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Réflexion sur l'idée de justice.

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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Lib le Sam 27 Aoû - 12:39

Non. Le crime (quel qu'il soit) est impuni pour une certaine partie de la société.
Il suffit de regarder les journaux pour s'en rendre compte, on ne touche pas aux diplomates, on les changes de poste, voilà une putain de sanction.
C'est ce que je disais dans un post précédent, la plèbe trinque pendant que les dirigeants boivent.

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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Invité le Sam 27 Aoû - 12:53

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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Paz le Sam 27 Aoû - 15:58

C'est toujours compliqué la question de la sanction pour des libertaires, et c'est pas un mal d'ailleurs car il y a bien là question éthique, et question à débats et discussions. Et d'ailleurs je parle de décisions collectives, et en démocratie directe la prise de décision se discute avant. Et evidemment GM à raison de poser en exemple ce qui montre bien que chaque cas ne pourrait complètement rentrer dans des grilles d'interprètations et échelles de sanctions toutes faites. Dans un premier temps, parce qu'il n'est pour moi pas question de justice expéditive, il y aura par contre la notion de protection qui doit être déterminante sur la question sanction, car il s'agira bien de protèger la victime, si elle est encore vivante, et les victimes potentielles s'il s'agit d'un cas soit politique (ennemi(s) de la révolution sociale, exploiteur, oppressseur, terme dans lequel je range les violences faites aux femmes et aux autres, les maltraitances aux enfants et aux autres, etc...), soit plus généraux (jalousie sociale et individuelles, vols, problèmes de voisinage, etc...) soit pathologique, et dans ce domaine la protection de la personne actrice des faits reprochés entre aussi en compte, car il y a même des personnes qu'il faut protèger d'elle même et des symptomes parfois aussi autodestructeurs de certaines pathologies. Et c'est pour cela que déjà je faisais la part des choses plus avant et notamment sur ces questions psy.

Et éducation, socialisation, voir suivi thérapeutique, sont des éléments bien plus importants que la seule sanction qui n'a pour but que de réaffirmer les règles collectives à ne pas enfreindre, et une forme de coercition collective qui doit s'exercer sans que punition prenne le pas sur éducation.
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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  spike le Sam 27 Aoû - 19:41


Et d'ailleurs je parle de décisions collectives, et en démocratie directe la prise de décision se discute avant.

Voilà pourquoi, selon moi, aujourd'hui la justice n'est pas équitable. Aujourd'hui la justice est rendu par un petit groupe de citoyens privilégiés à cause de leur situation sociale, et pour lui donner un air respectable et populaire on désigne des citoyens qui ne peuvent pas refuser de juger une personne qui leur ai totalement inconnue...
Tant que la justice actuelle sera la justice des riches elle ne sera pas équitable!
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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Invité le Sam 27 Aoû - 23:50

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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  spike le Dim 28 Aoû - 0:40

K a écrit:
spike a écrit: pour lui donner un air respectable et populaire on désigne des citoyens qui ne peuvent pas refuser de juger une personne qui leur ai totalement inconnue...
Je partage ton avis. Et dans quelques cas, parce que je suis pas habilité a faire des généralités, les choses sont plus graves encore. Tu parles des jury populaire... ceux qui interviennent (pour le moment uniquement) devant une cour d'assises. Il arrive dans certains cas que ces citoyens ne soient que des marionnettes inutiles... toutes décisions ayant été prises bien avant qu'ils se présentent. Il arrive des cas où les dés sont jetés bien avant que l'on offre aux "condamnés" ses derniers mots. Il arrive des cas... ou tout cela est une vaste farce.

En faisant mes recherches sur les prisons, je me suis aperçu que la majorité des détenus ont l'impression que leur procès fut une vaste blague. Donc je comprends totalement que tu es pu le ressentir de cette façon.
Cependant, comment es-tu sûr que les dés étaient pippés? Ne serais-ce pas juste une impression? De plus, ce n'est pas "palpable" pour quelqu'un qui n'a pas assisté au procès...
Je ne cherche pas à mettre ta parole en doute, ce que je veux c'est que tu analyses plus profondément cette situation.
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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Invité le Dim 28 Aoû - 1:11

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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Lib le Dim 28 Aoû - 3:03

K a écrit:

Je sais pas si je suis en mesure d'analyser les choses. Comme déja dit, quand tu es acteur d'un évenement, il me semble que ta vision est forcément partielle et donc un peu tronquée. Pour autant, pour les propos que je viens de tenir, il n'est pas besoin d'une analyse particulière pour savoir que ca va au delà d'une impression ou d'un ressenti.

Sans entrer dans des détails inutiles et sans intéret ici... il y a des affaires dont on connait le verdict avant même que la cour soit constituée... Est-ce que c'est un ressenti ? non.... debout dans un box... ton camarade de galère te souffle à l'oreille que l'avenir s'assombri avant même que les débats aient commencé. Parce qu'on sait déja tous que la décision a été prise. Les jurés ont servi pour le décor.... ils n'ont surement pas beaucoup ouvert la bouche au moment du soit-disant simulacre de délibéré. Est-ce que c'est une impression ? non.

Comment le sait-on ? parce que certaines choses ne trompent pas : une annonce précise des évenements avant qu'ils aient lieu... des quantums respectés au mois près.... et puis des acteurs que l'on va chercher uniquement pour leur profil.... ca suffit a prouver que ce que je dis est simplement la réalité.

Je l'ai dis... je parle pas en terme général : mais un cas n'est jamais vraiment isolé.

