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La Révolution Française.

Message  le_vieux le Lun 6 Juil - 19:47

On en a sans doute tous une vision lénifiante et officielle, teintée de l'ennui désespérant d'une salle de classe...
On en oublierait presque que, derrière le mythe républicain, l'histoire commence par une rébellion armée et la destruction d'une prison.

Quelques auteurs mettent en perspective la Révolution Française avec un point de vue libertaire.

A tout seigneur, tout honneur, je mentionnerai le grand classique de P. Kropotkine, La grande révolution.
Ce texte a le mérite de ne pas considérer les bases comme acquises et d'analyser y compris les évènements les plus notoires.
Le livre date maintenant d'un siècle (1909), il est probable que certains de ses présupposés historiques ont été révisés depuis.

http://cgecaf.com/article489.html pour l'édition papier
http://kropot.free.fr/Kropotkine-GrdRev.htm pour l'avoir facile, gratos et s'abimer les yeux
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Re: La Révolution Française.

Message  le_vieux le Lun 6 Juil - 19:59

Sur l'opposition de classe entre les sans-culottes et les bras-nus et les nouveaux maîtres de l'ordre révolutionnaire, on peut aussi citer

Bourgeois et Bras-nus (D. Guérin, Les Nuits Rouges 1998)
http://les.nuits.rouges.free.fr/spip.php?article2


Au sujet des révolutionnaires parmi les plus progressistes de cette époque, le travail de Maurice Dommanget m'a l'air très digne d'intérêt
http://atheles.org/spartacus/livres/enragesetcuresrougesen1793/
http://atheles.org/spartacus/livres/babeufetlaconjurationdesegaux/
(Je n'ai lu que le premier des deux, et encore, il y a longtemps...)
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Re: La Révolution Française.

Message  Gavroch' le Mer 2 Sep - 18:36

Y'a Claude Guillon qu'en parle aussi pas mal:
ici
et il développe des points peu connus et assez intéressants notamment sur les "enragés"
les articles sur les enragés étaient intéréssant apres le reste j'ai juste survolé


Dernière édition par Gavroch' le Mer 2 Sep - 20:28, édité 1 fois
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Re: La Révolution Française.

Message  le_vieux le Mer 2 Sep - 20:26

Merci pour le lien du blog, y a matière à lire. Ca vaudrait le coup que tu le postes dans la section "liens" d'ailleurs, on pourrait peut-être y recenser quelques blogs dignes d'intérêt (va falloir être sélectifs pour ça, pas que ça devienne une annexe camouflée de "vos créations) ^^.
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Re: La Révolution Française.

Message  niouze le Jeu 24 Sep - 14:50

a l'origine je ne recherchait pas sa du tout (plus un texte sur un anar chinois de ML que je n'est pas retrouver) mais dasn mes recherche je suis tomber sur sa :
1792 : la premiere commune insurrectionnelle de paris
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Re: La Révolution Française.

Message  ivo le Mer 18 Mai - 13:33

La vente des manuscrits de Robespierre déchaîne les passions
FRANCE INFO - 11:16
Des dizaines de discours, documents de travail et lettres du chef des Jacobins sont proposés à la vente en début d’après-midi ce mercredi chez Sotheby’s. L’ensemble de ces écrits est estimé à une valeur allant de 200.000 à 300.000 euros. Une vente qui provoque beaucoup de convoitises mais aussi des craintes de voir partir ce précieux patrimoine vers l’étranger.


La vente du jour chez Sotheby’s : cinq fragments de discours, des centaines de pages de brouillon et de trois articles rédigés par Robespierre entre janvier 1792 et juillet 1794.
@Reuters/Charles Platiau

Ce sont des documents écrits au plus fort de la Terreur par le chef des Jacobins. Un ensemble d’écrits de Robespierre est adjugé aux enchères cet après-midi chez Sotheby’s à Paris. Il s’agit de cinq fragments de discours, des centaines de pages de brouillon et de trois articles rédigés entre janvier 1792 et juillet 1794. Selon les experts, le tout pourrait partir pour 200 à 300.000 euros.

