vu avec la perte de certains
bastions plébéiens du chavisme aux élections municipales et régionales
de novembre 2008, comme la mythique zone de Petare, à l’est de Caracas,
même si le président continue à bénéficier d’une base de soutien et
d’identification émotionnelle importante dans ces secteurs.

"Au prix d’un volontarisme
spectaculaire et sans ménager les ressources de l’État, le ’commandant
en chef’ a réussi à remobiliser une partie des abstentionnistes de
décembre 2007 pour faire enfin passer sa réforme constitutionnelle en
février 2009, mais le nombre de Non à la réforme a en réalité
légèrement augmenté.
"




Quant aux défis que Chávez affronte, ils sont en gros
ceux identifiés par les critiques que j’ai cités précédemment. À quoi
il faut ajouter depuis au moins fin 2008 la détérioration notable de la
situation économique, le ralentissement spectaculaire de la croissance,
le rendement décroissant des programmes sociaux, la montée des conflits
du travail, les problèmes créés par la surévaluation du bolivar et
l’orgie d’importations, le déclin constant du secteur productif non
pétrolier et le grave déficit de gestion et de productivité de la
compagnie nationale PDVSA, vaisseau amiral et poule aux œufs d’or de
l’État vénézuélien. Enfin, le Venezuela souffre d’une inflation à deux
chiffres – la plus élevée du continent, puisque le gouvernement
lui-même prévoit qu’elle atteindra au moins 26 % pour l’année 2009 –
qui grignote les réels mais fragiles progrès accomplis aux cours des
dernières années en matière de redistribution de revenu. Bref, mon
impression générale, c’est que s’il est vrai que le régime de Chávez a
stimulé une espèce d’empowerment symbolique des
secteurs marginalisés, politisé la question sociale et mis en œuvre des
transferts massifs (et pas toujours très efficaces) de revenus
pétroliers, sur le fond il semble bien que la « révolution
bolivarienne » se soit limitée à passer une couche de peinture rouge
sur le modèle de capitalisme d’État rentier, gaspilleur et
clientéliste-parasitaire typique du « Venezuela saoudite » pendant ses
phases de prospérité. Et cette couche de peinture est en train de
s’écailler de façon de plus en plus voyante.



Que lisez-vous en ce moment? Chavez-parrot_1_-08b32


Alors attention, exposer les graves déficiences du
régime bolivarien ne revient nullement à valider les délires de
certains sur la « dictature » de Chávez ou à exiger son renversement.
Hugo Chávez est le président légitimement élu du Venezuela et, en
termes diplomatiques, toute forme de déstabilisation organisée du
gouvernement vénézuélien par la « communauté internationale » à la
demande de Washington et sous prétexte de déficits démocratiques réels
(il y en a) ou imaginaires (il y en a aussi) serait une monstrueuse
hypocrisie. Car on ne verra jamais aux États-Unis ou en Europe ce même
genre de campagne politico-médiatique systématique et soutenue contre
le gouvernement du président égyptien Moubarak, par exemple, un régime
à façade pseudo-démocratique qui, pour le coup, est cent fois plus
autoritaire et répressif – sauf qu’il s’agit bien entendu d’un allié
docile et discret de l’Occident. Je ne suis pas non plus en train de
dire que Chávez est « fini ». Le leader vénézuélien est un formidable
animal politique, il a du temps devant lui et plus d’un tour dans son
sac, sans compter qu’il dispose évidemment de ressources énergétiques
et financières exceptionnelles. Il a lui même avoué publiquement, et
avec une candeur hallucinante, qu’il était tout à fait conscient en
2003 qu’il allait perdre le référendum révocatoire réclamé par
l’opposition (et qui fut finalement convoqué en août 2004) et que, sur
les conseils et avec l’aide de Fidel Castro, il avait mis le paquet
pour retourner la situation grâce au lancement des fameuses
« missions » bolivariennes [9].
Par ailleurs, son parti est celui qui a le plus fort taux de
pénétration au sein des masses populaires, tandis que l’opposition est
divisée, généralement médiocre et dénuée d’idées porteuses et de
personnalités charismatiques crédibles. Simplement, ce que je veux
dire, c’est que la révolution bolivarienne ne fait plus trop rêver, ni
au Venezuela ni ailleurs, qu’il y a d’excellentes raisons à ce
désenchantement et qu’on a là les prémisses d’une crise de légitimité
dont les premiers symptômes sont déjà manifestes depuis au moins fin
2007.

"Ce que je veux dire, c’est que la
révolution bolivarienne ne fait plus trop rêver, ni au Venezuela ni
ailleurs (et) qu’il y a d’excellentes raisons à ce désenchantement.
"




Le problème c’est qu’effectivement, entre les
dénonciations libérales hystériques de la menace « totalitaire »
chaviste dans la presse dominante et les fables enchantées sur la
huitième merveille autogestionnaire du monde qu’on rencontre dans
certains médias de gauche ou alternatifs, vous aurez du mal à trouver
des analyses sérieuses et informées de ce processus complexe. Pour
conclure sur ce point, je voudrais aussi ajouter une chose. S’il est
vrai qu’on aimerait bien entendre les obsédés de l’antichavisme
dépenser autant de bile contre certains satrapes amis de l’Occident et
nettement plus antidémocratiques que Chávez, il faut bien dire que la
mauvaise foi géopolitique et le regard hémiplégique ne sont nullement
le monopole de la droite ou de la gauche molle sociale-libérale. Un
exemple : j’imagine que les inconditionnels français de Chávez
trouvent, comme beaucoup de gens, que la nomination du fils de Sarkozy
à la tête de l’EPAD est pathétique et répugnante (elle l’est) ; mais je
me demande pourquoi ils gardent silence sur les exploits du père de
Chávez, un instituteur démocrate-chrétien qui n’est pas plus
« socialiste » que mon arrière-grand-père (un sympathique gendarme à
cheval, paix à son âme…) et a été pendant dix ans – 1998-2008 –
gouverneur de l’état de Barinas, qu’il s’est employé gaillardement à
mettre en coupe réglée avec tout le reste de sa petite famille [10].
Je suppose que tout ça est excusable parce que c’est au nom de la
« révolution ». On pourrait citer des dizaines d’exemples de ce genre
de pantalonnades « bolivariennes ». Je ne sais pas non plus ce que
penseraient les syndicalistes de lutte français d’un gouvernement
bolivarien qui favorise la flexibilisation du travail à travers une
inflation de « coopératives » largement factices ou sous perfusion, se
refuse a répondre aux demandes de renégociation de plusieurs dizaines
de conventions collectives de travailleurs du secteur public, et dont
le chef menace ouvertement les ouvriers des entreprises d’État
mobilisés pour leurs revendications de leur lancer aux trousses la
police politique du régime [11].


La vérité, c’est que s’ils avaient à les vivre dans
leur propre pays au jour le jour, la plupart des thuriféraires français
ou européens de Chávez ne supporteraient pas plus de deux ou trois mois
l’écrasante ubiquité politico-médiatique et la logorrhée parfois
pittoresque mais bien souvent ignare et insultante du « commandant en
chef ». L’histrionisme et le caporalisme narcissiques du leader suprême
seraient certainement perçus de ce côté de l’Atlantique par la base de
la « gauche de la gauche » comme tout à la fois clairement autoritaires
et de fort mauvais goût ; mais sans doute d’aucuns estiment-ils que
tout cela est parfaitement supportable par ces braves habitants du
tiers monde, qui ne sont pas comme nous, n’est-ce pas ? C’est vrai,
quoi, eux ils font la « révolution », et nous on s’ennuie ferme dans la
Sarkozie et le NPA n’arrive même pas à vraiment décoller pour nous
consoler. Alors voilà ce que j’ai envie de dire à tous les bolivariens
par procuration de France et de Navarre, qui sont certainement au fond
des gens fort bien intentionnés : « révolution », que de fantasmes
exotiques compensatoires et d’hypocrisie idéologique on laisse se
déployer en ton nom !

"L’histrionisme et le caporalisme
narcissiques du leader suprême seraient certainement perçus de ce côté
de l’Atlantique par la base de la ’gauche de la gauche’ comme tout à la fois clairement autoritaires et de fort mauvais goût.
"




Passons au pays de Lula qui, de
manière globale, semble hausser le ton sur la scène régionale comme
mondiale. Le Brésil cherche-t-il à se positionner comme la puissance
dominante du continent ? Est-il en concurrence de « leadership » politique avec le Venezuela, voire l’Argentine ou le Chili ?



La montée en puissance du Brésil n’est pas nouvelle,
mais ce qui est nouveau c’est qu’au cours des derniers mois, elle s’est
affichée de façon assez voyante, alors que ce qui caractérise
d’habitude la diplomatie brésilienne est plutôt une certaine
discrétion. Cette visibilité est bien entendu liée à l’accélération du
calendrier diplomatique, avec une conjoncture assez dense et critique
(crise internationale, consolidation du G 20, bases colombiennes,
Honduras, etc.). Mais je crois aussi que si Brasilia se permet de
s’affirmer avec tant de force sur la scène internationale, c’est en
raison d’un sentiment de confiance lié à la situation intérieure.
Jusqu’à il y a à peine quelques mois, le choc de la crise économique et
financière internationale laissait redouter le pire pour le pays de
Lula. De fait, le quatrième trimestre 2008 avait mis un sérieux coup
d’arrêt à une croissance qui flirtait avec les 6 %. En trois mois,
l’activité avait chuté de près de 4 % et provoqué une hausse brutale du
chômage. Mais un an plus tard, les indicateurs sont au beau fixe et le
Brésil paraît avoir dompté à la crise grâce à une série de facteurs
externes, comme la relative rapidité de la reprise chinoise, mais aussi
grâce à la solidité des paramètres internes, le dynamisme de son marché
intérieur, la mise en œuvre de mesures contra-cycliques adéquates et le
renforcement de la politique sociale. Avec 1,5 millions de postes de
travail créés en 2009, non seulement il est prévu que le déficit
d’emplois accumulé fin 2008 soit entièrement comblé, mais tous les
secteurs de l’économie, de l’industrie aux services sont en train de
corriger leurs prévisions à la hausse et le pays anticipe une
croissance de 5 % pour 2010. Sans compter la découverte récente
d’immenses réserves maritimes de pétrole dans les eaux territoriales
brésiliennes (on les estime entre 60 et 100 milliards de barils, soit
au moins près de six fois le montant des réserves antérieures).