Tu le dis toi même, tu n'es pas en mesure d'analyser les choses, alors qu'est ce que tu cherches à faire en nous disant que le procès était fait d'avance. Une analyse peut être?

Les fois où j'ai eu à faire et affaire avec la dite justice, 99% du temps j'étais coupable et puni et le 1% qui reste, non coupable et puni par une annotation, je ne crie pas à l'injustice pour 1%, c'est dur d'encaisser c'est sur, mais j'assume entièrement les 99 autres %.

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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Invité le Dim 28 Aoû - 13:29

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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Groucho Marx le Dim 28 Aoû - 18:42

K a écrit:[On en revient au principe d'individualisation des peines... qui pour le coup, si on peut considérer qu'il est JUSTE..... est totalement INEGAL : puisque à même acte, deux sanctions différentes pourront être rendues.
ce qui est égal ici, est (devrait être) le traitement par la justice.
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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  spike le Mar 30 Aoû - 0:18


Déviance, punition en société anarchiste

Groupe Anarchiste Paris XVème

Le problème de la "déviance", de la "criminalité" dans une société libertaire, ainsi que les moyens d'y faire face pour nous anarchistes a une valeur centrale, dans la mesure où il se présente comme un cas limite ou prétendu tel.

Il t'agit en effet à travers cette question non seulement de répondre à un certain nombre d'objections que l'on peut qualifier de "vulgaires", mais aussi d'une manière plus générale de montrer la viabilité du projet anarchiste tout entier; c'est-à-dire d'une organisation sociétaire sans Etat ni loi ni aucune autre contrainte économique ou morale.

Certes nous sommes conscients que si, même une société anarchiste ne saurait se passer d'une certaine forme de contrôle social, elle ne pourrait pas pour autant tolérer en son sein des institutions ou des organismes de contrainte à caractère juridique ou non, sans se nier elle-même.

Contrairement aux autoritaires, nous considérons l'exercice de la plus grande liberté individuelle possible non seulement comme étant compatible avec les impératifs ou les exigences de la vie en société, mais encore comme étant une chose souhaitable et imprescriptible. Il serait cependant erroné de notre part de nous en tenir à ce constat.

Puisque toutes sociétés a ses déviants, et celle anarchiste ne saurait donc échapper à la règle, et que la protection des membres d'une collectivité humaine si ce n'est pas un devoir c'est au moins un droit, comment des individus ou des groupes se détendront des atteintes et des abus qui pourraient s'exercer contre eux ?

Faut-il quand même préconiser en toutes circonstances toute la liberté, toujours rien d'autre que la liberté, même pour ses ennemis ? Même pour ceux du prolétariat ou du genre humain ? Liberté pour tous ceux qui commettent des actes "antisociaux", pour les "monstres" aussi ?

Faut-il le laisser faire ou bien existera-t-il des sanctions ou des punitions ?

Et si oui, de quelle nature et pour quels motifs ?

Voilà des questions auxquelles on est tenu de répondre et pour lesquelles on ne peut pas se borner à rester dans le vague ou à s'en sortir avec des formules propagandistes à caractère général.

Plus que jamais nous pensons avec Fabri, Malatesta, Berneri (pour ne citer que ceux-là) que les problèmes de la construction d'une société libertaire doivent être affrontés de face, sans faux-fuyants, en s'efforçant de proposer dans la mesure du possible des solutions concrètes même si limitées, plutôt que de s'en remettre aux lendemains brumeux de la révolution sociale. Ainsi, tout travail qui s'efforce si peu soit-il d'apporter des matériaux nouveaux d'analyse ou des précisions dans ce but ne peut-être que le bienvenu.

Cependant, nous pensons aussi que dans cet exercice périlleux de réactualisation et d'approfondissement de la pensée libertaire, il faut garder l'esprit lucide.

Ainsi, en ce qui concerne la question de "la criminalité" (mais ce discours a à nos yeux une portée plus générale) il serait très dangereux de notre part, si par "excès de réalisme", "pour sortir de l'utopie"; que l'on finisse par proposer comme moyen pour "assurer la sécurité" des solutions qui en dernière analyse ne rompent pas fondamentalement avec les systèmes actuels de contrainte sociale.

La criminalité problème social

Le discours des anarchistes par rapport à la déviance peut être considéré comme étant à la fois riche en perspectives nouvelles de convivialité qu'il laisse entrevoir, mais relativement "pauvre" par rapport aux solutions pratiques qu'il fournit.

Traditionnellement, il faut reconnaître que celle-ci est une question qui a toujours soulevé dans nos rangs de délicats problèmes d'interprétation. Il serait sans doute possible, comme l'a fait, Marconi, un auteur italien, dans un livre paru il y a quelques années (1), de faire remarquer un certain nombre d'ambiguïtés et même parfois de constater l'existence de divergences à ce propos parmi les compagnons.

Schématiquement, on peut dire que les auteurs libertaires se sont toujours essentiellement efforcés de montrer d'un côté le caractère social, de la criminalité et de l'autre l'aspect inefficace, nuisible et contraignant de tout système coercitif à caractère pénal ou juridique. Aujourd'hui l'existence de mécanismes de répression ne fait que codifier-organiser la vengeance de la collectivité, mais elle est incapable de par sa nature, quelque soit d'ailleurs l'ampleur du châtiment infligé, de prévenir le crime ou de le supprimer. La punition que la société inflige aux déviants non seulement n'éduque personne, mais au contraire se révèle socialement nuisible.

