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les ligues

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les ligues

Message  ivo le Lun 15 Nov - 21:26

Ligue d'extrême droite
Le mot « ligue », dans les années 1930 en France, signifiait une organisation politique, souvent d’extrême droite, hostile à la république parlementaire. On vit dans certaines ligues nationalistes l'expression d'un fascisme français. Les ligues ont été dissoutes par le gouvernement Gaston Doumergue le 10 janvier 1936 puis de Léon Blum le 18 juin 1936.

Liste des ligues :

* Action française de Charles Maurras, royaliste et associé aux Camelots du Roi ;

* Jeunesses patriotes créées en décembre 1924 et se présentant comme la « section jeune » de la Ligue des patriotes de Déroulède dont l'objectif est un renforcement du pouvoir exécutif et la « protection des institutions contre la gauche ». Les Jeunesses patriotes adoptèrent des rituels inspirés du fascisme italien (défilés militaires et saluts « à la romaine »). Ils étaient finalement plus fascistes dans leurs rituels que dans leur programme ;

* Les Croix-de-feu du colonel François de La Rocque (qui n'y adhère qu'en 1929 et en devient le président en 1931), organisation d'anciens combattants créée en 1927. Elle se distingue par son respect de la République et son refus du fascisme. En 1936, elle devient le Parti social français qui va évoluer vers le centre droit ;

* Solidarité française, créée par François Coty en 1933 et dirigée par Jean Renaud, avec une organisation imitée du parti nazi ;

* Défense paysanne ;

* Le Francisme de Marcel Bucard, ancien secrétaire de François Coty, collaborateur en 1932 de Gustave Hervé à La Victoire (publication où la « mystique Pétain » était exaltée dans un vague Parti socialiste national), fondé en 1933 ;

* « Le Faisceau », créé le 11 novembre 1925 par Georges Valois, ancien anarchiste, royaliste. Cette ligue, qui se revendiquait ouvertement d'un fascisme inspiré du modèle italien, entendait faire la synthèse du nationalisme et du socialisme : instaurer une dictature nationale au-dessus de toutes les classes sociales, avec un chef proclamé par les combattants et acclamé par la foule. Il se décomposait en quatre Faisceaux (le Faisceau des combattants ou légions, regroupant les anciens combattants de la Première Guerre mondiale et des guerres coloniales, organisés en compagnies, sections et groupes ; le Faisceau des producteurs, composé de corporations ; le Faisceau des jeunes avec les Jeunesses fascistes et le Faisceau universitaire ; le Faisceau civique), disposait d'un journal (Nouveau Siècle, fondé le 26 février 1925), d'un uniforme et de rituels (défilés paramilitaires). La ligue atteint son apogée en 1926 avec 25 000 « Chemises bleues[1] » avant de connaître de graves dissensions internes en 1928, conduisant à son éclatement.

Ce sont autant de ligues qui manifestèrent avec plus ou moins de vigueur lors des événements du 6 février 1934.

Les ligues ont été créées généralement sur la base des associations d'anciens combattants de la Grande Guerre. Toutefois, ces anciens combattants majoritairement adeptes du « plus jamais ça » étaient hostiles à tout projet impérial d'extension coloniale, qui pourtant définit en partie l'idéologie fasciste. Aussi, ces ligues avaient pour principal ennemi la gauche, les communistes « moscoutaires » et le régime parlementaire. Mais il existe un débat historiographique quant à l'éventuelle apparition des ligues fascistes en France dans les années 1880 (Boulanger). Elles sont dissoutes par le gouvernement Blum en 1936.

La principale réalisation de ces ligues en France aura été d'avoir fait émerger un antifascisme unissant la gauche, à l'époque divisée. Ce clivage anti-fascistes contre anti-communistes a été d'une grande importance dans la vie politique française de l'entre-deux-guerres.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligues_d%27extr%C3%AAme_droite
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Re: les ligues

Message  ivo le Jeu 15 Jan - 8:19

Comment devient-on fasciste ?
http://www.monde-diplomatique.fr/2014/12/KESTEL/51049
Ouvrier métallurgiste et ancien dirigeant communiste, Jacques Doriot fonde en juin 1936 le Parti populaire français. Affirmant combattre tant le communisme que le capitalisme, tant Joseph Staline qu’Adolf Hitler, il finit parmi les ultras de la collaboration. Cette dérive d’un fasciste à la française passe néanmoins par quelques chemins inattendus.


Grande apparaît la tentation de reconstruire le parcours de Jacques Doriot (1898-1945) à l’aune de son issue, en cherchant une constance dans une somme d’inconstances et une logique derrière un cheminement idéologique. Outre l’explication psychologisante de l’appétit du pouvoir, de l’ambition déçue et du ressentiment à l’égard du Parti communiste français (PCF) — qui ne permet en rien de comprendre, par exemple, la place de Doriot dans le champ politique —, un autre écueil consisterait à vouloir faire graviter sa conversion dans la sphère éthérée des idées pures.