Une vente qui déchaîne les passions
Deux siècles après la mort "L’Incorruptible", tous les historiens et passionnés de la Révolution s’accordent pour dire qu’il s’agit d’un patrimoine exceptionnel.

D’abord parce que ces documents sont restés très longtemps inconnus du grand public, jalousement conservés pendant 200 ans dans la famille de Philippe François-Joseph Le Bas, un proche de Robespierre.

Mais surtout, parmi les textes proposés à la vente, il y a le discours du 8 Thermidor de l’An II (26 juillet 1794). Un texte qui signe la chute de Robespierre après deux années de Terreur. "Frères et amis, c’est mon testament de mort que vous venez d’entendre", avait déclaré le chef des jacobins après avoir lu ce texte.

Vers une préemption de l’Etat ?
C’est en tout cas ce que réclament plusieurs partis de gauche et Pierre Serna, le directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française, afin de "permettre à la France de sauver ce qu’il lui reste de Robespierre".
Dans ce cas, l’Etat serait déclaré "adjudicateur prioritaire" lors de la vente. Il disposerait alors de 15 jours pour dire s’il achète les documents au "prix du marteau (la dernière adjudication) plus la commission d’achat", selon Sotheby’s. Une disposition qui n’existe qu’en France.

>>>>>>>>>>>>>>

http://www.sothebys.com/app/ecatalogue/fhtml/index.jsp?event_id=30393#/r=index-fhtml.jsp?event_id=30393|r.main=lot.jsp?event_id=30393&id=32/


Ultime discours du citoyen Robespierre
Discours à la Convention : séance du 8 thermidor an II (26 juillet 1794)

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/Robespierre1794.asp
M. Robespierre : En voyant la multitude des vices que le torrent de la Révolution a roulés pêle-mêle avec les vertus civiques, j'ai tremblé quelquefois d'être souillé aux yeux de la postérité par le voisinage impur de ces hommes pervers qui se mêlaient dans les rangs des défenseurs sincères de l'humanité; mais la défaite des factions rivales a comme émancipé tous les vices; ils ont cru qu'il ne s'agissait plus pour eux que de partager la patrie comme un butin, au lieu de la rendre libre et prospère ; et je les remercie de ce que la fureur dont ils sont animés contre tout ce qui s'oppose à leurs projets a tracé la ligne de démarcation entre eux et tous les gens de bien. Mais si les Verres et les Catilina de la France se croient déjà assez avancés dans la carrière du crime pour exposer sur la tribune aux harangues la tête de leur accusateur, j'ai promis aussi naguère de laisser à mes concitoyens un testament redoutable aux oppresseurs du peuple, et je leur lègue dès ce moment l'opprobre et la mort ! Je conçois qu'il est facile à la ligue des tyrans du monde d'accabler un seul homme ; mais je sais aussi quels sont les devoirs d'un homme qui peut mourir en défendant la cause du genre humain. [...]

Peuple, souviens-toi que, si dans la République la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l'amour de l'égalité et de la patrie, la liberté n'est qu'un vain nom ! Peuple, toi que l'on craint, que l'on flatte et que l'on méprise; toi, souverain reconnu, qu'on traite toujours en esclave, souviens-toi que partout où la justice ne règne pas, ce sont les passions des magistrats, et que le peuple a changé de chaînes, et non de destinées !

Souviens-toi qu'il existe dans ton sein une ligue de fripons qui lutte contre la vertu publique, et qui a plus d'influence que toi-même sur tes propres affaires, qui te redoute et te flatte en masse, mais te proscrit en détail dans la personne de tous les bons citoyens !

Rappelle-toi que, loin de sacrifier cette nuée de fripons à ton bonheur, tes ennemis veulent te sacrifier à cette poignée de fripons, auteurs de tous nos maux, et seuls obstacles à la prospérité publique !