Bien entendu, non seulement le Brésil reste encore un
pays marqué par de très profondes inégalités et par un taux de violence
urbaine inquiétant, mais certaines caractéristiques structurelles de
son économie, comme la dépendance excessive à l’égard d’un secteur
agro-exportateur hautement concentré et capitalistique – une dépendance
dont le Mouvement des Paysans sans Terre critique vigoureusement la
logique et les conséquences sociales – sont porteurs de menaces et de
déséquilibres graves. Cela dit, les progrès réalisés en huit ans de
mandat de Lula restent notables. Des programmes sociaux comme la
fameuse « Bolsa Família », mais aussi des mesures d’amélioration des
infrastructures économiques et sociales moins connues a l’étranger
comme le Programme d’Accélération de la Croissance (PAC) ou le plan Territórios da Cidadania
(Territoires de la Citoyenneté), ont eu un impact très important dans
le niveau et la qualité de vie de dizaines de millions de brésiliens.
Outre la très forte identification sociale et émotionnelle qui existe
entre président métallo et les couches populaires, cela explique que
Lula soit aujourd’hui de loin le chef d’État le plus aimé du continent
sud-américain : entre 70 % et 84 % d’indice de popularité selon les
enquêtes.

"Lula est aujourd’hui de loin le chef d’État le plus aimé du continent sud-américain."



Alors oui, le Brésil se permet de « hausser le ton ».
Cela se manifeste sur le plan économique, avec des mesures de
représailles commerciales contre les États-Unis, à qui Brasilia
reproche la concurrence déloyale que constituent les subventions
(illégales d’après les règles de l’OMC) versées à leur secteur agricole
cotonnier. En août dernier, les Brésiliens ont annoncé qu’ils
entendaient autoriser leurs entreprises pharmaceutiques à contourner
les brevets américains et à produire des médicaments génériques moins
coûteux. Il faut dire qu’en mars 2009, la Chine a pour la première fois
remplacé les États-Unis comme premier partenaire commercial du Brésil
et que des contrats majeurs ont été signés récemment entre les deux
pays (avec la Banque nationale de Développement social brésilienne
[BNDES], avec la compagnie pétrolière nationale Petrobras, etc.). Ce
qui aide probablement au moment d’affronter – poliment mais fermement –
telle ou telle orientation de Washington.


Ce ton plus ferme se manifeste aussi sur le plan
géopolitique et militaire. Lors de la réunion de l’UNASUR (Union des
nations sud-américaines) à Bariloche, fin août 2009, Brasilia a exprimé
de façon assez vigoureuse son extrême irritation face à l’annonce par
la Colombie de l’installation des sept bases américaines sur son
territoire. De fait, à Bariloche, selon les témoins, c’est Chávez qui
fournissait le spectacle, comme d’habitude, mais c’est le Brésil qui
rédigeait et contrôlait un scénario peu encourageant pour Bogotá et
Washington. Une semaine plus tard, Brasilia signait avec la France le
contrat d’armement le plus important de son histoire : 36 avions de
chasse Rafale (près d’un quart de sa flotte actuelle) et, en
perspective, sous-marins, frégates, hélicoptères, missiles, etc. Bien
entendu, ce contrat n’est pas tombé du ciel : il est l’aboutissement de
plusieurs années de dures négociations où le Brésil a exigé, et obtenu,
que Paris ne mette aucune limite aux transferts de technologie,
collabore dans la construction d’une usine de fabrication de Rafale
brésiliens, concède à Brasilia le droit de les commercialiser en
Amérique latine et s’engage à acheter les avions de transport militaire
KC-390 produits par la firme Embraer (Entreprise brésilienne
d’Aéronautique). Les Brésiliens se sont aussitôt fait un plaisir
d’insister sur le fait que, malgré leurs intentions totalement
pacifiques, il était temps pour leur pays de se faire respecter, en
allusion directe et transparente au contentieux avec la Colombie et son
parrain étatsunien. Et la position de Brasilia à propos du Honduras est
assez nette – elle s’est manifestée sans ambiguïtés dans l’intervention
de Lula à l’Assemblée générale des Nations Unies – et vise clairement à
forcer la main à Washington.



Que lisez-vous en ce moment? Lula_sarko-4ea6b


Plus globalement, à l’occasion de la visite de Sarkozy
à Brasilia, le ministre des Affaires étrangères Celso Amorim a expliqué
que son pays partageait avec la France des « intérêts similaires au niveau de la géopolitique mondiale », dont la « vocation de défendre le multilatéralisme ».
Quant à l’alliance trilatérale Sud-Sud avec l’Inde et l’Afrique du Sud
(dite IBSA), elle répond, toujours selon Amorim, à une « affinité de conditions économiques et de valeurs » entre « trois grandes démocraties multiculturelles » qui souhaitent rompre « les paradigmes traditionnels de la politique internationale ».
Y a-t-il par ailleurs concurrence de leadership dans le cadre
latino-américain lui-même ? Le Chili, obnubilé par son développement
économique et plutôt tourné vers le Pacifique et les États-Unis, est un
pays de seulement 17 millions d’habitants qui n’a aucune prétention de
ce côté-là. L’Argentine en a près de 40 millions, mais elle est
considérablement affaiblie et partiellement désindustralisée depuis la
crise du tournant du siècle et se résigne à contre-cœur à ne plus guère
nourrir d’ambitions internationales substantielles. Et franchement,
entre le Venezuela, pays mono-producteur de 26 millions d’habitants, et
le géant brésilien (186 millions d’habitants, neuvième économie
mondiale), qui représente la moitié de la population et du PIB de
l’Amérique du Sud et fabrique des avions et des ordinateurs, il n’y a
pas photo – et ce quel que soit le degré d’agitation de Chávez sur la
scène internationale. De toutes façons, vous savez, politiquement,
Chávez a besoin de Lula, qui a contribué à lui sauver la mise en
l’approvisionnant pendant la grève pétrolière de 2002-2003 et joue un
peu le rôle d’« amortisseur » – dans les deux sens – entre Caracas et
Washington. Lula, pour sa part, n’a nullement besoin de Chávez.





Que lisez-vous en ce moment? Filet
Notes


[1] A noter, Marc Saint-Upéry est également journaliste (Politis, Vacarme, Mouvements...),
éditeur et traducteur (il a traduit, entre autres, Mike Davis, Robert
Fisk, les Yes Men, notamment à La Découverte et aux Prairies
Ordinaires).


[2]
En Équateur, Marc Saint-Upéry a ainsi contribué à des ateliers de
formation d’activistes paysans et indigènes et soutenu des formations
politiques progressistes locales.


[3] « Dix
ans de vie en Amérique du Sud, quatre ans de voyages, des dizaines
d’échanges impromptus et d’entretiens prémédités, des milliers de pages
lues ont fourni la base de ce travail.
», explique-t-il également en introduction.


[4] Par mail, évidemment.


[5] Franck Poupeau, Carnets boliviens 1999-2007. Un goût de poussière, Aux Lieux d’être, Montreuil, 2008.


[6] Chávez, Correa et Morales.


[7] Luis Ángel Barreto, « No más arrogancias. Miremos hacia adentro, por favor », 6-12-2007, article disponible (en espagnol) ici.


[8] Roberto Viciano Pastor, « Venezuela y sus contradicciones », Diagonal, n. 91, 11-12-2008, l’article en espagnol est ici.


[9] Je cite cette confession assez stupéfiante aux pages 111 et 112 de mon livre. Un extrait : « On
est venu me dire : ‘Président, si le référendum avait lieu aujourd’hui,
vous perdriez.’ Ça a fait sur moi l’effet d’une bombe… C’est à ce
moment-là que nous avons commencé à travailler avec les missions, nous
avons conçu la première et j’ai demandé son aide à Fidel. Je lui ai
dit : ‘Ecoute, j’ai une idée, attaquer par en bas de toutes nos forces.’
»


[10]
L’état de Barinas est la terre natale de Hugo Chávez, au sud-ouest du
pays. Quatre des cinq frères du président, Argenis, Aníbal, Adleis et
Narciso, occupaient également pendant cette même période des postes
clés dans l’administration ou l’économie locale. Quant au cinquième
frère Adán, ex ministre de l’éducation, il a succédé à son père au
poste de gouverneur suite à sa nomination fort opportune comme candidat
local du PSUV.

[11] « Les propos du président Chávez sont une déclaration de guerre contre les travailleurs »,
s’indignait ainsi en mars 2009 Orlando Chirino, vieux combattant du
syndicalisme de luttes de classes au Venezuela et animateur de l’Union
nationale des Travailleurs (UNT). Cf. cet article
avatar
Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Lun 4 Jan - 13:28

Sinon, idée de quelque chose qui a l'air bien intéressant :

Spoiler:





Des dents vont grincer, peut-être. C’est que Marc Saint-Upéry, auteur
d’un livre passionnant consacré aux gauches sud-américaines, "Le Rêve
de Bolivar", ne prend pas de pincettes pour démonter les fantasmes
politiques occidentaux sur l’Amérique latine. Ultra-documentées, ses
analyses brillent par leur cohérence et leur objectivité. Entretien en
deux parties - la suite demain.








Marc Saint-Upéry (Part.1) : « Pratiquer une solidarité active avec certains processus de transformation sans les fétichiser »






jeudi 22 octobre 2009, par Lémi







Je
vais être franc avec toi, ami lecteur. Si tu espères trouver ici les
sempiternels refrains sur l’Amérique latine, terre à révolution sauce
Guevara & nid d’utopies réalisées, tu vas un brin déchanter. Si,
par contre, tu cherches un regard acéré et argumenté sur les évolutions
politiques du continent, reste sur cette page, tu y trouveras ton
bonheur. Marc Saint-Upéry, spécialiste de l’Amérique latine vivant en
Équateur depuis 1997, ne cherche pas à te caresser dans le sens du
poil. Au contraire : il rectifie les fausses vérités, démonte les
fantasmes et met les pieds dans le plat d’une situation politique qu’il
maîtrise sur le bout des doigts. Du Venezuela de Chávez au Honduras
post-coup d’état, du Brésil de Lula à l’Équateur de Correa, il dresse
dans le long entretien qu’il nous a accordé un tableau scrupuleusement
réaliste et documenté des « défis » qui se dressent
face aux gauches latino-américaines ainsi que des évolutions
géopolitiques de la région. Sans angélisme ni naïveté. Il t’avertissait
déjà en préambule de son livre Le Rêve de Bolivar (son premier et unique ouvrage à ce jour [1]) : « Les romantiques et les radicaux invétérés seront franchement frustrés. » Blam.