A l’aube des années 1930, Doriot est l’une des figures communistes les plus en vue. La presse s’est vite intéressée à ce « moscoutaire », élu député à 26 ans, qui excelle aussi bien dans les joutes oratoires que dans les combats de rue. Il s’est particulièrement illustré dans les luttes anticolonialistes, notamment à l’occasion de la guerre du Rif (1), et en est sorti auréolé, siégeant dans les hautes instances du parti et même de la IIIe Internationale (2).

Les luttes de pouvoir finissent toutefois par institutionnaliser le révolutionnaire et par le familiariser avec le calcul politique. Lorsque Moscou lui préfère Maurice Thorez à la direction du parti, en 1930, celui que la presse dépeint en bolchevik au couteau entre les dents est en passe de faire son entrée au sein de l’élite politique de la IIIe République : c’est un député-maire bien ancré dans son territoire. Il est réélu à Saint-Denis (3) dès le premier tour des élections législatives de 1932, alors que le PCF essuie dans le pays une défaite cuisante. Cette assise lui permet d’affirmer ses réticences puis son opposition aux orientations portées par Thorez, en particulier la ligne « classe contre classe » qui fait des socialistes des agents du « social-fascisme ». Doriot milite en faveur d’alliances au sommet avec les socialistes contre la menace fasciste, ce qui lui vaut d’être condamné à plusieurs reprises pour opportunisme.

Au soir des émeutes du 6 février 1934 (4), cependant, une telle proposition rencontre un écho inespéré. Dans le flot des mobilisations politiques et syndicales, Doriot crée à Saint-Denis un comité de vigilance antifasciste réunissant des socialistes, des communistes ainsi que des membres de la Confédération générale du travail (CGT) et de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU, communiste). Il tente un coup de force en démissionnant de son mandat de maire afin de faire trancher par le peuple le différend qui l’oppose à la direction du PCF. Il frôle le plébiscite, avec plus de 75 % des voix. Mais qu’importe le jugement des urnes : il est exclu le 27 juin. Un mois plus tard, Thorez, qui n’avait cessé de dénoncer la « trahison » de Doriot et le « vomissement social-démocrate », signe avec les socialistes le pacte d’unité d’action qui met fin à la guerre fratricide entre socialistes et communistes, jetant les bases du Front populaire…

L’isolement de Doriot laisse le champ libre à ses adversaires pour le définir et le situer politiquement. Il est classé par ses anciens camarades parmi les déviants de la IIIe Internationale : « trotskiste » ou encore « renégat pupiste (5) ». De leur côté, les socialistes, qui l’ont publiquement soutenu dès février 1934, semblent divisés entre, d’une part, une direction soucieuse de ne pas s’immiscer dans les affaires de son nouveau partenaire et, d’autre part, une aile gauche qui s’affiche sporadiquement aux côtés du proscrit tout au long de l’année 1935. Parti communiste excepté, Doriot a droit de cité à gauche, mais n’est pratiquement d’aucun poids dans la construction du Front populaire.

Aux élections sénatoriales d’octobre 1935, en rayant les noms des candidats PCF de la liste d’union de la gauche conduite dans le département de la Seine par le communiste Marcel Cachin, Doriot et ses alliés contribuent à l’élection de Pierre Laval. Le futur chef du gouvernement de Vichy mène alors une politique déflationniste que combattent socialistes et communistes. Doriot est exclu du Front populaire et de ses divers groupements. Des rixes entre ses partisans et des communistes à Saint-Denis permettent à ces derniers d’affirmer qu’ils font face à un « fasciste » ; un qualificatif qu’ils sont encore les seuls à utiliser. Malgré la campagne du candidat PCF Fernand Grenier sur ce thème à Saint-Denis, Doriot est réélu député aux élections de 1936 — cette fois d’une courte tête.

Ne pouvant se revendiquer d’un camp, Doriot emprunte d’autant plus facilement une ligne « ni droite ni gauche » qu’il attire dès la fin de l’année 1935 des réprouvés de tous bords : anciens communistes, néosocialistes, « jeunes-turcs » du Parti radical, non-conformistes, fascistes, qui tous brûlent de faire voler en éclats le système des partis. Avec ce groupe dirigeant hautement improbable composé d’anciens ouvriers, de grands bourgeois et d’aristocrates, il crée le Parti populaire français (PPF), un mois après les grandes grèves de mai-juin 1936. Pour base programmatique, celui-ci affiche un anticommunisme de principe, un rejet bien moins viscéral du conservatisme social de la droite et un nationalisme mollement antiparlementaire rejetant officiellement le fascisme et l’antisémitisme. S’y ajoutent la valorisation économique de l’empire colonial français et la collaboration des classes — deux éléments qui ont certainement partie liée avec le financement du parti par des banques d’affaires d’outre-mer et par le Comité des forges, puissante organisation patronale de la sidérurgie.