Sache que tout homme qui s'élèvera pour défendre ta cause et la morale publique sera accablé d'avanies et

proscrit par les fripons ; sache que tout ami de la liberté sera toujours placé entre un devoir et une calomnie ; que ceux qui ne pourront être accusés d'avoir trahi seront accusés d'ambition; que l'influence de la probité et des principes sera comparée à la force de la tyrannie et à la violence des factions ; que ta confiance et ton estime seront des titres de proscription pour tous tes amis ; que les cris du patriotisme opprimé seront appelés des cris de sédition, et que, n'osant t'attaquer toi-même en masse, on te proscrira en détail dans la personne de tous les bons citoyens, jusqu'à ce que les ambitieux aient organisé leur tyrannie. Tel est l'empire des tyrans armés contre nous, telle est l'influence de leur ligue avec tous les hommes corrompus, toujours portés à les servir. Ainsi donc, les scélérats nous imposent la loi de trahir le peuple, à peine d'être appelés dictateurs ! Souscrirons-nous à cette loi ? Non ! Défendons le peuple, au risque d'en être estimé; qu'ils courent à l'échafaud par la route du crime, et nous par celle de la vertu.

Ditons-nous que tout est bien ? Continuerons-nous de louer par habitude ou par pratique ce qui est mal ? Nous perdrions la patrie. Révélerons-nous les abus cachés ? Dénoncerons-nous les traîtres ? On nous dira que nous ébranlons les autorités constituées, que nous voulons acquérir à leurs dépens une influence personnelle. Que ferons-nous donc ? Notre devoir. Que peut-on objecter à celui qui veut dire la vérité et qui consent à mourir pour elle ? Disons donc qu'il existe une conspiration contre la liberté publique; qu'elle doit sa force à une coalition criminelle qui intrigue au sein même de la Convention ; que cette coali tion a des complices dans le Comité de Sûreté générale et dans les bureaux de ce comité qu'ils dominent; que les ennemis de la République ont opposé ce comité au Comité de Salut public, et constitué ainsi deux gouver nements ; que des membres du Comité de Salut public entrent dans ce complot ; que la coalition ainsi formée cherche à perdre les patriotes et la patrie. Quel est le remède à ce mal ? Punir les traîtres, renouveler les bureaux du Comité de Sûreté générale, épurer ce comité lui-même, et le subordonner au Comité de Salut public, épurer le Comité de Salut public lui-même, constituer l'unité du gouvernement sous l'autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge, et écraser ainsi toutes les factions du poids de l'autorité nationale, pour élever sur leurs ruines la puissance de la justice et de la liberté: tels sont les principes. S'il est impossible de les réclamer sans passer pour un ambitieux, j'en conclurai que les principes sont proscrits, et que la tyrannie règne parmi nous, mais non que je doive les taire; car, que peut-on objecter à un homme qui a raison et qui sait mourir pour son pays ?

Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Le temps n'est point arrivé où les hommes de biens peuvent servir impunément la patrie; les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits, tant que la horde des fripons dominera.
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Re: La Révolution Française.

Message  niouze le Mer 18 Mai - 14:37

Peuple, souviens-toi que, si dans la République la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l'amour de l'égalité et de la patrie, la liberté n'est qu'un vain nom ! Peuple, toi que l'on craint, que l'on flatte et que l'on méprise; toi, souverain reconnu, qu'on traite toujours en esclave, souviens-toi que partout où la justice ne règne pas, ce sont les passions des magistrats, et que le peuple a changé de chaînes, et non de destinées !

tout a été dit .....

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Re: La Révolution Française.

Message  niouze le Mer 13 Mar - 17:14

« Vue d’aujourd’hui, la Révolution française est une immense leçon d’optimisme »

Par Ivan du Roy (11 mars 2013)

Que peut nous enseigner aujourd’hui la Révolution française ? Une crise économique, des privilèges établis, une dette terrible, une aspiration du peuple à l’égalité et au bonheur... La situation de 1789 ferait-elle écho à la nôtre ? Entretien avec Eric Hazan, éditeur et écrivain, qui invite à garder vivante la mémoire de ces moments d’incandescence révolutionnaire, à en préserver l’inspiration, face à ceux qui ne voudraient y voir qu’un « trouble malencontreux venu bouleverser de façon sanglante le mouvement général vers le libéralisme ».