Ne va pourtant pas à en conclure que Marc Saint-Upéry
clapote en terre réactionnaire. En préambule du même livre, il
l’expliquait : « Je me considère comme un militant de gauche [2], et je n’aurais pas entrepris cette enquête si je ne l’étais pas. »
Mais voilà, tant de contre-vérités s’écrivent et se disent sur les
gauches sud-américaines qu’il a dû se faire une raison : « Je me suis parfois vu obligé de ‘tordre le bâton’ dans le sens inverse de mes convictions les plus chères. » Approche courageuse qui a fait de son ouvrage, fruit d’un travail de recherche impressionnant [3], un des livres de référence pour qui souhaite aborder les réalités complexes d’une région trop souvent fantasmée.


Si tu n’as pas parcouru ce livre (que Benjamin chroniquait ici
pour A.11), publié par La Découverte en 2007 (et réactualisé en 2008
pour l’édition de poche), je t’engage à le faire illico. Tu y liras des
analyses limpides sur cette myriade de gauches, souvent déroutantes,
qui ont pris racine en terre sud-américaine ; tu en sortiras peut-être
un peu troublé dans tes convictions, sans doute pas d’accord sur tout,
mais plus intelligent et informé, c’est certain. En attendant, je
t’engage itou à parcourir le long entretien que Marc Saint-Upéry a
gentiment accordé [4] à Article11.

Pour t’éviter l’indigestion, on a choisi, en accord avec lui, de le
couper en deux. Tu trouveras dans cette première partie ses analyses
acérées sur les fantasmes dégagés par l’Amérique latine et sur les
réalités qu’ils occultent, sur la diversité des gauches dans une région
qu’il désigne comme une forme de « laboratoire politique »,
sur le régime chaviste, ni dictature, ni révolution avérée, et sur la
montée en puissance du Brésil de Lula sur la scène internationale. Dès
demain, tu pourras lire dans un second opus ses réflexions sur les
grands tournants stratégiques de la région, la crise au Honduras, les
bastions conservateurs péruviens et colombiens et la politique menée
par Washington depuis l’arrivée d’Obama au pouvoir. Un tableau
exhaustif et vivant qui n’aurait évidemment pu voir le jour sans
l’impressionnant travail mené par Marc Saint-Upéry pour répondre à ces
questions. Qu’il en soit très chaleureusement remercié.



La politique latino-américaine draine beaucoup de fantasmes « sauce Guevara/Tapioca »,
surtout quand elle concerne la gauche. Pourquoi projette-t-on tant
d’irrationnel sur cette partie du monde et sur ses hommes politiques
(sur Chávez, par exemple) ?


C’est ce que j’appelle le problème de l’« exotisme familier ».
Il y a entre l’Europe – notamment l’Europe de langue romane – et
l’Amérique latine un mélange de différence exotique et de continuité
culturelle – entre autres en raison du substrat latin et catholique et
de la proximité linguistique – qui font de cette relation un espace de
projection privilégié de tous les fantasmes idéologiques et de toutes
les pulsions utopiques. Hier, Paris était la Mecque du progrès et de la
culture pour toutes les élites latino-américaines. Aujourd’hui, les
expériences menées à Caracas ou à La Paz sont perçues comme une des
clés de l’émancipation universelle par une partie de la gauche radicale
européenne. Les mêmes personnes qui se garderaient bien de se prononcer
sans enquête approfondie sur la trajectoire des maoïstes népalais, les
problèmes du gouvernement communiste indien au Bengale, la guérilla
musulmane en Thaïlande ou les conflits internes de l’ANC sud-africaine,
n’hésiteront pas à émettre des proclamations définitives ou à s’engager
dans des polémiques féroces – et en général passablement sous-informées
– à propos des zapatistes, de Chávez ou des piqueteros
argentins. Il n’est pas trop difficile d’apprendre l’espagnol ou le
portugais, il est encore plus facile de croire qu’on les comprend bien
et surtout, qu’on saisit par ce biais toutes les nuances d’une
situation sur le terrain – y compris quand on y exalte l’altérité
supposée de l’Indien ou du Noir (qui semble consoler certains de la
grisaille de leur modernité quotidienne). Bref, l’avantage de
l’Amérique latine, du point de vue de l’imaginaire, c’est que c’est une
sorte de Même qui est un peu Autre et un Autre qui est un peu le Même.






Vous refusez le manichéisme à
l’œuvre chez beaucoup de commentateurs politiques. Pour vous, il n’y a
pas deux gauches en Amérique du Sud, mais quatre ou cinq, voire plus.
Pourquoi se refuse-t-on à admettre la complexité de ce paysage
politique ?


Je ne sais pas si on peut généraliser quant à un
« refus » général d’admettre la complexité, mais ce qui est clair,
c’est qu’il y a, à droite comme à gauche, bien des préjugés et des
œillères idéologiques. Et je ne dis pas ça parce que je me considère
comme au-delà du bien et du mal : je m’inscris clairement a gauche et
j’ai des activités militantes qui seraient considérées comme
impardonnables par les journalistes censément « objectifs », lesquels
font souvent de la politique et de l’agitation idéologique sans le
dire. Mais je crois que les militants devraient essayer d’éviter de
croire systématiquement à leur propre propagande, parce que ça finit
par leur jouer de mauvais tours. Il me semble qu’on peut fort bien
pratiquer une solidarité active avec certains processus de
transformation sans les fétichiser ni tomber dans la « mythologie militante », comme la dénonce justement le sociologue bourdieusien Franck Poupeau [5].

"Je crois que les militants devraient
essayer d’éviter de croire systématiquement à leur propre propagande,
parce que ça finit par leur jouer de mauvais tours."



Quant à la fameuse histoire des soi-disant « deux gauches »,
certains lecteurs critiques m’ont reproché une forme d’empirisme
agnostique qui tendrait à suggérer qu’il y aurait en fait autant de
gauches que de pays, voire que de courants de la gauche elle-même au
sein de chaque pays. Si c’était là ce que je disais, ce serait
effectivement tautologique et ne nous avancerait pas beaucoup en termes
d’analyse. Mais ce n’est pas ce que je dis. Il y a certainement des
« ressemblances de famille » et des catégorisations possibles, mais
elles ne sont pas toujours celles qu’on croit. Par exemple, on parle
souvent de l’axe Caracas-Quito-La Paz, et il est vrai qu’il y a des
éléments communs entre ces gouvernements. D’une part, il y a ce qu’on
peut appeler la « mystique refondationnelle », l’idée qu’il fallait
refonder symboliquement la république ou la nation sur de nouvelles
bases ; c’est cette idée qui a justifié dans ces trois pays la
convocation d’une Assemblée constituante. D’autre part, il y a une
certaine sensibilité « national-populaire », un convocation rhétorique
d’un « peuple » générique et parfois sacralisé contre une oligarchie
maléfique et antipatriotique. Cette sensibilité existe dans une version
légèrement plus ethnicisée en Bolivie, plus caudilliste au Venezuela,
plus républicaine-jacobine en Équateur ; elle est en tout cas assez
différente de la matrice réformiste d’origine marxiste-catholique,
classiste et démocratique radicale du PT brésilien, ou bien de la
tradition social-démocrate chilienne.





[6]

Cela dit, il n’y a en Équateur ou en Bolivie rien qui
ressemble à l’occupation massive de l’appareil d’État par des
militaires de carrière telle qu’elle a lieu au Venezuela – et soit dit
en passant, rien qui soit comparable en termes quantitatifs à l’orgie
rentière et au niveau de corruption routinière qui existe au pays de
Chávez. Inversement, au Venezuela, l’écrasante majorité tant des
couches intellectuelles créatives que des nouvelles classes moyennes
technocratiques sont – ou sont devenues – radicalement antichavistes,
alors qu’elles soutiennent assez largement le gouvernement en Équateur,
par exemple. Et au niveau des politiques publiques, les soi-disant
différences entre « radicaux » et « modérés » tiennent encore moins la
route. Donnons quelques exemples. Le gouvernement d’Evo Morales, que
d’aucuns perçoivent comme un régime « radical » et « issu des
mouvements sociaux », a en fait complètement « blindé » la politique
financière et monétaire de l’État et l’a confiée aux mains de
technocrates qui mènent dans ce domaine une gestion très prudente et
passablement « orthodoxe ». Cela a même valu à la Bolivie l’éloge du
FMI. (Notons que cette prudence et cette relative orthodoxie sont pour
bonne part dues au souvenir traumatique de l’échec spectaculaire du
gouvernement de gauche de l’Union démocratique et populaire (UDP), en
1982-1985, qui fut littéralement terrassé par ses contradictions
internes et par une gestion économique désastreuse débouchant sur une
hyperinflation traumatique ; ce trauma fut d’ailleurs une des
principales sources de légitimation des réformes néolibérales des
gouvernements ultérieurs.) En Équateur, la réforme de l’enseignement
supérieur, considérée comme élitiste et technocratique par
l’ultra-gauche locale, va dans un sens passablement divergent de la
logique politique et administrative des missions éducatives et des
« universités bolivariennes » du Venezuela. Une des mesures les plus
notables du gouvernement de Rafael Correa est une réforme fiscale qui
instaure une imposition progressive semblable à celle instituée par
divers systèmes européens d’inspiration plus ou moins social-démocrate,
ce qui constitue une innovation relativement radicale dans le contexte
latino-américain. Or, il vaut la peine d’observer qu’en plus de dix ans
de « révolution », le gouvernement bolivarien, tout « radical » qu’il
soit, a réussi à faire baisser le niveau d’évasion fiscale mais n’a pas
altéré la structure injuste et régressive du système de taxation
vénézuélien. Pour sa part, le très « modéré » Tabaré Vázquez a mis en
œuvre en Uruguay une réforme similaire à celle de l’Équateur qui
instaure une plus grande équité face à l’impôt.


Il faut aussi comprendre qu’un vote pour un mandataire
censément de gauche, voire « révolutionnaire », n’exprime pas
nécessairement une tendance homogène de gauche ou progressiste au sein
de l’électorat. Les enquêtes sur l’électorat chaviste, par exemple,
démontrent régulièrement que ses membres tendent majoritairement à se
percevoir comme de centre, voire de droite pour une partie d’entre eux,
et qu’ils ont une image plutôt positive de la propriété privée et assez
négative du modèle cubain. Et dans tous ces pays, une confiance
relative dans l’économie de marché – et une culture mercantile
omniprésente et très dynamique sur le terrain, comme chez les aymaras
boliviens qui votent pourtant pour le MAS « socialiste » par exemple,
ou dans une bonne partie des secteurs populaires vénézuéliens qui
baignent dans une économie informelle ultra-commerçante et un
imaginaire consumériste exacerbé – peut parfaitement coexister avec un
fort attachement à un État protecteur des pauvres et une conception du
« socialisme » comme forme magnifiée et institutionnalisée de charité
chrétienne.