Pour nous anarchistes, il ne saurait y avoir de meilleur remède contre la "criminalité" que de s'attaquer aux causes qui l'ont engendrée.

Le crime, ayant une origine sociale, une fois réformée la société et supprimée les causes intrinsèques de violence et de désordre, en tant que reflet de l'état des choses actuelles, est destiné à disparaître aussi.

N'existant plus dans une société libertaire, ni l'exploitation ni l'Etat, la plupart des motifs générateurs de crimes viennent à dépérir de lui-même. Par contre, il se créerait à la place, une société qui saurait trouver et développer des sentiments d'entraide et de coopération réciproques rendant ainsi superflu, par la pratique de la solidarité, toutes for. mes de contraintes institutionnelles.

Le traitement de la déviance

L'optimisme positiviste de cette approche s'accompagne dans les faits de la sous-estimation de la défense de la communauté libertaire tout court.

Ainsi, nous pensons que le problème de la déviance et des sanctions éventuelles que pourrait encourir des individus ou des groupes ayant commis des actes répréhensibles pour la communauté entière, ne sauraient être escamoté ou niées, et doivent être affrontées en tant que telles.

Cela dit, pour nous, le "traitement" du transgresseur et des moyens à mettre en oeuvre ne saurait se poser dans les mêmes termes que pour des autoritaires. Elle ne doit être abordée ni sous un angle juridique ni moral, mais tout au plus en terme de défense du corps social. Il ne s'agirait ni de punir ni de venger la société, mais seulement de faire en sorte que cessent les atteintes portées contre elle; c'est-à-dire en dernière analyse, du maintien des conditions permettant l'existence de la société libertaire.

Globalement on peut dire que la majorité des camarades qui se sont penchés sur la question ont mis l'accent surtout jusqu'à maintenant, sur des modalités de traitement de la déviance ou du déviant à partir de ce que l'on pourrait appeler des mécanismes de contrôle informel. Mécanismes visant à remplacer la peine ou le jugement par une sorte de pression morale exercée par tous les membres de la communauté. En bref, une gestion collective du contrôle de la transgression qui permet sa réabsorption ou sa prévention sans faire recours à aucune forme de coercition.

Cependant, s'en remettre dans ce domaine à tous et à personne, ou "à l'esprit d'initiative" des masses, n'est sans doute pas une solution tout à fait satisfaisante et qui se montrerait soit impraticable, soit passablement ambiguë puisqu'il faudra "prendre des mesures", qui s'en chargera, et à partir de quels critères ?

Certes des solutions concrètes peuvent et doivent déjà être élaborées mais pas n'importe lesquelles

Mes limites du néo-réalisme anarchiste

A cet égard, encore plus dangereux pour nous anarchistes serait, par soucis de coller à la réalité des choses, effrayés nous-mêmes par l'idée d'un déchaînement d'une " liberté sauvage ", de reprendre à notre compte, ou de rentrer dans une logique qui poursuivent d'une manière ou d'une autre les formes répressives du vieux monde.

Dans ce domaine, comme d'ailleurs dans tout autre, le danger majeur auquel nous, anarchistes, sommes exposés, ce n'est pas d'en faire trop, mais de ne pas en faire assez ! ... de reculer devant l'ampleur de la tâche, et de ne pas oser opérer le moment venu des réformes vraiment radicales qui se situent résolument au-delà d'une logique autoritaire quelconque.

Il s'agit en effet non seulement de supprimer les institutions juridiques actuelles (police, prison, magistrature, asile) mais plus encore de faire en sorte qu'ils ne se reconstruisent pas sous une forme à peine déguisée.

La sécurité est sans doute un désir légitime et un besoin primordial. Est-il nécessaire de faire remarquer que si nous sommes anarchistes c'est justement parce que la société telle qu'elle est à l'heure actuelle n'assure pas la sécurité de ses membres ? En aucun cas cependant nous ne pourrions nous faire les promoteurs, sous un prétexte quelconque, dans une société libertaire, du maintien ou de la constitution d'organismes spécialisés et stables auxquels seraient dévolus par la collectivité le rôle d'établir ou de rétablir l'ordre. De la même manière, il ne, saurait être question de maintenir des formes de fichage, même si limitées, même si temporelles.

A plus forte raison, une société anarchiste ne saurait tolérer l'existence de mesures ouvertement répressives à l'encontre d'individus dangereux ou jugés "irrécupérables", pouvant aller jusqu'à l'exclusion ou à la "ségrégation" du déviant. Un tel choix de traitement du "criminel", typique d'une société totalitaire, ne saurait même pas se concevoir pour nous, quelque soit l'ampleur du crime.

Pourquoi, en effet, une société libertaire, ayant fait table rase du passé, ne choisirait pas des modalités d'intégration de la déviance libertaire aussi. Proposer, par exemple, des "lieux de vie clos" pour remplacer la prison ou l'asile, serait, dans la bouche d'un anarchiste, un non-sens pernicieux.

Sans compter des images de lieux de vie clos (pour ceux qui ne peuvent pas être lâchés dans la nature) trop proches de nous pour qu'on s'attarde là-dessus, dans Le meilleur des mondes Huxley, il nous est donné une description assez convaincante de ce que pourrait être ces lieux de vie, où des gens "inassimilables" sont libres de faire ce qu'ils veulent, mais "au-delà de barrières sévèrement contrôlées".

On le sait, le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions. Mais, nous autres anarchistes, nous croyons justement avoir trouvé la clef des erreurs passées, présentes, et... futures, dans lesquelles ont encouru les réformateurs sociaux: ne pas avoir assez cru dans la liberté.