Basta ! : Castes privilégiées, classes laborieuses paupérisées, crise économique, caisses du royaume quasi vides, dépenses inconsidérées de la Cour… Autant d’éléments qui font étrangement écho à la situation économique actuelle. La crise a-t-elle été le principal déclencheur de la Révolution ?

Eric Hazan [1] : Si l’on se met dans la peau d’un sujet de Louis XVI, un minimum conscient de la situation en mars 1789, avant la tenue des états généraux : il sait qu’il y a une dette terrible, que le Trésor est en faillite. Les intérêts de la dette mangent la moitié des recettes du royaume ! Il sait aussi que sous Louis XV, la France a déjà fait faillite, et ne remboursait plus la dette tout en augmentant les impôts. Un scénario « à la grecque », dirait-on aujourd’hui. La situation économique n’a cependant pas été le principal déclencheur de la Révolution. Dette ou pas, le trône de Clovis, de Saint-Louis ou de Louis XIV paraissait installé pour l’éternité. Comme l’économie de marché aujourd’hui : c’est comme ça et puis c’est tout. Le Roi de droit divin, on n’y touche pas ! Trois ans plus tard, la royauté était par terre. C’est le principal enseignement de la Révolution : avoir eu lieu. Cela nous montre que les évènements qui semblent les plus improbables, voire impossibles, peuvent survenir. En cela, c’est un événement très encourageant pour aujourd’hui.

Distinguez-vous des similitudes entre ceux qui appartenaient aux ordres privilégiés – noblesses, hobereaux de province, ecclésiastiques – et ce qu’on appelle aujourd’hui l’oligarchie ou « les 1% » dénoncés par le mouvement Occupy Wall Street ?

On ne peut pas pousser la comparaison trop loin. On estime le nombre de nobles et de « têtes ecclésiastiques » entre 120 000 et 350 000, ce qui représente environ 1,6% de la population française de l’époque. Les 4 000 familles de la noblesse de Cour profitent de nombreuses largesses : pensions, soldes des officiers, charges de la maison du roi et des princes. L’Eglise perçoit la dîme, payée en nature sur toutes les terres, et liée principalement à la récolte du blé. Mais les privilégiés du temps de Louis XVI ne travaillaient pas. C’est bien ce qui distingue la noblesse à Versailles ou les petits hobereaux de province de tous les autres. Le travail était quelque chose de complètement dévalorisant. Aujourd’hui, à leur façon, les privilégiés travaillent.

Les ordres privilégiés de l’époque s’appuient sur les droits féodaux : dîme, droits seigneuriaux, impôts en tout genre. N’a-t-on pas basculé dans une économie similaire, basée sur le versement d’une rente à de puissants acteurs économiques : rente du logement, de l’eau, de l’énergie, du transport ?

Le principal impôt royal est la taille. S’y ajoutent d’énormes impôts indirects, comme la gabelle, la taxe sur le sel, collectée par la ferme générale. Les droits seigneuriaux, c’est particulier. Il y a d’abord le pognon : les paysans, qu’ils soient propriétaires ou non, donnent en argent ou en nature une partie de leur production aux seigneurs. Ils sont aussi soumis à une série énorme de dispositions très humiliantes et vexatoires, énumérées par Tocqueville : droit d’assise sur les animaux servant au labourage, droit des bacs seigneuriaux pour passer les rivières, droit de creuser des fontaines, droit de pêche, droit de chasse… « Ainsi, sur toute force naturelle, sur tout ce qui végète, se meut, respire, le droit féodal a étendu ses prises », écrit Jean Jaurès [2]. Et bien sûr, le droit de corvée. Rien ne ressemble aujourd’hui à la corvée, à part peut-être le salariat ? La nuit du 4 août 1789, une partie de ces dispositions humiliantes sont supprimées : toutes les corvées, tout ce qui ne se paye pas. Ainsi que la dîme, versée à l’Eglise, soit 10% de tout ce qu’on récoltait. Les nobles continuent cependant de percevoir l’argent. Il faut attendre l’été 1793 pour que l’on puisse affirmer que tous les privilèges sont terminés.