"Il faut aussi comprendre qu’un vote
pour un mandataire censément de gauche, voire ’révolutionnaire’,
n’exprime pas nécessairement une tendance homogène de gauche ou
progressiste au sein de l’électorat."



Il faut donc considérablement relativiser le poids des
discours et des représentations idéologiques officiels. Seule une
analyse minutieuse des trajectoires et des configurations
institutionnelles et politiques des diverses forces en présence et,
bien entendu, de leurs rapports réels avec les divers intérêts
économiques établis, peuvent permettre d’identifier la « tendance »
réelle de tel ou tel gouvernement. Cet amalgame d’intérêts, de
trajectoires et de configurations est beaucoup plus significatif que la
question un peu idiote de savoir si le président Untel, le ministre
Machin ou le député Chose sont « plus proches de Chávez » ou bien ont
« plus d’affinités avec Lula ou Bachelet ».


Tout ça demande un travail d’enquête un peu plus
exigeant que la simple lecture des communiqués gouvernementaux et des
diatribes de la presse militante. Or justement, pour revenir à votre
remarque sur « le refus de la complexité », au-delà des préjugés
idéologiques des observateurs, il ne faut pas sous-estimer le poids de
la simple paresse intellectuelle et journalistique. Essayer de vraiment
comprendre ce qui se passe, c’est difficile, c’est fatigant, et ce
n’est pas toujours gratifiant pour votre confort mental et vos
préjugés, quels qu’ils soient. Diversifier ses sources, penser à des
interlocuteurs inattendus (ce sont à peu près toujours les mêmes
« autorités » qui sont interviewées, et en cela la presse
« alternative » n’est guère plus innovante que les médias dominants),
savoir déchiffrer la rhétorique des uns et des autres, mesurer le poids
des dynamiques sociologiques informelles par rapport aux discours de
barricade et aux façades institutionnelles, cela demande du temps, de
la patience et une certaine disponibilité à se laisser surprendre par
la réalité qui ne caractérise guère le regard sur l’Amérique latine,
pour les raisons que j’ai suggéré en réponse à votre première question.

"(...) Au-delà des préjugés
idéologiques des observateurs, il ne faut pas sous-estimer le poids de
la simple paresse intellectuelle et journalistique."



Vous désignez l’Amérique du Sud comme un parfait « laboratoire »
des gauches. Pourquoi une telle effervescence des mouvements
progressistes depuis une dizaine d’années ? Est-ce appelé à durer ? Que
pensez-vous de cette idée selon laquelle le « Socialisme du 21e siècle » aurait pris racine en Amérique du Sud ?


Je parle de laboratoire du point de vue
latino-américain. Cela vous surprendra peut-être, mais je ne crois pas
que la gauche européenne ait beaucoup à en apprendre, les dynamiques
sociologiques et les contextes institutionnels sont trop différents. Ce
qui ne veut pas dire que ces expériences ne sont pas dignes d’intérêt,
loin de là. Ce qui caractérise les gauches latino-américaines, c’est
pour nombre d’entre elles la force des liens qu’elles conservent avec
le secteurs populaires et les mouvements sociaux, même si ces relations
ne sont pas exemptes de frictions et de contradictions parfois très
fortes, et aussi la mise en oeuvre de certaines dynamiques
participatives, même s’il ne faut pas en surestimer la portée. En
revanche, en ce qui concerne le contenu des politiques publiques, les
plus novatrices et les plus efficaces ne sont guère que des adaptations
« développementistes » de l’arsenal républicain progressiste ou
social-démocrate traditionnel (ce qui peut toutefois représenter un
progrès assez radical dans les conditions de l’Amérique latine), avec
souvent plus de difficultés d’application qu’en Europe étant donné
l’impéritie et la corruption des appareils administratifs locaux.

"Ce qui caractérise les gauches
latino-américaines, c’est pour nombre d’entre elles la force des liens
qu’elles conservent avec le secteurs populaires et les mouvements
sociaux, même si ces relations ne sont pas exemptes de frictions et de
contradictions (...)."



Mais revenons à votre question. Je ne vais pas trop
m’étendre sur les causes de l’ascension de la gauche. Elle s’explique
notamment, bien entendu, parce que les promesses des modèles
néolibéraux des années 1980 et 1990 en terme des croissance, d’équité,
d’inclusion sociale, d’efficacité et d’accessibilité des services
privatisés, etc., n’ont pas été tenues, y compris du propre point de
vue des critères et des indicateurs économiques et sociaux chers à
leurs partisans. On assiste aussi dans presque toutes les sociétés
latino-américaines à ce que le sociologue bolivien Álvaro García
Linera, avant de devenir vice-président de son pays, décrivait comme
une « émergence plébéienne » ayant souvent de
fortes connotations ethno-raciales, soit un effritement du colonialisme
interne et de l’hégémonie symbolique et politique qu’exerçaient les
élites traditionnelles sur la société. C’est un phénomène qui ne
profite pas nécessairement à la gauche – de fait, il a jadis favorisé
le fujimorisme au Pérou – mais que la gauche a su capter au cours de
ces dernières années.


Cela peut-il durer ? C’est certainement un peu plus
qu’un épisode éphémère, puisque la plupart des nouveaux mandataires
plus ou moins progressistes ont été réélus, ou bien que leurs
successeurs désignés ont également été favorisés par les urnes. Cela
dit, à moyen terme, on doit prendre en compte l’effet de l’usure du
pouvoir et des promesses qui ne seront pas tenues ou mal tenues, et
aussi des facteurs structurels de fragilité comme la persistance, voire
le renforcement, du modèle primo-exportateur et rentier (dépendance
excessive du revenu national à l’égard des matières premières), ou
encore le déchaînement de l’insécurité et de la violence urbaine, qui
affecte d’abord les pauvres et les rend sensibles à certains discours
sécuritaires réactionnaires. Ensuite, il y a la fragilité et la
volatilité des identifications idéologiques. Un exemple : au Brésil,
tous les électeurs « lulistes » sont loin d’être « pétistes » (adeptes
du PT), et malgré l’immense popularité de Lula et les indicateurs
économiques et sociaux assez favorables de son gouvernement, il n’est
pas exclu qu’une majorité de Brésiliens, y compris une fraction
importante des couches populaires, votent pour le candidat d’opposition
José Serra (PSDB, centre-droit) fin 2010.


Quant au socialisme, franchement, j’ai pu suivre de très près certains des « débats » sur le « socialisme du XXIe siècle »
au Venezuela et en Équateur, et j’ai été frappé par le caractère vague,
incantatoire, purement émotionnel ou abstrait, et parfois tout
simplement délirant, des discours qui circulent à ce sujet. Sur le plan
pratique, dans aucune des expériences plus ou moins progressistes en
cours, j’insiste, dans aucune d’entre elles, on
n’observe des transformations durables de la structure économique et
sociale qui arrivent au niveau de celles mises en œuvre par les
travaillistes britanniques dans leur pays en 1945, par exemple. Par
ailleurs, les partisans du « socialisme du XXIe siècle »
eux-mêmes reconnaissent que tout ça n’est pas très clair. Lors d’une
réunion officielle d’intellectuels sympathisants de Hugo Chávez
organisé par le Centre international Miranda – un organisme de
réflexion et de formation financé par le gouvernement bolivarien – en
juin 2009, les participants signalaient ainsi que « le
fait de ne pas le définir [le socialisme du XXIe siècle] a un avantage
qui implique que l’on n’est pas en train de répéter des modèles mais
d’autre part, cela démontre aussi un manque de caractère concret qui le
maintient dans un trop grand flou. […] Où sont les documents théoriques
de la révolution bolivarienne ? Où sont les différentes sensibilités
idéologiques ? C’est un problème terrible ». Et de s’interroger sur le peu de réalité de « la construction d’un nouveau modèle économique productif qui assure une véritable transition au socialisme », sur les risques grandissants de la « logique rentière », du « centralisme », du « militarisme », du « clientélisme partidiste », de la « corruption et de l’inefficience »,
mais aussi sur le déficit démocratique au sein du Parti socialiste
unifié du Venezuela (PSUV), sur la confusion du Parti et de l’État et
sur le phénomène de l’« hiperliderazgo » de Chávez – qu’on pourrait traduire comme « l’hyperdirigisme du leader » – et les dangers d’un « césarisme progressiste » qui « infantilise la société ».
Comme on pouvait s’y attendre, ces braves gens se sont aussitôt fait
vertement réprimander par le « commandant en chef », qui leur a
rétorqué que « baisser le profil de son leadership était justement ce que voulait l’ennemi » et a mis en doute leur statut d’intellectuels révolutionnaires, non sans ajouter qu’« il y a beaucoup de gens qui se prétendent chavistes et en réalité ne le sont pas ». À bon entendeur, salut.

"Les partisans du ’socialisme du XXIe siècle’ eux-mêmes reconnaissent que tout ça n’est pas très clair."



Venons en à Hugo Chávez,
justement. Dans votre livre, vous refusez de tomber dans le
manichéisme. Vous repoussez les accusations de dictature tout en
démontrant que la « révolution » bolivarienne n’a finalement pas grand chose de révolutionnaire.