Et si contrôle social doit bien y avoir, celui-ci ne pourrait être que ponctuel, au coup le coup, selon les circonstances et les nécessités du moment, mais qui ne fasse appel à aucun mécanisme de ségrégation ou d'enfermement, même s'il prend l'allure d'un traitement "en douceur" ou de rééducation du déviant.

En effet, toute idée de "thérapie sociale", si généralisée présenterait, il nous semble, des risques très forts de manipulation de l'individu et ne pourrait donc être prise en compte en tant que telle. En plus, qu'on se le dise, il n'y a pas de véritable différence qualitative entre une thérapie fondée sur la peine et une à caractère socio-moral.

Il est évident cependant qu'une telle approche est loin d'épuiser la question. Puisque de toute façon, on ne réalisera pas la société anarchiste du jour au lendemain, l'idée de ce que l'on appelle "criminalité" doit disparaître avec les conditions bourgeoises qui l'ont engendrée, .et que donc, la société future ne devrait pas prévoir des modalités de défense contre les atteintes internes ou externes portées contre elle, est une chose dangereuse pour la survie de la révolution.

Qui est fou ?

En tout état de cause, nous pensons qu'un discours sur la déviance en société anarchiste ne pourrait se passer de l'analyse elle-même du concept de déviant; et avant de commencer par envisager les mesures appropriées à prendre, se demander à qui et pourquoi elles seront appliquées. En effet, qu'est-ce un déviant, un criminel dans une société sans classes ni Etats ? Déviant et criminel par rapport à quoi ?

Il ne faut pas oublier à cet égard qu'un acte ou un comportement est "déviant" dans la mesure qu'il porte atteinte à des valeurs communes. Les anarchistes devraient-ils sanctionner celui qui refuse le système de valeur libertaire, ou qui garde un souvenir trop vif de l'ancien régime ? Bien sûr que non !

Au fait, en parlant de besoin de sécurité, d'autodéfense du corps social et des moyens d'y pourvoir, les compagnons ne visent que les actes dits antisociaux. Parmi les "actes déviants" sont seuls jugés répréhensibles, ceux qui s'attaquent directement aux conditions mêmes de la vie sociale.

Faut-il cependant souligner comment il est difficile de donner une définition de ce qu'est une action antisociale et des dangers que de telles généralisations peuvent faire courir à la liberté individuelle tout court ?

Il existe bien entendu une sorte de seuil, de niveau minimal, d'atteinte portée- aux autres membres d'une collectivité (comme l'assassinat ou le viol, actes antisociaux par définition) au-delà duquel les intérêt de celle-ci sont en jeu et qui donc nécessite une réponse "appropriée" de sa part. Mais ce seuil de violence primaire, lui-même, et l'histoire est là pour nous l'enseigner, peut-être plus ou moins extensible. Malheureusement, il n'y a pas d'actes anti-sociaux en soi, et croire pouvoir circonscrire les comportements déviants (et la juste riposte de la société) au simple exercice direct et injustifié de la violence sur des êtres vivants ou sur des biens collectifs, n'est pas forcément un critère opérationnel.

Le problème de la sécurité en. société anarchiste n'est pas seulement de savoir comment se prémunir des fous, des sadiques déchaînés, des monstres. D'abord ils sont rares, et il ne mordent pas toujours !

En tout cas, leur traitement ne nécessiterait pas l'existence de corps spécialisés.

N'oublions pas non plus que chaque société a les monstres qu'elle mérite... alors ?

Aborder la question sous cet angle-là nous parait de toute façon une manière bien "réductive" de voir les choses. Le problème de la sécurité ne peut pas, en effet, être dissocié de celui de l'effort de construction de la société libertaire elle-même. Problème dynamique, se modifiant dans le temps, exigeant des réponses différentes selon les lieux, et qui mériterait à cet égard tout un développement particulier. Mais pour rester dans les limites de notre sujet, soulignons comment le vice caché de tous ceux qui raisonnent en ces termes est que tous partent de l'hypothèse ou donnent pour acquise l'existence d'une société libertaire "parfaite", harmonique dans le tout comme dans ses parties, une société en tout cas où toute forme, de conflits ou de déviance n'aurait plus de raisons "objectives" d'exister.

Par-là, on n'envisage les déviants, tous ceux qui commettent des actes anti-sociaux comme étant forcément des "déséquilibrés" auxquels il faut faire comprendre les raisons pour lesquelles ils se sont mis en contradiction avec eux-mêmes et leur environnement.

Le déviant de ce point de vue est forcément une anomalie et, il est donc "juste" et nécessaire que la société le traite en tant que tel.

Or raisonner à partir de telles abstractions n'a pas, pour nous, beaucoup de sens et ne peut que nous conduire dans la double impasse de "l'exclusion" ou du traitement du déviant dont nous avons montré les limites.

Le pari de la liberté

Toute société a ses déviants, ses luttes, ses violences et répétons-le, la société anarchiste aura aussi son lot à elle. Et nous pensons qu'il serait inutile et dangereux de courir derrière, ou de viser dans l'abstrait, la réalisation d'une société parfaite, "sans crime", dans la mesure où toutes les actions préventives ou coercitives, qu'on envisagerait, ne pourraient par définition résoudre quoi que ce soit.

La déviance n'est pas un simple résidu des contradictions actuelles, un "déchet" qu'il serait possible de réabsorber petit à petit. Convaincus avec Proudhon que le conflit, l'antagonisme, bref "le mal" ne sont pas forcément destinés à disparaître, la déviance ne peut pas, et ne doit pas être, considérée comme quelque chose allant à l'encontre de rapports sociaux libertaires et égalitaires.