Difficile, en tout cas, de trouver dans ces éléments les vestiges d’un quelconque passé d’homme de gauche. Doriot abjure d’ailleurs publiquement ses anciennes convictions en déclarant : « L’erreur fondamentale du marxisme est de croire que l’homme est le produit exclusif de son milieu économique. (...) Or l’homme obéit à un certain nombre de lois naturelles, qui se reproduisent depuis toujours (6). »

La ligne « ni droite ni gauche » est typiquement une stratégie d’outsiders souhaitant renverser les structures politiques établies. D’autres que Doriot entendent occuper le créneau du rassembleur par-delà les « fausses divisions politiques » ; le colonel François de La Rocque, en particulier, qui fonde le Parti social français (PSF) après la dissolution, décidée par le Front populaire, du mouvement des Croix-de-Feu. Doriot et La Rocque deviennent rapidement rivaux et prennent des positions que seul vient distinguer un « narcissisme des petites différences (7) ». Ils sont, du reste, confondus par le Front populaire sous le seul et même vocable de « fascistes ». Les thèmes développés par Doriot achèvent en effet de convaincre toute la gauche que le PPF est une formation fasciste inféodée au patronat et à des puissances étrangères.

Un tel consensus n’est pas partagé par les partis et les journaux conservateurs. L’Echo de Paris loue la croisade de Doriot contre le communisme, « germe de guerre » (29 juin 1936). Le Temps, quotidien de référence, emploie des intonations à peine moins enthousiastes pour couvrir le premier congrès du parti, en novembre 1936. Nul ne se hasarde toutefois à l’appréhender autrement qu’au prisme de son anticommunisme. On sourirait presque en rappelant que les groupuscules antisémites n’ont vu au départ dans le PPF qu’un repaire de Juifs, de francs-maçons et de renégats communistes…

Mais le flou identitaire du PPF ne va pas durer. Le 16 mars 1937, une manifestation du Front populaire contre la tenue d’un meeting du PSF à Clichy dégénère en bataille rangée avec la police, faisant cinq morts et plusieurs centaines de blessés. La CGT appelle à une demi-journée de grève générale ; le Parti communiste demande de son côté la dissolution du PSF et du PPF. En réponse, Doriot propose un « front de la liberté contre le communisme » à pratiquement tous les partis de la droite parlementaire et extraparlementaire, ainsi qu’à deux partis ralliés au Front populaire — l’Union socialiste républicaine et le Parti radical —, ne serait-ce que pour maintenir les apparences d’une ligne « ni droite ni gauche ». Le refus de ces derniers transforme de fait ce « front de la liberté » en une classique proposition d’alliance des droites contre le communisme.

Le succès des premiers meetings crée une période de flottement. Mais, après plusieurs semaines d’hésitations, les dirigeants de l’Alliance démocratique et du Parti démocrate populaire, deux importantes formations de centre droit, refusent de rejoindre le rassemblement. La Rocque a enfin les mains libres et fait de même le 9 juin, grevant singulièrement les perspectives de ce front. Le 20, Doriot est défait par le communiste Auguste Gillot lors d’une élection municipale partielle à Saint-Denis. Pour couronner le tout, la chute du gouvernement de Léon Blum et le retour du radical Camille Chautemps (Cool éloignent le spectre d’une « révolution rouge ». Doriot a perdu sur toute la ligne.

Le soir de sa défaite municipale, il renonce à son mandat de député. Un geste élégant de la part de celui qui vient tout juste d’accepter l’argent de l’Italie fasciste. Ne disposant pratiquement plus que du soutien de l’équipe de l’hebdomadaire Je suis partout, regroupée autour de l’écrivain Robert Brasillach, et de l’Action française de Charles Maurras, le PPF va de moins en moins récuser l’étiquette « fasciste ». Enfin, un an après l’échec du « front de la liberté », le parti bascule vers l’antisémitisme. Les archives italiennes laissent également entendre que Doriot aurait été l’un des émissaires secrets du troisième gouvernement Daladier pour négocier la reconnaissance par la France du régime de Francisco Franco, en 1939. Ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres des basses œuvres qu’il allait accomplir. Comme Maurras, Doriot considère l’avènement du régime de Vichy comme une « divine surprise ». Très actif dans la collaboration, il participe à la création de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme et combat à l’Est sous l’uniforme allemand. Sa voiture est mitraillée par un avion le 22 février 1945 en Allemagne, où il s’était réfugié avec le dernier carré des collaborationnistes et des fascistes français.
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