Bon, d’abord il faut savoir que ce que je raconte sur
le Venezuela ne me fait pas que des amis. Les antichavistes sont
souverainement agacés par mon refus de faire de Chávez l’incarnation
suprême du mal ou par mes sarcasmes sur le prétendu « totalitarisme »
du régime bolivarien et la paranoïa classiste et raciste de tout un
secteur de l’opposition vénézuélienne. Les philo-chavistes, pour leur
part, sont indignés parce que, selon eux, je tiendrais exactement « le même discours que la presse d’opposition putschiste ».
Certains pauvres plumitifs stalino-bolivariens se sont même gentiment
employés à essayer – sans trop de succès – de faire censurer mes propos
sur le Venezuela dans tel ou tel forum. Notez que ma position n’est pas
non plus celle de je ne sais quel « juste milieu », parce que j’ai
horreur du « juste milieu ». Paradoxalement, je pense en fait qu’il y a
des éléments de vérité dans certaines positions extrêmes tant des
chavistes que des antichavistes. Je ne sais pas si vous connaissez
cette blague soviétique du temps de la perestroïka, mais elle exprime
assez bien, par analogie, l’esprit de la chose. Deux bureaucrates du
parti se rencontrent et le premier dit au second : « Tu sais Ivan, j’ai deux très mauvaises nouvelles. » « Raconte, Boris. » « Eh bien la première, c’est qu’il paraît que toutes les merveilles qu’on nous a racontées sur le socialisme étaient fausses. » « Mince alors, rétorque Ivan, et la deuxième ? » « Oh, la deuxième, elle est peut-être encore pire : toutes les horreurs qu’on nous a racontées sur le capitalisme étaient vraies. »


Alors vu que ce que je raconte sur le Venezuela est
souvent très controversé, je vais me livrer à un petit exercice
divertissant en vous citant des propos qui viennent du camp bolivarien,
et de sources médiatiques insoupçonnables d’un point de vue
philo-chaviste. Voilà ce que déclarait un militant chaviste de base sur
le site bolivarien Aporrea après la défaite du gouvernement lors du référendum sur la réforme constitutionnel en décembre 2007 : « Au
lieu d’expliquer et d’ouvrir le débat sur quelque chose d’aussi
important, on a choisi d’imposer la réforme, d’obliger les gens à dire
oui aveuglément ; […] on les a obligés à participer à des
manifestations officielles, on a mis en œuvre un prosélytisme grossier,
on les a forcés à voter tous les amendements en bloc et on a satanisé
tout ceux qui ont osé soulevé la moindre objection au cours des fausses
discussions qui ont été organisées par les autorités. […] Voilà le
résultat : on se retrouve maintenant avec plus de trois millions de
“traîtres” (NdA : les électeurs chavistes qui se sont abstenus) qui
n’étaient pas nécessairement en désaccord avec le projet de réforme en
soi, mais qui se sont fait l’écho de toute une série de désillusions et
de désespoirs […]. Il y a une espèce de ras-le-bol, de fatigue,
d’écoeurement. […] Ce qu’il y a eu, c’est une sorte de vote sanction
contre ce chavisme vain, sans principes, débordant de mots d’ordre
creux, arrogant, entêté, bureaucratique, qui s’est enkysté dans les
entrailles de l’État […]. Et si on veut vraiment savoir ce qui s’est
passé […] on pourrait continuer à énumérer les causes : la décadence
d’une nouvelle classe bureaucratique puissante et opulente, le
bavardage patriotard et belliqueux artificiel, la diabolisation de la
critique, l’inefficience des organismes publics, le fossé existant
entre le citoyen de base et ses représentants, les appels à
l’obéissance en lieu et place du débat, la rhétorique grandiloquente et
superficielle, l’incapacité manifestée par l’État de combattre le
pouvoir parallèle de la délinquance sous toutes ses formes, le veto
médiatique contre la pensée critique, l’habitude de fuir ses
responsabilités en cherchant des coupables extérieurs, et un
interminable et cetera (…) [7] ».






Par expérience, je peux vous dire que c’est là une
excellente description du chavisme vécu au quotidien, et que ça n’a pas
changé depuis 2007, bien au contraire. Dans les semaines qui ont suivi
la défaite, il y a eu des centaines, voire des milliers de cris du cœur
de ce genre dans toute une série de forums publics liés au mouvement
bolivarien. Après quoi, le leader et l’appareil ont mis le holà à ces
débordements à travers un mélange d’autocritiques rhétoriques, sans
conséquences pratiques, et de rappels musclés à la discipline
révolutionnaire. Maintenant, si on veut un diagnostic moins viscéral et
plus structurel, tournons nous vers ce qu’en dit une autre source
insoupçonnable, Roberto Viciano Pastor, un juriste progressiste
espagnol proche de Izquierda Unida qui connaît très bien le processus
vénézuélien, auquel il a prêté ses services, et qui a également
participé au processus d’élaboration des nouvelles constitutions
équatorienne et bolivienne. Dans un article publié en décembre 2008 par
le quinzomadaire alternatif espagnol Diagonal [8], Pastor met en lumière cinq menaces centrales. En premier lieu, les profondes carences administratives de la « révolution »,
qui selon lui mettent radicalement en danger la fonctionnalité et la
continuité des programmes sociaux les plus vantés par le gouvernement,
notamment en matière de santé et d’éducation. En deuxième lieu, le
niveau scandaleux de corruption, qui mine la légitimité du régime. En
troisième lieu, l’essor vertigineux de la délinquance et de
l’insécurité, qui trahit la persistance de graves problèmes sociaux et
dont les premières victimes sont les pauvres. Enfin, le juriste
espagnol dénonce « l’incapacité du gouvernement à dépasser la dépendance à l’égard du pétrole ». À quoi il ajoute : « Le
pari en faveur d’une économie alternative passant par le soutien aux
entreprises de taille moyenne de l’industrie nationale et la tentative
de créer un vaste réseau de coopératives de production et de services a
échoué de façon spectaculaire, donnant lieu au gaspillage de centaines
de millions de dollars parce que les autorités n’ont pas lié la
distribution des fonds destinés aux nouvelles coopératives à un plan de
viabilité des nouvelles entités financées. Résultat, au bout d’un
certain temps, l’immense majorité des coopératives se dissolvent ou ne
fonctionnent plus. » La cinquième et dernière menace soulignée par Pastor, c’est celle du « désenchantement » : « Ce
qui est grave, c’est la frustration des espérances d’un peuple qui a
parié pour le changement. Et cette frustration risque d’entraîner la
délégitimation sociale de toute idée de changement pour au moins une
génération. Et ce pas seulement dans le pays affecté directement. La
globalisation de l’espérance qu’a représentée pour beaucoup de gens la
révolution vénézuélienne risque de se transformer en globalisation du
désenchantement. »


Après des années d’enquête et de suivi du processus
vénézuélien, je peux témoigner que tout cela est malheureusement vrai,
et parfois même en dessous de la vérité. Et tous les observateurs
honnêtes ayant passé un minimum de temps au Venezuela ailleurs que dans
les agapes officielles offertes aux intellectuels « amis du processus »
ou les visites guidées des villages Potemkine du régime vous diront la
même chose.


Mais Chávez reste-t-il encore très
populaire auprès de la population vénézuélienne ? Quels sont les
prochains défis qu’il va devoir relever ?


D’abord, il faut savoir que si Chávez continue à gagner
les élections, il n’exprime nullement les vœux de la « majorité » des
Vénézuéliens : il ne représente en fait aujourd’hui qu’environ un tiers
de l’électorat, soit 6 millions sur 16,8 millions d’électeurs (le score
maximum de Chávez étant les 7 millions 300 000 voix engrangées lors de
l’élection présidentielle de décembre 2006). De son côté, le score de
l’opposition tourne autour de 5 millions de voix et augmente lentement
mais sûrement à chaque scrutin depuis deux ans. Au prix d’un
volontarisme spectaculaire et sans ménager les ressources de l’État, le
« commandant en chef » a réussi à remobiliser une partie des
abstentionnistes de décembre 2007 pour faire enfin passer sa réforme
constitutionnelle en février 2009, mais le nombre de Non à la réforme a
en réalité légèrement augmenté. Même s’il faut bien entendu prendre
tous les sondages, quelle que soit leur provenance, avec des pincettes,
les enquêtes d’opinion les plus sérieuses – soit celles effectuées par
les instituts dont les pronostics électoraux se sont généralement
vérifiés et que le gouvernement lui-même n’a pas répugné à citer par le
passé – confirment au cours de ces derniers mois une nette érosion de
la crédibilité du régime bolivarien et de l’évaluation positive de ses
politiques. Il s’agit d’ailleurs d’un phénomène qui affecte aussi
fortement les milieux populaires. On l’a vu avec la perte de certains
bastions plébéiens du chavisme aux élections municipales et régionales
de novembre 2008, comme la mythique zone de Petare, à l’est de Caracas,
même si le président continue à bénéficier d’une base de soutien et
d’identification émotionnelle importante dans ces secteurs.

"Au prix d’un volontarisme
spectaculaire et sans ménager les ressources de l’État, le ’commandant
en chef’ a réussi à remobiliser une partie des abstentionnistes de
décembre 2007 pour faire enfin passer sa réforme constitutionnelle en
février 2009, mais le nombre de Non à la réforme a en réalité
légèrement augmenté."



Quant aux défis que Chávez affronte, ils sont en gros
ceux identifiés par les critiques que j’ai cités précédemment. À quoi
il faut ajouter depuis au moins fin 2008 la détérioration notable de la
situation économique, le ralentissement spectaculaire de la croissance,
le rendement décroissant des programmes sociaux, la montée des conflits
du travail, les problèmes créés par la surévaluation du bolivar et
l’orgie d’importations, le déclin constant du secteur productif non
pétrolier et le grave déficit de gestion et de productivité de la
compagnie nationale PDVSA, vaisseau amiral et poule aux œufs d’or de
l’État vénézuélien. Enfin, le Venezuela souffre d’une inflation à deux
chiffres – la plus élevée du continent, puisque le gouvernement
lui-même prévoit qu’elle atteindra au moins 26 % pour l’année 2009 –
qui grignote les réels mais fragiles progrès accomplis aux cours des
dernières années en matière de redistribution de revenu. Bref, mon
impression générale, c’est que s’il est vrai que le régime de Chávez a
stimulé une espèce d’empowerment symbolique des
secteurs marginalisés, politisé la question sociale et mis en œuvre des
transferts massifs (et pas toujours très efficaces) de revenus
pétroliers, sur le fond il semble bien que la « révolution
bolivarienne » se soit limitée à passer une couche de peinture rouge
sur le modèle de capitalisme d’État rentier, gaspilleur et
clientéliste-parasitaire typique du « Venezuela saoudite » pendant ses
phases de prospérité. Et cette couche de peinture est en train de
s’écailler de façon de plus en plus voyante.






Alors attention, exposer les graves déficiences du
régime bolivarien ne revient nullement à valider les délires de
certains sur la « dictature » de Chávez ou à exiger son renversement.
Hugo Chávez est le président légitimement élu du Venezuela et, en
termes diplomatiques, toute forme de déstabilisation organisée du
gouvernement vénézuélien par la « communauté internationale » à la
demande de Washington et sous prétexte de déficits démocratiques réels
(il y en a) ou imaginaires (il y en a aussi) serait une monstrueuse
hypocrisie. Car on ne verra jamais aux États-Unis ou en Europe ce même
genre de campagne politico-médiatique systématique et soutenue contre
le gouvernement du président égyptien Moubarak, par exemple, un régime
à façade pseudo-démocratique qui, pour le coup, est cent fois plus
autoritaire et répressif – sauf qu’il s’agit bien entendu d’un allié
docile et discret de l’Occident. Je ne suis pas non plus en train de
dire que Chávez est « fini ». Le leader vénézuélien est un formidable
animal politique, il a du temps devant lui et plus d’un tour dans son
sac, sans compter qu’il dispose évidemment de ressources énergétiques
et financières exceptionnelles. Il a lui même avoué publiquement, et
avec une candeur hallucinante, qu’il était tout à fait conscient en
2003 qu’il allait perdre le référendum révocatoire réclamé par
l’opposition (et qui fut finalement convoqué en août 2004) et que, sur
les conseils et avec l’aide de Fidel Castro, il avait mis le paquet
pour retourner la situation grâce au lancement des fameuses
« missions » bolivariennes [9].
Par ailleurs, son parti est celui qui a le plus fort taux de
pénétration au sein des masses populaires, tandis que l’opposition est
divisée, généralement médiocre et dénuée d’idées porteuses et de
personnalités charismatiques crédibles. Simplement, ce que je veux
dire, c’est que la révolution bolivarienne ne fait plus trop rêver, ni
au Venezuela ni ailleurs, qu’il y a d’excellentes raisons à ce
désenchantement et qu’on a là les prémisses d’une crise de légitimité
dont les premiers symptômes sont déjà manifestes depuis au moins fin
2007.