Au contraire, nous pensons même que dans une certaine mesure une société anarchiste peut-être envisagée comme une société de "déviants"; c'est-à-dire qui s'appuie non pas sur l'adhésion passive de ses membres à un corpus de normes dites libertaires, mais qui fait de la transgression, de la valorisation de la diversité, à la fois le moteur et le ressort essentiel de toute la dynamique sociale libertaire. Une société qui au lieu d'exclure ou de marginaliser celui qui est en-dehors des normes, vit avec. Mieux encore, on pourrait dire qu'elle est fondée sur un état de déviance généralisée. De ce point de vue, nous pensons que l'on puisse parler de normalité de la transgression en société anarchiste et non pas d'anomalie.

Cela ne veut pas dire, bien entendu, qu'il n'y aurait de garantie d'aucune sorte et que chacun serait à la merci de l'autre. Mais le droit d'autodéfense de la société, la réaction légitime du corps social, ne pourrait se concevoir que si circonscrite, si possible, aux seuls domaines où il y aurait eu manquement à des engagements librement contractés.

Débarrassées de leur approche abstraite, ne devraient concerner à la limite que des questions pour lesquelles des individus ont contracté des engagement directs.

Il s'agirait de préconiser une sorte de modus vivendi sur des bases contractuelles et fédératives qui fixeraient ou délimiteraient les droits et devoirs de chacun. Pacte ou contrat desquels seraient exclus tout jugement moral et autour desquels il serait possible de réaliser un embryon de droit contractuel substituant le principe de la punition par celui de la restitution réparation des dommages provoqués.

De toute façon la seule force autorégulatrice de la société ne saurait être que la liberté elle-même.

ous autres, anarchistes, prenons le risque de la liberté.

Groupe Anarchiste Paris XVème

Notes:

1) Pio Marconi, La Liberta selvaggia Padova,1979.
http://www.drapeaunoir.org/anarchisme/deviance.html

Ce que j'ai mis en rouge, sont les idées importantes du texte. Cela ne signifie pas que je suis d'accord! Ce texte soulève les bonnes questions, dit ce qui ne faut pas faire, mais n'apporte malheureusement aucune solution... Je trouve ce texte trop idéaliste, mais au moins il y a matière à débat!!
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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  spike le Mar 30 Aoû - 0:46


Révoltes, banditisme, délinquance et anarchisme

Errico Malatesta

Délit et répression

N'importe quel propagandiste anarchiste est habitué à s'entendre répéter cette suprême objection: qui réfrénera les délinquants ? C'est là une préoccupation, à mon avis, excessive parce que la délinquance est un phénomène d'importance presque négligeable en face de l'ampleur des faits sociaux constants et généraux, et on peut croire disparaîtra automatiquement par suite du bien-être et de l'instruction, ainsi que des progrès de la pédagogie et de la médecine.

Mais quelles qu'optimistes que soient les prévisions et riantes les espérances, il n'en reste pas moins que la délinquance et plus encore la peur de la délinquance, empêchent aujourd'hui les rapports sociaux pacifiques; qu'elles ne disparaîtront certainement pas d'un seul coup au lendemain d'une révolution, si profonde et radicale serait-elle, et qu'elles pourraient être une cause de troubles et de désagrégation dans une société d'hommes libres, de même qu'un infime grain de sable peut perturber le fonctionnement de la plus parfaite des machines. Il est donc utile et même nécessaire que les anarchistes se préoccupent de ce problème, plus peut-être qu'ils ne le font ordinairement, afin de mieux réfuter une objection courante, ou encore pour ne pas s'exposer à de désagréables surprises et à des inconséquences dangereuses. Les délits dont on veut parler ici sont, naturellement, les actes antisociaux, c'est-à-dire ceux qui heurtent en l'homme le sentiment de pitié et portent atteinte au droit des autres à une égale liberté - il n'est pas question, ici, de tous ces faits que le code pénal condamne pour cette seule raison qu'ils touchent aux privilèges des classes dominantes.

Umanita Nova, 27 août 1921

Pour nous, est un délit toute action qui tend à augmenter volontairement la souffrance des hommes: c'est la violation du droit de tous à une égale liberté et à la jouissance du maximum possible de biens moraux et matériels. Nous savons bien que, même si on définit ainsi le délit et même pour celui qui accepte cette définition, il reste toujours à déterminer concrètement quels sont les faits délictueux et quels sont ceux qui ne le sont pas; parce que, à part les délits qui, assimilant l'homme à la bête heurtent les sentiments fondamentaux de l'âme humaine et sont donc universellement condamnés, les hommes ont des opinions très différentes sur ce qui est cause de souffrance ou de jouissance, et sur ce est bien ou mal.

Pensiero e Volontà, 15 août 1924

Mépriser les besoins matériels, au nom des besoins idéaux spirituels, c'est là une erreur et, souvent une hypocrisie de nantis. Les besoins matériels sont sans aucun doute des besoins inférieurs, mais il est nécessaire de les satisfaire pour que puissent naître et se développer les besoins supérieurs: moraux, esthétiques, intellectuels.