Quand le droit de vote commence à être instauré, seuls les citoyens avec un certain niveau de revenus y ont accès – les « citoyens actifs ». Les plus pauvres – les « citoyens passifs » – n’en disposent pas…

Des assemblées primaires élisent des grands électeurs qui élisent les députés. Mais pour voter, il faut être inscrit sur le registre des impôts. La législative repose sur un suffrage censitaire masculin. Robespierre était contre ce suffrage censitaire. Il estime que cela favorisait l’élection de notables. Ainsi, à la Convention, ne siégeaient que deux ouvriers et peut-être un seul laboureur. Si l’on s’en tient à la composition sociologique, la Convention n’est pas plus représentative que l’Assemblée nationale d’aujourd’hui !

Comment, dans ces conditions, les mouvements populaires ont-ils pu influencer l’Assemblée nationale ?

Pourquoi la Convention a quand même fait entendre la voix du peuple ? D’abord parce que le peuple était là, dans les tribunes. On le voit dans les comptes-rendus des débats : « Tonnerre des tribunes », « acclamations », « huées ». Les députés délibèrent sous la pression du peuple. Et surtout, il y a les délégations et les pétitions envoyées par un département ou un village. Tout est consigné par des sténographes ou les journaux qui publient les comptes-rendus de séance – ceux-ci peuvent aller jusqu’à 100 pages ! La moitié des pétitions et des délégations sont pour remercier la Convention. Quelquefois, c’est pour admonester les citoyens législateurs. C’est, par exemple, une délégation de Mennecy, dans la Brie (Seine-et-Marne, ndlr), qui contribue à lancer la déchristianisation : elle vient dire aux députés qu’elle ne veut plus de curés, qu’elle souhaite que leurs saints patrons soient remplacés par Marat et Rousseau. Cela entraînera un décret de la Convention. En février 1793, ce sont les blanchisseuses qui jouent un rôle important. Dans leur travail, autour des lavoirs, elles ont la possibilité de discuter. Elles viennent protester contre les « accapareurs » et le prix du savon qui a fortement augmenté. La Convention ajourne leur prise de parole. Elles partent en criant : « Quand nos enfants demandent du lait, nous ne les ajournons pas au surlendemain ! »

Le rôle prédominant de la population parisienne en mesure de manifester et d’influencer les lieux de pouvoirs n’a-t-il pas été finalement un obstacle à la compréhension de certaines mesures révolutionnaires en province ?

Pour pallier à ce décalage, il existe le système des clubs des Jacobins. Ils disposent de plus de 1 000 sociétés dans toute la France, jusque dans des villages. Les clubs s’envoyaient des adresses dont chacun débattait. C’est un grand instrument de diffusion des idées révolutionnaires. Parler de jacobinisme comme on en parle aujourd’hui, comme une dictature parisienne tatillonne et bureaucratique, c’est complètement idiot. A Paris, le Club des jacobins a été détruit après la réaction thermidorienne (qui voit triompher, à partir de 1794, la droite bourgeoise et économiquement libérale, ndlr) ainsi que le lieu qui l’abritait à Paris, le couvent situé Place du Marché-Saint-Honoré.

La révolution voit apparaître de nouvelles formes d’expression, comme l’éloquence politique – le roi n’avait pas à s’exprimer en public – et de nouveaux médias : journaux, lectures publiques d’articles, discours au sein des sociétés populaires… Quel rôle jouent-ils ?