"Ce que je veux dire, c’est que la
révolution bolivarienne ne fait plus trop rêver, ni au Venezuela ni
ailleurs (et) qu’il y a d’excellentes raisons à ce désenchantement."



Le problème c’est qu’effectivement, entre les
dénonciations libérales hystériques de la menace « totalitaire »
chaviste dans la presse dominante et les fables enchantées sur la
huitième merveille autogestionnaire du monde qu’on rencontre dans
certains médias de gauche ou alternatifs, vous aurez du mal à trouver
des analyses sérieuses et informées de ce processus complexe. Pour
conclure sur ce point, je voudrais aussi ajouter une chose. S’il est
vrai qu’on aimerait bien entendre les obsédés de l’antichavisme
dépenser autant de bile contre certains satrapes amis de l’Occident et
nettement plus antidémocratiques que Chávez, il faut bien dire que la
mauvaise foi géopolitique et le regard hémiplégique ne sont nullement
le monopole de la droite ou de la gauche molle sociale-libérale. Un
exemple : j’imagine que les inconditionnels français de Chávez
trouvent, comme beaucoup de gens, que la nomination du fils de Sarkozy
à la tête de l’EPAD est pathétique et répugnante (elle l’est) ; mais je
me demande pourquoi ils gardent silence sur les exploits du père de
Chávez, un instituteur démocrate-chrétien qui n’est pas plus
« socialiste » que mon arrière-grand-père (un sympathique gendarme à
cheval, paix à son âme…) et a été pendant dix ans – 1998-2008 –
gouverneur de l’état de Barinas, qu’il s’est employé gaillardement à
mettre en coupe réglée avec tout le reste de sa petite famille [10].
Je suppose que tout ça est excusable parce que c’est au nom de la
« révolution ». On pourrait citer des dizaines d’exemples de ce genre
de pantalonnades « bolivariennes ». Je ne sais pas non plus ce que
penseraient les syndicalistes de lutte français d’un gouvernement
bolivarien qui favorise la flexibilisation du travail à travers une
inflation de « coopératives » largement factices ou sous perfusion, se
refuse a répondre aux demandes de renégociation de plusieurs dizaines
de conventions collectives de travailleurs du secteur public, et dont
le chef menace ouvertement les ouvriers des entreprises d’État
mobilisés pour leurs revendications de leur lancer aux trousses la
police politique du régime [11].


La vérité, c’est que s’ils avaient à les vivre dans
leur propre pays au jour le jour, la plupart des thuriféraires français
ou européens de Chávez ne supporteraient pas plus de deux ou trois mois
l’écrasante ubiquité politico-médiatique et la logorrhée parfois
pittoresque mais bien souvent ignare et insultante du « commandant en
chef ». L’histrionisme et le caporalisme narcissiques du leader suprême
seraient certainement perçus de ce côté de l’Atlantique par la base de
la « gauche de la gauche » comme tout à la fois clairement autoritaires
et de fort mauvais goût ; mais sans doute d’aucuns estiment-ils que
tout cela est parfaitement supportable par ces braves habitants du
tiers monde, qui ne sont pas comme nous, n’est-ce pas ? C’est vrai,
quoi, eux ils font la « révolution », et nous on s’ennuie ferme dans la
Sarkozie et le NPA n’arrive même pas à vraiment décoller pour nous
consoler. Alors voilà ce que j’ai envie de dire à tous les bolivariens
par procuration de France et de Navarre, qui sont certainement au fond
des gens fort bien intentionnés : « révolution », que de fantasmes
exotiques compensatoires et d’hypocrisie idéologique on laisse se
déployer en ton nom !

"L’histrionisme et le caporalisme
narcissiques du leader suprême seraient certainement perçus de ce côté
de l’Atlantique par la base de la ’gauche de la gauche’ comme tout à la fois clairement autoritaires et de fort mauvais goût."



Passons au pays de Lula qui, de
manière globale, semble hausser le ton sur la scène régionale comme
mondiale. Le Brésil cherche-t-il à se positionner comme la puissance
dominante du continent ? Est-il en concurrence de « leadership » politique avec le Venezuela, voire l’Argentine ou le Chili ?


La montée en puissance du Brésil n’est pas nouvelle,
mais ce qui est nouveau c’est qu’au cours des derniers mois, elle s’est
affichée de façon assez voyante, alors que ce qui caractérise
d’habitude la diplomatie brésilienne est plutôt une certaine
discrétion. Cette visibilité est bien entendu liée à l’accélération du
calendrier diplomatique, avec une conjoncture assez dense et critique
(crise internationale, consolidation du G 20, bases colombiennes,
Honduras, etc.). Mais je crois aussi que si Brasilia se permet de
s’affirmer avec tant de force sur la scène internationale, c’est en
raison d’un sentiment de confiance lié à la situation intérieure.
Jusqu’à il y a à peine quelques mois, le choc de la crise économique et
financière internationale laissait redouter le pire pour le pays de
Lula. De fait, le quatrième trimestre 2008 avait mis un sérieux coup
d’arrêt à une croissance qui flirtait avec les 6 %. En trois mois,
l’activité avait chuté de près de 4 % et provoqué une hausse brutale du
chômage. Mais un an plus tard, les indicateurs sont au beau fixe et le
Brésil paraît avoir dompté à la crise grâce à une série de facteurs
externes, comme la relative rapidité de la reprise chinoise, mais aussi
grâce à la solidité des paramètres internes, le dynamisme de son marché
intérieur, la mise en œuvre de mesures contra-cycliques adéquates et le
renforcement de la politique sociale. Avec 1,5 millions de postes de
travail créés en 2009, non seulement il est prévu que le déficit
d’emplois accumulé fin 2008 soit entièrement comblé, mais tous les
secteurs de l’économie, de l’industrie aux services sont en train de
corriger leurs prévisions à la hausse et le pays anticipe une
croissance de 5 % pour 2010. Sans compter la découverte récente
d’immenses réserves maritimes de pétrole dans les eaux territoriales
brésiliennes (on les estime entre 60 et 100 milliards de barils, soit
au moins près de six fois le montant des réserves antérieures).


Bien entendu, non seulement le Brésil reste encore un
pays marqué par de très profondes inégalités et par un taux de violence
urbaine inquiétant, mais certaines caractéristiques structurelles de
son économie, comme la dépendance excessive à l’égard d’un secteur
agro-exportateur hautement concentré et capitalistique – une dépendance
dont le Mouvement des Paysans sans Terre critique vigoureusement la
logique et les conséquences sociales – sont porteurs de menaces et de
déséquilibres graves. Cela dit, les progrès réalisés en huit ans de
mandat de Lula restent notables. Des programmes sociaux comme la
fameuse « Bolsa Família », mais aussi des mesures d’amélioration des
infrastructures économiques et sociales moins connues a l’étranger
comme le Programme d’Accélération de la Croissance (PAC) ou le plan Territórios da Cidadania
(Territoires de la Citoyenneté), ont eu un impact très important dans
le niveau et la qualité de vie de dizaines de millions de brésiliens.
Outre la très forte identification sociale et émotionnelle qui existe
entre président métallo et les couches populaires, cela explique que
Lula soit aujourd’hui de loin le chef d’État le plus aimé du continent
sud-américain : entre 70 % et 84 % d’indice de popularité selon les
enquêtes.

"Lula est aujourd’hui de loin le chef d’État le plus aimé du continent sud-américain."



Alors oui, le Brésil se permet de « hausser le ton ».
Cela se manifeste sur le plan économique, avec des mesures de
représailles commerciales contre les États-Unis, à qui Brasilia
reproche la concurrence déloyale que constituent les subventions
(illégales d’après les règles de l’OMC) versées à leur secteur agricole
cotonnier. En août dernier, les Brésiliens ont annoncé qu’ils
entendaient autoriser leurs entreprises pharmaceutiques à contourner
les brevets américains et à produire des médicaments génériques moins
coûteux. Il faut dire qu’en mars 2009, la Chine a pour la première fois
remplacé les États-Unis comme premier partenaire commercial du Brésil
et que des contrats majeurs ont été signés récemment entre les deux
pays (avec la Banque nationale de Développement social brésilienne
[BNDES], avec la compagnie pétrolière nationale Petrobras, etc.). Ce
qui aide probablement au moment d’affronter – poliment mais fermement –
telle ou telle orientation de Washington.


Ce ton plus ferme se manifeste aussi sur le plan
géopolitique et militaire. Lors de la réunion de l’UNASUR (Union des
nations sud-américaines) à Bariloche, fin août 2009, Brasilia a exprimé
de façon assez vigoureuse son extrême irritation face à l’annonce par
la Colombie de l’installation des sept bases américaines sur son
territoire. De fait, à Bariloche, selon les témoins, c’est Chávez qui
fournissait le spectacle, comme d’habitude, mais c’est le Brésil qui
rédigeait et contrôlait un scénario peu encourageant pour Bogotá et
Washington. Une semaine plus tard, Brasilia signait avec la France le
contrat d’armement le plus important de son histoire : 36 avions de
chasse Rafale (près d’un quart de sa flotte actuelle) et, en
perspective, sous-marins, frégates, hélicoptères, missiles, etc. Bien
entendu, ce contrat n’est pas tombé du ciel : il est l’aboutissement de
plusieurs années de dures négociations où le Brésil a exigé, et obtenu,
que Paris ne mette aucune limite aux transferts de technologie,
collabore dans la construction d’une usine de fabrication de Rafale
brésiliens, concède à Brasilia le droit de les commercialiser en
Amérique latine et s’engage à acheter les avions de transport militaire
KC-390 produits par la firme Embraer (Entreprise brésilienne
d’Aéronautique). Les Brésiliens se sont aussitôt fait un plaisir
d’insister sur le fait que, malgré leurs intentions totalement
pacifiques, il était temps pour leur pays de se faire respecter, en
allusion directe et transparente au contentieux avec la Colombie et son
parrain étatsunien. Et la position de Brasilia à propos du Honduras est
assez nette – elle s’est manifestée sans ambiguïtés dans l’intervention
de Lula à l’Assemblée générale des Nations Unies – et vise clairement à
forcer la main à Washington.