Umanità Nova, 25 juillet 1920

Je crois que personne, en théorie du moins, n'est prêt à nier que la liberté, la liberté entendue dans le sens de réciprocité, soit la condition essentielle de toute civilisation, de toute "humanité"; mais l'anarchie seule, représente sa réalisation logique et totale. Ceci étant admis, quiconque viole l'égale liberté des autres est délinquant - non pas envers la nature, non pas à cause d'une loi métaphysique, mais envers ses contemporains, et parce qu'il heurte les intérêts et la sensibilité des autres.

Et tant qu'il y aura des délinquants, il faut s'en défendre.

Umanità Nova, 30 septembre

L'un des prétextes que les gouvernements avancent pour justifier leur propre existence, c'est cette nécessité de se défendre contre ceux qui violent non pas l'"ordre social" mais les sentiments les plus fondamentaux qui font que l'homme est un homme et non pas simplement une bête qui fait horreur.

Il faut éliminer toutes les causes sociales du délit, il faut éduquer les hommes aux sentiments de fraternité et de respect réciproque, il faut chercher les succédanés utiles du délit, comme disait Fourier; mais, s'il y a encore des délinquants et tant qu'il y en aura encore, ou bien les gens trouveront la manière de s'en défendre directement et l'énergie pour le faire, ou bien ce sera la réapparition de la police, de la magistrature et donc du gouvernement.

Ce n'est pas en niant un problème qu'on peut le résoudre.

Umanità Nova, 19 août 1922

On peut craindre, et à juste titre, que la nécessité de se défendre contre la délinquance ne puisse être l'origine et le prétexte d'un nouveau système d'oppression et de privilège. La mission des anarchistes est de veiller à ce qu'il n'en soit rien. En cherchant à découvrir les causes de tout délit et en s'efforçant de les éliminer; en empêchant que des gens ne trouvent un avantage personnel à se consacrer à la répression du délit; en laissant les groupes directement intéressés s'occuper par eux-mêmes de cette défense -, en s'habituant à considérer les délinquants comme des frères qui se sont égarés, comme des malades à soigner avec amour, comme on le ferait avec n'importe quel hydrophobe et n'importe quel fou dangereux.

C'est ainsi qu'on pourra concilier la liberté pleine et entière de tous et la défense contre ceux qui offensent cette liberté de façon évidente et réellement dangereuse. Cela est possible, bien sûr, quand la délinquance se limite à des cas sporadiques, individuels, véritablement pathologiques.

Car si les délinquants devaient s'avérer trop nombreux et puissants, s'ils sont, par exemple, ce que sont aujourd'hui la bourgeoisie et le fascisme, il ne s'agit plus, alors, de discuter encore de ce que nous ferons en anarchie: il s'agit de lutter et de les vaincre.

Umanità Nova. 30 septembre 1922

Avec les progrès de la civilisation, l'augmentation des rapports sociaux, la conscience de plus en plus grande de la solidarité naturelle qui unit les hommes, le niveau plus élevé d'intelligence et l'affinement de la sensibilité, les devoirs sociaux augmentent sans aucun doute, et beaucoup d'actes que l'on considérait comme relevant du droit strictement individuel et indépendants de tout contrôle collectif sont devenus et deviennent aujourd'hui des actes considérés comme intéressant tout le monde et qui doivent se régler sur l'intérêt général.

Ainsi considère aujourd'hui qu'un père n'a plus le droit de laisser ses propres enfants dans l'ignorance, ni de les élever d'une façon préjudiciable à leur développement et à leur bien-être futur. Il n'est plus possible de vivre dans la saleté, ni de transgresser les règles d'hygiène qui peuvent influer sur la santé des autres; il n'est plus possible d'avoir une maladie infectieuse et de ne pas la soigner, ou d'avoir une maladie répugnante et d'en faire étalage.

Demain, s'efforcer d'assurer le bien de tous se considéré comme un devoir, et procréer en ayant des raisons de penser que les enfants ne seront ni sains ni heureux sera regardé comme une action coupable. Mais ce sentiment des devoirs que nous avons envers les autres les autres envers nous doit, dans notre conception sociale, se développer librement, sans autre sanction extérieure que l'estime ou la mésestime de nos concitoyens.

Le respect, le désir du bien des autres doivent entrer dans les mœurs et ne plus apparaître comme un devoir mais comme le fait de satisfaire normalement les instincts sociaux. Il y en a qui rêvent de moraliser les gens de force, qui voudraient qu'à tout acte possible de la vie corresponde un article du code pénal. et qui mettraient volontiers un gendarme au pied de chaque lit et derrière chaque table. Mais s'ils ne disposent pas des moyens coercitifs pour imposer leurs idées, ils ne réussissent qu'à jeter le discrédit sur ce qu'il peut y avoir de meilleur; et s'ils ont le pouvoir de commander, alors ils rendent le bien odieux et provoquent la réaction.

Les socialistes ont cette tendance à tout vouloir réglementer mais nous croyons, nous, qu'ils ne réussiront qu'à faire regretter, sur beaucoup de points, le régime bourgeois. Pour nous, le fait de remplir les devoirs sociaux doit être volontaire et on n'a le droit d'intervenir par la force matérielle que contre ceux qui offenseraient violemment les autres et empêcheraient la coexistence sociale pacifique. La force, la contrainte physique ne doivent être utilisées qu'en réponse à l'attaque matérielle violente et dans la seule nécessité de se défendre.

Mais qui en jugera ?

Qui s'occupera de cette nécessité de se défendre ?

Qui décidera des moyens de répression ?