Un grand discours de Robespierre est imprimé à 300 000 exemplaires. Les discours importants sont placardés dans les espaces publics ou publiés dans les journaux. Des almanachs révolutionnaires sont aussi diffusés, comme celui du député de Paris Collot d’Herbois. L’analphabétisme étant massif, les journaux sont lus en public dans les cafés. Cela permet des discussions collectives, pas comme aujourd’hui où les gens sont individualisés devant leur écran d’ordinateur ou de télé. Finalement, je crois que les gens étaient très bien informés, bien mieux qu’aujourd’hui.

Cela n’a pas empêché des rumeurs de se propager…

L’historien François Furet a beaucoup insisté sur le rôle des rumeurs, notamment celle des complots, internes ou de l’étranger, provoquant une sorte de paranoïa. En fait, tous les complots ont finalement eu lieu ! La fuite du roi, la trahison de La Fayette, la coalition des monarchies européennes contre la République, des généraux passés à l’ennemi…

Des mesures très répressives contre la liberté d’opinion ont progressivement été instaurées, au prétexte de protéger la révolution, ce qu’on a appelé la Terreur…

Savez-vous combien de personnes ont comparu devant le grand tribunal révolutionnaire de Paris sur une année ? 4 000, avec 2 500 condamnations à mort. Soit un peu plus de 10 par jour. C’est évidemment beaucoup. Mais penser que tout le monde est terrifié, ce n’est pas la réalité. Il y a des départements où aucune exécution n’a lieu. A Paris, la vie est joyeuse, les théâtres sont pleins. Nous sommes loin du tableau que l’on a ensuite dressé de la Terreur. Ce qui est terrible, ce sont la guerre civile en Vendée, la répression à Lyon et dans la vallée du Rhône, à Marseille et Toulon, qui causent des dizaines de milliers de morts. La guerre a tout fait basculer. Robespierre, que l’on a accusé ensuite de vouloir instaurer une dictature, était contre la guerre. Cependant, une fois qu’elle était déclarée, il fallait absolument la gagner. En cas de défaite, ce n’était pas seulement un bout de territoire que l’on perdait, c’était la Révolution.

Mais n’est-ce pas une dérive de toute révolution – de 1789 à 1959 à Cuba en passant par 1917 en Russie – de se dévorer elle-même ?

C’est l’une des questions les plus importante à réfléchir : que fait-on après la révolution et comment traite-t-on ses ennemis. Si on leur coupe la tête ou si on les jette en prison, c’est l’échec assuré. A ma connaissance, il n’existe aucun travail théorique sur le sujet : personne ne réfléchit sur ce qui se déroule après. C’est l’une des raisons pour lesquelles il ne se passe rien aujourd’hui. Personne n’a envie de sauter dans l’inconnu sans parachute ! Donc chacun bricole.

S’il y a une volonté de changement aujourd’hui, voire un mouvement révolutionnaire, pourra-t-il être européen ?

Ce sera peut-être comme le printemps des peuples en 1848, déclenché par la révolution de février, à Paris, qui voit l’avènement de la seconde République. Les dates de déclenchement des insurrections qui ont suivi en Europe sont clairement liées au temps de propagation des nouvelles : à Bruxelles en un jour, à Budapest en une semaine. Un bouillonnement comme celui qui s’est produit en 1789 était quelque chose de tout à fait improbable. Les blanchisseuses n’avaient pas lu Rousseau ni Helvétius ! C’est dans l’élan, dans le mouvement, que cela s’est produit. Que les femmes du peuple parisien prennent d’assaut l’Hôtel de ville en octobre 1789 pour s’emparer des fusils et des canons, puis qu’elles aillent chercher le roi à Versailles, nous paraît aujourd’hui complètement invraisemblable. C’est une immense leçon d’optimisme, avec le bémol de la guillotine.

Recueilli par Ivan du Roy
Notes

[1] Eric Hazan a fondé les éditions La Fabrique et est l’auteur de « Une histoire de la Révolution française », 405 p, 22 euros.

[2] « Histoire socialiste de la Révolution française ».
http://www.bastamag.net/article2964.html

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