Plus globalement, à l’occasion de la visite de Sarkozy
à Brasilia, le ministre des Affaires étrangères Celso Amorim a expliqué
que son pays partageait avec la France des « intérêts similaires au niveau de la géopolitique mondiale », dont la « vocation de défendre le multilatéralisme ».
Quant à l’alliance trilatérale Sud-Sud avec l’Inde et l’Afrique du Sud
(dite IBSA), elle répond, toujours selon Amorim, à une « affinité de conditions économiques et de valeurs » entre « trois grandes démocraties multiculturelles » qui souhaitent rompre « les paradigmes traditionnels de la politique internationale ».
Y a-t-il par ailleurs concurrence de leadership dans le cadre
latino-américain lui-même ? Le Chili, obnubilé par son développement
économique et plutôt tourné vers le Pacifique et les États-Unis, est un
pays de seulement 17 millions d’habitants qui n’a aucune prétention de
ce côté-là. L’Argentine en a près de 40 millions, mais elle est
considérablement affaiblie et partiellement désindustralisée depuis la
crise du tournant du siècle et se résigne à contre-cœur à ne plus guère
nourrir d’ambitions internationales substantielles. Et franchement,
entre le Venezuela, pays mono-producteur de 26 millions d’habitants, et
le géant brésilien (186 millions d’habitants, neuvième économie
mondiale), qui représente la moitié de la population et du PIB de
l’Amérique du Sud et fabrique des avions et des ordinateurs, il n’y a
pas photo – et ce quel que soit le degré d’agitation de Chávez sur la
scène internationale. De toutes façons, vous savez, politiquement,
Chávez a besoin de Lula, qui a contribué à lui sauver la mise en
l’approvisionnant pendant la grève pétrolière de 2002-2003 et joue un
peu le rôle d’« amortisseur » – dans les deux sens – entre Caracas et
Washington. Lula, pour sa part, n’a nullement besoin de Chávez.






Notes


[1] A noter, Marc Saint-Upéry est également journaliste (Politis, Vacarme, Mouvements...),
éditeur et traducteur (il a traduit, entre autres, Mike Davis, Robert
Fisk, les Yes Men, notamment à La Découverte et aux Prairies
Ordinaires).


[2]
En Équateur, Marc Saint-Upéry a ainsi contribué à des ateliers de
formation d’activistes paysans et indigènes et soutenu des formations
politiques progressistes locales.


[3] « Dix
ans de vie en Amérique du Sud, quatre ans de voyages, des dizaines
d’échanges impromptus et d’entretiens prémédités, des milliers de pages
lues ont fourni la base de ce travail. », explique-t-il également en introduction.


[4] Par mail, évidemment.


[5] Franck Poupeau, Carnets boliviens 1999-2007. Un goût de poussière, Aux Lieux d’être, Montreuil, 2008.


[6] Chávez, Correa et Morales.


[7] Luis Ángel Barreto, « No más arrogancias. Miremos hacia adentro, por favor », 6-12-2007, article disponible (en espagnol) ici.


[8] Roberto Viciano Pastor, « Venezuela y sus contradicciones », Diagonal, n. 91, 11-12-2008, l’article en espagnol est ici.


[9] Je cite cette confession assez stupéfiante aux pages 111 et 112 de mon livre. Un extrait : « On
est venu me dire : ‘Président, si le référendum avait lieu aujourd’hui,
vous perdriez.’ Ça a fait sur moi l’effet d’une bombe… C’est à ce
moment-là que nous avons commencé à travailler avec les missions, nous
avons conçu la première et j’ai demandé son aide à Fidel. Je lui ai
dit : ‘Ecoute, j’ai une idée, attaquer par en bas de toutes nos forces.’ »


[10]
L’état de Barinas est la terre natale de Hugo Chávez, au sud-ouest du
pays. Quatre des cinq frères du président, Argenis, Aníbal, Adleis et
Narciso, occupaient également pendant cette même période des postes
clés dans l’administration ou l’économie locale. Quant au cinquième
frère Adán, ex ministre de l’éducation, il a succédé à son père au
poste de gouverneur suite à sa nomination fort opportune comme candidat
local du PSUV.

[11] « Les propos du président Chávez sont une déclaration de guerre contre les travailleurs »,
s’indignait ainsi en mars 2009 Orlando Chirino, vieux combattant du
syndicalisme de luttes de classes au Venezuela et animateur de l’Union
nationale des Travailleurs (UNT). Cf. cet article


Et encore un livre que je devrais lire! Smile
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Dim 24 Jan - 23:25

spike a écrit:Raoul Vaneigem: "Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations".

Est-ce-que des personnes l'ont lu ici, car j'ai quelques questions?

La première: il dit que les gens sont alliés par le capitalisme, et qu'ils ne sont pas heureux, qu'ils se sont perdus....
Mais comment sait-il ça?
Peut être que es gens sont heureux avec le capitalisme?
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Lib le Lun 25 Jan - 13:00

En ce moment je suis en train de lire un intégrale en BD.

" Le Prince de la nuit, le cycle des Rougemont" de SWOLFS aux édition Glénat.

Que lisez-vous en ce moment? 9782723453424

"...Les démons que vous pourchassez sans relâche, sont peut être tapis dans quelque recoin de votre âme..."

Et "ROHEL" de Pierre Bordage. De la science fiction. Very Happy

_________________
"Quiconque a un jour bloqué une rocade assez longtemps pour entendre à nouveau le chant des oiseaux sait bien quelle sinistre vie s’interrompt avec le blocage de l’économie."
Lib
Lib

Messages : 1691
Date d'inscription : 16/05/2009

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Mar 26 Jan - 0:10

Je l'ai lu la BD elle est bien!
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Eikkichi le Mar 26 Jan - 11:42

Je viens de finir le dernier livre de Stéphane Guillon "On m'a demandé de vous calmer".

Tout simplement un recueil de ses meilleures chronique sur france inter, ou la médisance et l'ironie donnent un comique hors norme à un humour noir Desprogien!!
Mon avis : hilarant!!
Eikkichi
Eikkichi

Messages : 8
Date d'inscription : 03/01/2010

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  niouze le Jeu 25 Fév - 14:56

je suis en train (donc pas finit mais sa devrait tarder a la vitesse ou je devore se bouquin ) de lire :le capital humain de jean marc rouillan

un super bouquin pour moi l'equivalent XXI eme siecle de germinal
celui nous livre tout de la condition de detenu a celle d'ouvrier en usine a risque , de l'espoir perdu des lendemain qui chante a la solidarité ouvriere un super bouquin du coup apres je pense que je vait rechercher celui donner par niark niark dans ce post
Présentation de l'éditeur
Le matricule 1829, alias Toxic, a enfin obtenu sa conditionnelle. Le monde, après plus de dix ans de taule, n'est plus guère comme il l'avait quitté. Mais sa rage est intacte : ce boulot dans une usine classée " Seveso ", cette piaule dans un foyer - si semblable à sa cellule -, sa condition d'intérimaire, tout cela n'est là que pour attendre le dernier coup : le coffre d'un bourgeois en or massif. Après ce sera les Caraïbes, la vie douce... C'est compter sans... les autres, ceux contre lesquels il s'était tant blindé. Ces ouvriers ne sont pas tous les moutons bêlants qu'il s'imaginait. Eux aussi ont leur histoire qui pourrait paraître dérisoire si elle n'était pas si attachante. La camaraderie pointe son nez comme une pousse de verdure dans ce sol brûlé par les acides. Puis le sourire confiant de Louise. Peu à peu, Toxic redevient Patrick Branly et se prend à y croire. Jusqu'au jour où... l'occupation de l'usine est votée par des ouvriers prêts à tout.

_________________
"Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça." coluche
niouze
niouze

Messages : 5054
Date d'inscription : 18/05/2009

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Jeu 25 Fév - 15:51

niouze a écrit:je suis en train (donc pas finit mais sa devrait tarder a la vitesse ou je devore se bouquin ) de lire :le capital humain de jean marc rouillan

un super bouquin pour moi l'equivalent XXI eme siecle de germinal
celui nous livre tout de la condition de detenu a celle d'ouvrier en usine a risque , de l'espoir perdu des lendemain qui chante a la solidarité ouvriere un super bouquin du coup apres je pense que je vait rechercher celui donner par niark niark dans ce post
Présentation de l'éditeur
Le matricule 1829, alias Toxic, a enfin obtenu sa conditionnelle. Le monde, après plus de dix ans de taule, n'est plus guère comme il l'avait quitté. Mais sa rage est intacte : ce boulot dans une usine classée " Seveso ", cette piaule dans un foyer - si semblable à sa cellule -, sa condition d'intérimaire, tout cela n'est là que pour attendre le dernier coup : le coffre d'un bourgeois en or massif. Après ce sera les Caraïbes, la vie douce... C'est compter sans... les autres, ceux contre lesquels il s'était tant blindé. Ces ouvriers ne sont pas tous les moutons bêlants qu'il s'imaginait. Eux aussi ont leur histoire qui pourrait paraître dérisoire si elle n'était pas si attachante. La camaraderie pointe son nez comme une pousse de verdure dans ce sol brûlé par les acides. Puis le sourire confiant de Louise. Peu à peu, Toxic redevient Patrick Branly et se prend à y croire. Jusqu'au jour où... l'occupation de l'usine est votée par des ouvriers prêts à tout.

Tous les écrits de JMR sont intéressants.
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Invité le Jeu 25 Fév - 19:19

Et magnifiquement écrits...
avatar
Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  niouze le Jeu 25 Fév - 20:19

sa y est l'est fini vraiment tres tres beau bouquin je reste sur mon impression citer plus haut (germinal du XXI eme siecle) et comme dit par nyark vraiment bien ecrit il arrive par le biais de ses personnages pourtant fictif a faire bien plus que n'importe quel bouquin de théorie revolutionnaire sans compter qu'en plus on pourrait presque croire a du vecu !!