Nous ne voyons pas d'autre vole que de laisser faire les intéressés, de laisser faire le peuple, c'est-à-dire la masse des citoyens, laquelle agira différemment selon les circonstances et selon ses propres degrés de civilisation. Il faut surtout éviter que ne se constituent des corps spécialisés dans le travail de policier: On y perdra peut-être quelque chose sur le plan de l'efficacité de la répression, mais on ne créera pas ainsi l'instrument de toute tyrannie.

Nous ne croyons pas à l'infaillibilité des masses, et encore moins à leur bonté constante : bien au contraire. Mais nous croyons encore moins à l'infaillibilité et à la bonté de ceux qui s'emparent du pouvoir, légifèrent, consolident et perpétuent les idées et les intérêts qui prévalent à un moment donné. Il vaut mieux, dans tous les cas, l'injustice, la violence transitoire du peuple plutôt que la chape de plomb, la violence légalisée de l'État judiciaire et policier.

Du reste, nous ne sommes que l'une des forces agissant dans la société et l'histoire fera son chemin, comme toujours, en fonction de la résultante de ces forces.

Umanità Nova, 2 septembre 1920

Nous n'allons pas reprendre les arguments classiques contre la peine de mort.

Pour nous, ce sont des mensonges quand nous voyons ceux qui les défendent être partisans des travaux forcés et autres substituts inhumains de la peine de mort. Nous ne parlerons pas non plus du "caractère sacré de la vie humaine" que tous affirment et que tous violent à l'occasion, soit en infligeant directement la peine de mort, soit en traitant les autres d'une façon telle qu'ils font de leur vie une torture, et qu'ils la leur abrègent. Il y a des hommes qui sont des monstres du point de vue moral, monstres sanguinaires et sadiques, de naissance ou qui le sont devenus, et dont la mort ne saurait nous apitoyer - heureusement, il y a peu d'hommes de ce genre, mais il est certain qu'il y en a.

Si ces malheureux représentaient un danger continuel pour tous et qu'il n'y ait pas d'autre moyen de s'en défendre que de les tuer, on pourrait encore admettre la peine de mort.

Mais l'ennui, c'est que pour appliquer la peine de mort, il faut un bourreau. Or le bourreau est un monstre, ou le devient; et, bourreau pour bourreau, il vaut mieux laisser vivre ceux qui existent plutôt que d'en créer de nouveaux. Ceci vaut, bien sûr, pour les délinquants authentiques, êtres antisociaux qui ne s'attirent aucune sympathie et n'inspirent aucune commisération.

Car s'il s'agit de la peine de mort en tant que moyen de lutte politique, alors...

alors, l'histoire nous dit assez quelles peuvent être les conséquences. Risveglio.(11 février 1933)

Le problème du vol.

Est-ce que les anarchistes admettent le vol ?

Il faut bien distinguer deux choses. S'il s'agit d'un homme qui veut travailler et ne trouve pas de travail et qui en serait réduit à mourir de faim au milieu des richesses, c'est un droit pour lui que de prendre ce qui lui est nécessaire à celui qui en a trop, indiscutablement; et si de cet homme dépend la vie d'autres personnes, enfants, malades, vieillards sans défense, ce peut même être un devoir.

Mais s'il s'agit d'un vol dans le but d'échapper à la nécessité de travailler, dans le but de se constituer un capital et d'en vivre, c'est clair: les anarchistes n'admettent pas la propriété qui est le vol commis avec succès, consolidé, légalisé et utilisé comme moyen d'exploitation du travail d'autrui; ils ne peuvent donc pas admettre le vol qui est la propriété en voie de formation.

Celui qui ne travaille pas vit en exploitant le travail d'autrui, peu importe s'il l'exploite directement en qualité d'industriel ou s'il l'exploite indirectement en qualité de voleur... ou de rentier. Nous ne jetons pas l'anathème sur la personne même des voleurs, pas plus que sur la personne même des capitalistes.

Nous comprenons toute la fatalité des conditions sociales actuelles, de la situation dans la société, de l'éducation et c'est pourquoi nous voulons détruire le système qui rend possibles le vol et le capitalisme qui sont, au fond, une seule et même chose.

Umanità Nova, 11 juillet 1922

Depuis toujours, les armées en guerre et les partis révolutionnaires ont considéré qu'il était de bonne guerre de s'emparer, au détriment de l'ennemi, de tout ce qui peut faciliter la victoire, et donc aussi de l'argent dont on dit qu'il est le nerf de la guerre. Est-ce que les anarchistes, qui sont ou du moins veulent être toujours en guerre inexpiable contre la classe capitaliste peuvent, tout en restant cohérents avec leurs, principes, enlever aux riches ce qu'ils possèdent (argent, objets précieux, etc.) et s'en servir pour la propagande, l'armement et tous les besoins de la lutte ?

Et s'il ne leur est pas possible de réquisitionner ouvertement l'argent, dans une guerre déclarée, peuvent-ils le prendre en sous-main, grâce a ce qu'on peut appeler des ruses de guerre, en un mot: en volant ?

En théorie, il ne peut y avoir aucun doute sur ce point, semble-t-il: dans une guerre juste, on a le droit d'employer tous les moyens qui peuvent faciliter et assurer la victoire sans léser le sentiment d'humanité. Mais il faut voir si tel ou tel moyen est vraiment utile, c'est-à-dire permis du point de vue moral et à conseiller du point de vue pratique. Cette méthode (le vol pour la propagande) a été préconisé et pratiqué par des groupes anarchistes spéciaux, dans tous les pays et à différentes époques. Et il a toujours donné des résultats désastreux. [...] Il peut y avoir des exceptions individuelles: je pourrais en citer, si ce sujet n'était pas si délicat.

Mais ce qui est certain, c'est que partout où le vol pour la propagande a été admis, la corruption l'a suivi, ainsi que la méfiance entre compagnons, la médisance, le soupçon et, avec eux, l'inertie et la dissolution. Et les espions ont eu la partie belle parce qu'il n'y a plus eu moyen de contrôler les moyens d'existence de chacun.

Non, il vaut mieux avoir moins de moyens, il vaut mieux compter sur le peu d'argent versé et réuni péniblement, qui donne au travailleur la fierté de contribuer par son propre effort à l'œuvre commune, plutôt que, dans l'espoir presque toujours illusoire de trouver la grosse somme, courir le risque de voir se corrompre et disparaître certains des plus énergiques et des plus entreprenants de nos compagnons.

Umanità Nova, 12 juillet 1920

L'anarchiste est un révolté; mais il ne suffit pas d'être révolté pour être anarchiste.

L'anarchiste veut sa propre liberté, il veut son propre bien-être; mais il veut également que sa propre liberté et son propre bien-être ne nuisent pas à la liberté ni au bien-être des autres.

Sinon, les meilleurs anarchistes seraient les plus grands tyrans. L'anarchiste ignore la loi, s'il le peut; mais il a sa propre loi morale, volontairement acceptée, qui lui impose de faire ce qu'il estime bien, indépendamment de ce que la loi des codes permet ou interdit.

Et cette loi morale [...] condamne la domination de l'homme par l'homme et l'exploitation des travailleurs par les propriétaires parasites. [...]


Pensiero e Volontà, 1er octobre 1926

Errico Malatesta

Extraits de divers articles d'Errico Malatesta
http://www.drapeaunoir.org/anarchisme/criminalite.html
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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  spike le Lun 5 Sep - 15:28



Jus était, à l'origine, un mot dont le sens était d'ordre religieux. Etendu, puis restreint à un sens. d'ordre laïque, jus a donné justus, justicià, puis par composition avec le grec : judicare et jueda. Dans le premier sens, il traduit la philosophie morale de ce qui est juste. Dans le second, il désigne l'action de dire le droit. C'est ainsi qu'un même mot peut définir deux domaines fort différents, voire souvent antagonistes. D'évidence, les tribunaux de justice n'ont rien de commun avec la justice morale. Les lois, élaborées par quelques-uns, n'ont qu'un seul souci : perpétuer le droit des pouvoirs économique et politique et la division de la société en classes. Par opposition à tout cela, l'idée-force philosophique, sociologique et morale de justice est essentielle à tout projet global cohérent de société fondé sur la liberté. La justice est une réalité et un idéal, rendant toutes les conditions équivalentes et solidaires. Il en résulte donc l'égalité devant la justice qui, affranchie de tout intérêt personnel et de toute considération divine, devient un idéal qui s'étend sans cesse. Pour mieux saisir le sens de cette définition, il n'est besoin que de ôter OEfle faiæ par P.]. Proudhon*, qui contient tous les grands thèmes de la morale anarchiste. "L'homme, en vertu de la raison dont il est doué, a la faculté de sentir sa dignité dans la personne de son semblable comme dans sa propre personne, et d'aHirmer, sous ce rapport, son identité avec lui." La justice est le produit de cette faculté : c'est le respect, spontanément éprouvé et réciproquement garanti, de la dignité humaine, en quelque personne et dans quelque circonstance qu'elle se trouve compromise et à quelque risque que nous expose sa défense. "Le respect est au plus bas degré chez le barbare qui y supplée par la religion ; il se fortifie et se développe chez le civilisé, qui pratique la justice pour elle-même, et s'affranchit incessamment de tout intérêt personnel et de toute considération divine. . ." "Le "droit" est pour chacun la faculté d'exiger des autres le respect de la dignité humaine dam sa personne ; le "devoir", l'obligation pour chacun de respecter cette dignité en autri." Au fond, droit et devoir sont termes identiques, puisqu'ils sont toujours l'expression du respect; exigible parce que dû ; dû parce qu'il est exigible. Ils ne différent que par le sujet, moi ou toi, en qui la dignité est compromise. " [Cette définition] énonce un fait, à savoir que s'il n'y a pas toujours et nécessairement communauté d'intérêts entre les hommes, il y a toujours et essentiellement solidarité de dignité, chose supérieure à l'intérêt. " Elle est pure de tout élément mystique, physiologique. A la place de la religion des dieux, c'est le respect de l'humanité ; au lieu d'une affection animale, d'une sorte de magnétisme organique, le sentiment exalté que la raison a d'elle-même... " * P.-J. Proudhon : De la justice dans la Révolution et dans l'Eglise.
http://www.increvables-anarchistes.org/lexique-de-lanarchisme

Je n'ai pas corrigé les fautes d'orthographe qui provienne du site lui-même.
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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Invité le Lun 5 Sep - 19:35

La justice aujourd'hui en fRance :
- Chirac hors course pour son procès ;
- Besancenot (ainsi que plusieurs syndicalistes Sud-PTT de Nanterre) condamné à 1500 € d'amende (et pour les autres des sanctions disciplinaires qui courent depuis plus d'un an).

Vous avez vraiment besoin de liens et de coupures de presse ?
Vous pouvez aussi déplacer dans "j'vais gerber"...

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Re: Réflexion sur l'idée de justice.

Message  Hostyr le Lun 5 Sep - 22:45

comme le disait coluche: "bien mal acquis ne profite qu'après."

Pardon, c'est sorti tout seul^^
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