_________________
"Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça." coluche
niouze
niouze

Messages : 5054
Date d'inscription : 18/05/2009

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Jeu 25 Fév - 22:41

Bah je pense que y a beaucoup de vécu dedans....
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Mer 7 Avr - 13:28

Moi je lis: "Sweet Soul Music" de Peter Guralnick. Livre très complet sur la Soul Sudiste.
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Lib le Sam 10 Avr - 14:56

Ben moi, je reste dans du classique du genre, je me replonge dans du King avec "dreamcatcher". Rien de transcendant mais agréable à lire.

_________________
"Quiconque a un jour bloqué une rocade assez longtemps pour entendre à nouveau le chant des oiseaux sait bien quelle sinistre vie s’interrompt avec le blocage de l’économie."
Lib
Lib

Messages : 1691
Date d'inscription : 16/05/2009

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Goeland60 le Lun 12 Avr - 22:14

>>> "Dreamcatcher" : j'ai vu le film (mais pas lu le livre). La première moitié est excellente (ambiance...). Mais je trouve que ça devient ensuite un peu moins prenant (malgré des bonnes choses).

? ?
Goeland60
Goeland60

Messages : 92
Date d'inscription : 03/04/2010

http://anarchisme-vert-anarcho-primitivisme.blogspot.com/

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Goeland60 le Lun 12 Avr - 22:16

>>> "Le capital humain" de JM Rouillan : vos posts donnent envie de le lire !!

Je viens de commencer le tome 1 de ses "Mémoires" (Toulouse dans les années 70).
Goeland60
Goeland60

Messages : 92
Date d'inscription : 03/04/2010

http://anarchisme-vert-anarcho-primitivisme.blogspot.com/

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Guantar le Dim 2 Mai - 2:11

Je suis en train de lire "Le premier cercle" de Soljenitsyne. Un peu long (800 pages format poche) mais très très bon, d'une grande qualité.
L'histoire (le début, puisque j'en suis qu'à la moitié du bouquin) : des scientifiques soviétiques emprisonnés dans une prison "haut de gamme" - ils ont à manger tous les jours ! - et ultra-secrète, et passent leurs journées sur des travaux confidentiels... On visite toute la hiérarchie soviétique, du simple prisonnier enfermé 15 ans pour rien jusqu'à Staline.
Bref, c'est du Soljenitsyne, il s'y connait puisqu'il a goûté lui-même aux joies du Goulag. C'est du bon et je le recommande chaudement. Ce qui m'a déconcerté ? Le très grand nombre de personnages récurrents (une vingtaine pour l'instant), mais je m'y fait.
Guantar
Guantar

Messages : 33
Date d'inscription : 01/05/2010

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Invité le Mar 4 Mai - 12:15

Actuellement le dernier roman de
Nick Cave "Mort de Bunny Monro" (je croyais qu'il en avait écrit plus
que ça ; en fait il ne s'agit que du 2è). Vous oubliez tout ce que vous connaissez du génial musicien et chanteur de "Birthday Party" et des "Bad Seeds" et vous vous laissez emporter... Ou pas !
Que lisez-vous en ce moment? 418xCDFZ0SL._SL500_AA300_

Déjanté, désespéré et hilarant, le road movie d'un
père veuf et érotomane et de son fils de 9 ans, à travers une Angleterre
grise et terne. On ne peut qu'adorer ou détester, être indifférent
c'est impossible.
avatar
Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Guantar le Mer 12 Mai - 22:47

Ai fini "Le premier cercle" de Soljenitsyne. A vrai dire, un des meilleurs livres que j'ai jamais lu, qui rend très bien compte de l'URSS stalinienne : une bureaucratie tortueuse & sans pitié, où, à toutes les échelles, chacun est menacé...
Guantar
Guantar

Messages : 33
Date d'inscription : 01/05/2010

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Ven 14 Mai - 15:21

Guantar a écrit:Ai fini "Le premier cercle" de Soljenitsyne. A vrai dire, un des meilleurs livres que j'ai jamais lu, qui rend très bien compte de l'URSS stalinienne : une bureaucratie tortueuse & sans pitié, où, à toutes les échelles, chacun est menacé...

Mais en fait c'est un "roman historique" non?
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Guantar le Ven 14 Mai - 17:24

Hmm, semi-historique, parce que l'intrigue est fictive, ainsi que les personnages (à part Staline & Abakoumov), mais la prison, son fonctionnement, le quotidien des prisonniers, etc., tout ça est véridique puisque Soljenitsyne a été emprisonné dans ces prisons-là.
Guantar
Guantar

Messages : 33
Date d'inscription : 01/05/2010

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Invité le Dim 16 Mai - 0:06

Je connaissais Valerio Evangelisti pour "Nous ne sommes rien, soyons tout" que tout le monde ou presque avait aimé... sauf moi. Je n'avais jamais lu sa saga fantasy consacrée à "Nicolas Eymerich, l'inquisiteur". Je viens de tomber dedans et je crois que je ne suis pas près d'en sortir :


L’Inquisiteur à remonter le temps



Que lisez-vous en ce moment? Evangelisti.inquisit.rondValerio EVANGELISTI, pour se faire une idée, c’est l’équivalent de Pierre BORDAGE en Italie : un auteur reconnu, plein de succès et de lecteurs.

Mais jamais BORDAGE n’a publié un feuilleton fantastique dans les pages du Monde... alors que EVANGELISTI lui a eu le privilège d’être le premier auteur du genre publié dans les page de La Republica, le grand quotidien transalpin.

Même s’il a commencé par écrire des essais historiques, EVANGELISTI doit ce succès auprès du grand public à un
personnage fictif, sorti de son imagination : Nicolas Eymerych, inquisiteur sans peur et sans scrupule. Il le place dans des situations cauchemardesques, aux carrefours de l’espace-temps, aux prises avec des énigmes qui débouchent
dans son XIVème siècle mais qui prennent souvent leurs racines dans l’avenir...

Avec ce qu’il faut de fausses pistes et de parallèles spatio-temporels, les enquêtes d’Eyemerich se lisent comme des polars : on cherche à percer le mystère, on fait des rapprochements, et tout s’éclaircit à la fin... La série lui a valu en France le Grand Prix de l’Imaginaire en 1988.

EVANGELISTI n’a pas réinventé la science-fiction, mais la finesse de sa plume, l’astuce des intrigues - l’auteur est diplômé de Sciences politique, cela se sent - nous promet de beaux romans. Et en attendant, les aventures de l’Inquisiteurs se lisent avec plaisir.

BIBLIOGRAPHIE CHOISIE

LA SERIE DE NICOLAS EYMERICH, L’INQUISITEUR

La série compte à ce jour 8 volumes, publiés aux ED. PAYOT /RIVAGE etPOCKET FANTASY


  • "Nicolas Eymerich, l’Inquisiteur" ["Nicolas Eymerich inquisitore", 1993]
  • "Les Chaînes d’Eymerich" ["Lecatene di Eymerich", 1995]
  • "Le Corps et le sang d’Eymerich" ["Il corpo e il sangue di Eymerich", 1996]
  • "Le mystère de l’Inquisiteur Eymerich" [" Il mistero dell’inquisitoreEymerich", 1996]
  • "Cherudek" ["Cherudek", 1997]
  • "Picatrix : l’échelle pour l’Enfer" ["Picatrix, la scala per ’inferno", 1998]
  • "l castello di Eymerich", 2001
  • "Mater terribilis", 2002
Que lisez-vous en ce moment? Evangelisti.InquisiteurNicolas Eymerich est un personnage historique, un Inquisiteur dominicain né en 1320 à Gérone,
dont EVANGELISTI a fait un personnage cruel et brutal, mettant son extraordinaire intelligence et son esprit de déduction au service de l’Eglise catholique.

Ainsi, dans le premier volume, "Nicolas Eymerich, l’Inquisiteur", Nicolas Eymerich, ambitieux pourfendeur des ennemis de la chrétienté, qui vient d’être nommé Grand inquisiteur de Bologne, se heurte à de mystérieuses apparitions de nourissons bicéphales et à des rites païens célébrés en pleine campagne...

Tout l’intérêt des romans réside dans la progression parallèle de plusieurs récits qui in fine s’expliquent les uns les autres : l’enquête de l’inquisiteur contre ce qu’il juge être des actes de sorcellerie, l’aventure d’un vaisseau d’exploration un peu spécial en l’an 2010, et le journal d’un scientifique de notre époque.

C’est intelligent, bien mené, original.


Que lisez-vous en ce moment? Evangelisti.ChainesEymerich

Dans le second volume, voici Eymerich aux prises avec un village talien où rôdent de curieux monstres semi-humains et où quelques réfugiés Cathares pourraient bien se cacher...

Mais les expériences génétiques que certains scientifiques nazis mènent en Amérique du Sud pourraient bien éclairer l’affaire sous un autre jour... Tout comme l’enquête d’une jeune journaliste de Libérationdans les charniers roumains de l’après Ceaucescu...
Qui plus est, le traducteur en est Serge Quaddrupani, lui-même auteur de polars très noirs et certainement le meilleur traducteur actuel de l'italien pour ce que je peux en juger.
Par la même occasion, si je ne l'avais déjà fait, je vous mets le lien d'un site particulièrement intéressant pour les amateurs de sf et de fantastique en général :

Le Cafard cosmique
avatar
Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Lib le Dim 16 Mai - 11:43

J'ai lu le premier tome quand il est sorti et j'avais bien aimé.

_________________
"Quiconque a un jour bloqué une rocade assez longtemps pour entendre à nouveau le chant des oiseaux sait bien quelle sinistre vie s’interrompt avec le blocage de l’économie."
Lib
Lib

Messages : 1691
Date d'inscription : 16/05/2009

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  spike le Ven 21 Mai - 18:34

"Transe de mort" de Graham Masterton, mais il a déjà fait mieux...
spike
spike

Messages : 3721
Date d'inscription : 19/05/2009

http://anarchietotale.free.fr

Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Invité le Sam 22 Mai - 10:57

De Masterton j'avais surtout aimé "Le Complot Sweetman" et "Génie maléfique" où il faisait preuve d'un sens dramatique certain, bien que sa manie d'accumuler les morts violentes vire un peu au procédé.
Sinon, j'en suis au volume 2 des aventures de ce salopard d'inquisiteur Eymerich et 2 Christopher Moore :


Que lisez-vous en ce moment? Arton6917 et Que lisez-vous en ce moment? Arton14896
et si vous ne l'avez jamais le cultissime "Lézard lubrique de Melancholy Cove", hilarant, déjanté, le type de roman qui devrait être remboursé par la sécu...
Que lisez-vous en ce moment? 51TPC2560YL._SL500_AA300_
avatar
Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Que lisez-vous en ce moment? Empty Re: Que lisez-vous en ce moment?

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 5 1, 2, 3, 4, 5  Suivant

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum