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Affaire de Tarnac

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Mer 7 Nov - 21:56


« Undercover » 06/11/2012 à 15h33
Tarnac : quel rôle a vraiment joué le mystérieux espion anglais ?
Camille Polloni | Journaliste Rue89





Les dix personnes mises en examen dans l’affaire de Tarnac demandent à la justice de clarifier le rôle joué par un policier infiltré anglais, Mark Kennedy, dans la procédure engagée contre eux depuis 2008.

Les rencontres entre cet agent britannique et les jeunes de Tarnac, avant leur arrestation pour des sabotages SNCF, semblent avoir nourri l’accusation. Elles constituent l’une des énigmes de l’affaire.

L’avocat William Bourdon, qui défend Julien Coupat et ses co-inculpés, vient de déposer une demande d’acte sur le bureau de la juge d’instruction Jeanne Duye. Il l’invite à verser au dossier la totalité des notes de renseignement concernant ses clients. Selon le document que Rue89 a consulté :

« Un certain nombre d’informations ou d’allégations présentes tout au long de la procédure émanent de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), du fait de renseignements fournis par un policier “infiltré” anglais, monsieur Mark Kennedy. [...]

Il s’agit ici de démontrer que des éléments ont été délibérément dissimulés durant la procédure. »

« Un dossier à double fond »

La défense dénonce « un dossier à double fond », dans lequel le renseignement se serait substitué aux preuves judiciaires. Un argument déjà avancé par William Bourdon dans un autre dossier, celui des Français de Guantanamo. L’avocat parle de « recyclage » du renseignement dans la procédure judiciaire :

« Il y a une dérive des services de renseignement qui privilégient une recherche “underground” de la preuve, et non sa manifestation loyale.

L’utilisation de personnages comme Mark Kennedy est en soi une source de péril. Il ne peuvent qu’être dans la surenchère, et les services tendent une oreille complaisante à ces informations vues comme providentielles, même si elles peuvent être manipulées parce que produites hors de tout cadre judiciaire. »

William Bourdon « n’exclut pas l’audition de policiers de la DCRI ou de Mark Kennedy lui-même ». Le document, quant à lui, accuse le juge d’instruction en charge de l’affaire jusqu’en avril, Thierry Fragnoli, d’avoir caché des éléments utiles à ses clients.
De Scotland Yard à la Corrèze

Infiltré pendant sept ans au sein de la gauche radicale anglaise et européenne, le policier Mark Kennedy, qui se faisait appeler Mark Stone, a été démasqué par ses « camarades » en janvier 2011.

Le quotidien anglais The Guardian a publié des dizaines d’articles sur ses activités en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Islande, en Irlande, etc. De nombreuses enquêtes disciplinaires et parlementaires ont été lancées.

Dans son pays d’origine, le débat s’est focalisé sur les relations intimes qu’il a entretenues avec des militantes (qui le prenaient pour un des leurs). Ailleurs en Europe, c’est son franchissement aisé des frontières, son rôle d’agent provocateur et les délits qu’il a commis un peu partout qui posent problème. En France, pour l’instant, les passages avérés de Mark Kennedy sur le territoire n’ont eu aucune traduction juridique ni impact politique.

A plusieurs reprises dans le dossier de Tarnac, les policiers accusent les mis en examen, sans préciser l’origine de leurs informations. Elles émanent « des Renseignements généraux », « de la DCRI » ou d’un « renseignement anonyme ».

Les avocats estiment que ces informations constituent des violations des droits de la défense, puisqu’ils ne peuvent pas « en contester la source, l’origine et le contenu ».

Et selon eux, une grande partie de ces informations non-sourcées proviennent du policier infiltré anglais Mark Kennedy, que les mis en examen ont croisé à plusieurs reprises :

en février 2007 à Varsovie, en Pologne, lors d’une réunion de préparation du contre-sommet du G8 ;

en janvier 2008 à New York, le policier a rencontré Julien Coupat et Yldune Lévy ;

à l’été 2008, à Tarnac.

Le nom de Mark Kennedy n’apparaît nulle part dans le dossier, mais chacune de ces rencontres apparemment fortuites a trouvé un écho dans un rapport de la DCRI (rendu public par Mediapart). Il y est surtout question des voyages hors de France des jeunes de Tarnac et de leurs relations avec des activistes étrangers, sans allusion à d’éventuels délits. Les avocats écrivent :

« On s’étonnera que la totalité des éléments et informations censés accabler les mis en examen figurant dans le rapport de la DCRI relèvent de l’international. [...]

Aucun élément ne figure donc sur l’activité politique des mis en cause sur le territoire français. Ces derniers ne s’en cachent pourtant pas, loin s’en faut, et ont pour la plupart eu une activité politique et publique fort prolixe dans les mouvements sociaux de ces dernières années. »

En creux dans la procédure

Plus étrange, les observations de Mark Kennedy auraient même abreuvé la procédure judiciaire dès le début : en avril 2008, quand les policiers de la Sous-direction antiterroriste (SDAT) demandent l’ouverture d’une enquête préliminaire sur Julien Coupat et Yldune Lévy, ils s’appuient sur leur voyage à New York, déjà mentionné dans le rapport de la DCRI, pour établir l’existence d’une « structure clandestine anarcho-autonome ».

Présent à New York, Mark Kennedy surveillait des activistes américains en contact avec les Français de Tarnac. Pour le compte de qui ? Le FBI ? L’Angleterre ? Ce n’est pas clair. Quand le juge d’instruction Thierry Fragnoli demande des précisions aux autorités américaines sur cette rencontre, celles-ci renvoient la balle aux services britanniques. Qui écrivent :

« Les services de police du Royaume-Uni sont en mesure de déclarer que des informations sont disponibles attestant que Julien Coupat a assisté à une réunion à New York, USA, entre les 12 et 13 janvier 2008. [...]

La source de ces informations confidentielles ne sera jamais divulguée et aucun rapport formel ne sera communiqué. C’est sur cette base que ces informations confidentielles sont fournies au Ministère Public français. »

Le signataire de cette note au magistrat français est le chef de la National domestic extremism unit (NDEU), nouveau nom donné au service de police qui employait Mark Kennedy.

Le policier anglais, qui a voyagé dans 22 pays pour surveiller des activistes d’extrême gauche, a aussi donné des informations à des agents des Renseignements généraux et de la DST, selon plusieurs témoignages.
« X-UK »

Dans son livre « Tarnac, magasin général », paru en avril, le journaliste David Dufresne s’interroge sur le rôle de Mark Kennedy, qu’il appelle « X-UK ».

« Au fil du temps, mes calepins s’étaient noircis d’un X-UK, au gré des détails, tous invérifiables et tous disparates – en apparence –, que m’avaient distillés les enquêteurs. X-UK, ça voulait dire “source anglaise inconnue”. Souvent y était accolée une date, tout aussi mystérieuse : 2012. Ce X-UK était la quintessence de ce qu’on appelle le renseignement. Rien n’est plus volatil que le renseignement. [...]

Ses informations sur les déplacements à l’étranger de tel ou tel habitant du Goutailloux [la ferme de Tarnac] étaient l’un des socles des certitudes des policiers français – et leur talon d’Achille. Les prétendues ramifications internationales du “groupe Coupat”, c’était X-UK pour une bonne part. [...]

Les avocats se tenaient prêts : si le rôle de Kennedy était aussi prépondérant que ce que les on-dit prétendaient, c’était toute la légalité de la procédure qui pouvait voler en éclat. L’infiltré partage avec le repenti cette même faiblesse : si la police peut recueillir toutes les infos qu’elle souhaite, elle ne peut pas les produire toutes en justice. La “judiciarisation” du renseignement a ses limites. »

Les prémonitions du journaliste se sont révélées exactes, la défense s’appuyant désormais sur ce facteur britannique pour enfoncer un coin supplémentaire dans l’enquête, déjà mise à mal depuis quatre ans.
Une séquence favorable à la défense

Après avoir contesté le procès-verbal de filature de Julien Coupat tout au long de l’instruction et déposé trois plaintes contre la police fin 2011 (pour faux et usage de faux, subornation de témoins et écoutes illégales), les avocats des mis en examen ouvrent un nouveau front avec cette dernière demande d’actes.

« Le contexte est aujourd’hui plus serein, les interlocuteurs ne sont plus les mêmes », commente William Bourdon :

« Il est temps que cette arborescence de manœuvres déloyales, articulées les unes aux autres, soit prise pour ce qu’elle est : un gigantesque stratagème contre nos clients, le contournement de l’action judiciaire au nom de la lutte contre le terrorisme. »

La demande d’acte intervient dans une séquence déjà favorable à la défense. Fin octobre, un relevé bancaire d’Yldune Levy montre un retrait de 40 euros effectué avec sa carte bleue dans un distributeur automatique de billets à Paris, la nuit des sabotages. Alors que la jeune femme, selon les policiers, se trouvait en Seine-et-Marne.

Quelques jours plus tard, la chambre de l’instruction de Versailles ordonne l’audition des dix-huit policiers qui ont participé à la filature. Ils devront justifier de leur présence sur les lieux dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008.
http://www.rue89.com/2012/11/06/tarnac-quel-role-vraiment-joue-le-mysterieux-espion-anglais-236786

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Mar 13 Nov - 12:44

Quatre heures avec Julien Coupat pour refaire l’histoire de Tarnac
Camille Polloni | Journaliste





Une discussion à bâtons rompus avec Julien Coupat a mis un terme à quatre ans de quasi-silence de sa part. Mis en examen dans l’affaire de Tarnac pour « direction d’une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », il a donné rendez-vous à neuf journalistes de presse imprimée, web et radio au métro Ménilmontant (Paris, XXe arrondissement) ce lundi matin.

C’est Mathieu Burnel, l’un de ses co-inculpés, qui joue le guide jusqu’à l’appartement d’une de leurs amies, arrêtée en son temps mais jamais poursuivie. Un cortège (calme) se déploie dans l’escalier d’où descend une vieille dame.

La vision de cette conférence de presse improvisée prête à sourire : douze personnes dans un salon, cherchant un peu de place autour d’une table où les attend du café. Julien Coupat arrive un peu à la bourre, pas très à l’aise devant ce parterre de journalistes.

« Le seul moyen de disparaître »

Pour les deux mis en examen présents, l’objectif est clair : porter les derniers coups de boutoir à une affaire agonisante.

Au bout de quatre ans et 35 tomes, l’affaire de Tarnac semble toucher à sa fin. Les dernières avancées connues du dossier sur la carte bleue d’Yldune Levy, le rôle joué par un agent infiltré britannique et l’audition de dix-huit policiers ordonnée par la justice représentent autant d’éléments favorables à la défense.

Dans ce contexte, juge Mathieu Burnel, « l’affaire est terminée d’un point de vue judiciaire et politique ». Mais il reste « cette fiction policière de Julien-le-Chef », « figure monstrueuse puis quasiment figure de star » :

« Le fait qu’il ne s’exprime pas alimente ce fantasme de figure de l’ombre, c’est pour ça que Julien est là aujourd’hui. On ne va pas parler de la marque de ses chaussettes. »

Julien Coupat a toujours refusé les interviews depuis sa sortie de prison en 2009, soit en éconduisant les médias, soit en refusant d’être cité. Cette fois-ci, il n’économise pas sa parole :

« Pendant un certain temps, apparaître c’était comparaître devant je ne sais quel tribunal médiatique. Maintenant, le seul moyen de disparaître, c’est d’apparaître.

Nous avons l’impression d’avoir fait justice de l’ensemble des allégations policières. Ne demeure qu’un seul élément qui pourrait rester dans les esprits : la construction de cette figure de “Julien Coupat”. »

Alors voilà, Julien Coupat est là, une clope à la main, et peut même parler de lui à la troisième personne.

Un exposé méthodique

Les mis en examen procèdent à un long récapitulatif de leur dossier, dont ils connaissent désormais les cotes par cœur, quatre ans et un jour après leurs arrestations. Ils l’attaquent sur trois axes :

L’existence de Mark Kennedy, « point de départ de l’affaire », dont les informations sur le voyage à New York de Julien Coupat et Yldune Levy auraient aiguillé les Renseignements généraux vers le couple. Pour l’intéressé :
« Mark Kennedy correspond à l’idée que l’intensification du renseignement humain et technique permet d’arrêter les gens avant qu’ils ne commettent des crimes, ce que les Britanniques appellent “l’intelligence-led-policy”.

Le “premier cercle du groupe de Tarnac” désigné par les Renseignements généraux ne sont que des gens qui ont croisé Mark Kennedy.

L’enquête préliminaire n’a été ouverte que pour couvrir les écoutes illégales de l’épicerie de Tarnac, découvertes par le gérant une semaine avant [une information judiciaire est ouverte sur ces écoutes, ndlr].

Ensuite, il n’y a rien dans le dossier jusqu’à nos arrestations, malgré les accusations de conspiration internationale violente. »

Le PV de filature de Julien Coupat et Yldune Lévy dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 (celle des sabotages), contre lequel les mis en examen ont déposé une plainte pour « faux en écriture publique » à Nanterre.
Ils dénoncent « les contradictions de la Sdat » sur les horaires, la position des véhicules, la topographie des lieux, avec « le soutien du juge d’instruction Thierry Fragnoli pour maintenir le dossier ».

La chronologie de cette nuit reprend de l’importance depuis que le compte bancaire d’Yldune Lévy a parlé : la carte bleue de la jeune femme a servi a retirer de l’argent à Paris cette nuit-là, à 2h44. Alors que les enquêteurs sont supposés la suivre en Seine-et-Marne.

Pour Julien Coupat, l’affaire est entendue : « On leur a dit clairement qu’on n’était pas là au moment des sabotages. »

« Nous sommes partis de Paris où nous étions sous surveillance, le 7 novembre. En prenant la nationale, nous nous apercevons que nous sommes toujours suivis alors on se casse dans les petites routes de campagne.

Nous jouons au chat et à la souris avec la police pendant une heure et demie ou deux heures. Après s’être arrêtés pour manger, nous demandons une chambre dans un hôtel complet.

On dort dans la voiture, sans regarder combien de temps, à notre réveil on part à l’écart pour faire l’amour puis on décide de rentrer à Paris.

C’est vrai que nous n’avons pas regardé l’heure, ne sachant pas qu’on devrait un jour s’en justifier. Et en garde à vue, on ne nous a pas posé de questions sur cette chronologie. Mais nous avons la même version des faits depuis le début alors que la police en a changé quatre fois. »

Le témoignage de Jean-Hugues Bourgeois, jeune agriculteur à proximité de Tarnac, entendu sous X, dont l’identité a été révélée par TF1 en 2009.
« Seul élément du dossier qui fait tenir la direction d’une association de malfaiteurs », affirme Mathieu Burnel, « puisque ce témoin dit que Julien est le chef et qu’il est très méchant ».

« Bourgeois sert à consigner la trame policière », renchérit Coupat. De concert, les deux mis en examen attaquent la crédibilité de Bourgeois, qui a accusé la police de subornation avant de se rétracter et a livré des témoignages contradictoires.

Finalement, c’est qui ?

En se prêtant au jeu des questions, Julien Coupat et son camarade communiquent sur leurs activités politiques « loin de la clandestinité groupusculaire : l’épicerie était le lieu le plus ouvert de Tarnac ».

« Non », ils n’ont pas écrit « L’Insurrection qui vient », « oui », ils participent à des mouvements sociaux depuis des années, « oui », ils se savaient surveillés avant même leur arrestation et trouvaient ça « insupportable ».

La conversation s’élargit sur le fonctionnement de la justice antiterroriste lui-même, décrit par Coupat :

« L’affaire de Tarnac est la norme dans la procédure antiterroriste, pas une exception.

Le seul hic c’est que généralement, les policiers se retrouvent face à des gens que personne ne soutient, dans des affaires où personne ne remet en cause leur travail. »

Quatre heures, douze tasses vides et deux cendriers pleins plus tard, une question finale s’élève du canapé :

« Finalement, vous pensez que c’est qui qui a posé les fers à béton ? »

« Ce n’est pas à nous de répondre à cette question », concluent les mis en examen, après avoir toutefois évoqué plusieurs fois la revendication allemande laissée de côté par les enquêteurs.

Fidèle à lui-même, Julien Coupat refuse finalement de parler au micro des journalistes radio, dépités :

« On se voit, on se parle et vous écrivez ce que bon vous semble, mais je n’ai pas envie d’apparaître. Si c’est Mathieu qui vous parle, c’est pareil, nous disons la même chose. »

Mercredi, une conférence de presse réunissant les avocats des mis en examen et plusieurs parlementaires doit se tenir à l’Assemblée nationale. Le thème : « Pour en finir avec l’affaire de Tarnac », écrivent ses organisateurs.
http://www.rue89.com/2012/11/12/quatre-heures-avec-julien-coupat-pour-refaire-lhistoire-de-tarnac-236966

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Re: Affaire de Tarnac

Message  ivo le Ven 1 Fév - 8:52

Bonjour!

En février 2012, un ami forgeron était arrêté dans le cadre de l'affaire dite "de Tarnac". Il s'agissait pour le juge, avec ce nouveau "suspect", de tenter de faire tenir une construction dont il était le seul à ne pas voir qu'elle était à terre. Dès son arrestation, nous avions publiquement pris le pari qu'il sortirait sans inculpation au bout de 96 heures de garde-à-vue; et ce fut le cas, à un détail près. Au moment où les policiers lui signifiaient la fin de sa garde-à-vue antiterroriste, ils l'inculpaient pour avoir refusé de leur donner son ADN lors d'une interpellation désormais officiellement reconnue comme nulle et non-avenue. Il fallait, après la médiatisation de son arrestation, pouvoir dire que celui que l'on avait arrêté sans fondement sortait tout de même de là avec une "inculpation", fût-elle aberrante.

Notre ami forgeron passe donc le 6 février prochain devant le TGI de Rouen pour "refus de prélèvement ADN".

Par son absurdité même, ce procès met à nu toute une mécanique à la fois juridique, policière et judiciaire - celle du fichage ADN, de l'antiterrorisme, de l'usage des garde-à-vue. Il sera l'occasion de son démontage en règle. Ce sera en outre le premier procès directement lié à l'affaire dite "de Tarnac". Nous comptons donc bien y venir à nombreux et nous comptons sur vous aussi, pour donner comme un avant-goût de ce que sera le procès de Tarnac, au cas où un juge, un jour, imaginerait aller jusque-là.

Vous êtes donc tous fraternellement invités à ce procès. C'est à 13H30 le mercredi 6 février au tribunal de Rouen (34 rue aux juifs). Après l'audience, il y aura un apéritif de soutien dans notre restaurant: La Conjuration des Fourneaux (149 rue Saint-Hilaire).

Pour trouver les affiches, les explications et tout le reste:
leblogduforgeron.blogspot.fr


A très bientôt, donc!

Le comité de soutien de Tarnac

PS : Nous avons encore et toujours besoin de donations, même petites pour assurer notre défense ainsi que celle du forgeron. A cette fin, vous trouverez sur le blog du Forgeron une rubrique « soutenir le Forgeron ». Il est dorénavant possible en guise de remerciement, de recevoir en échange d'un don, un objet forgé par le Forgeron lui-même. Portes-clefs crochets, spirale d'ADN, tout ce qu'il pourra forger, il le forgera !
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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Jeu 7 Fév - 3:23

j'invite a aller faire un tour sur le site du forgeron et surtout a lire la lettre qu'il a écrit au juge antitérroristes
http://leblogduforgeron.blogspot.fr/p/la-lettre-du-forgeron.html
il est juste énorme allez en avant gout je vous laisse la fin de sa missive
si vous pouviez envoyer un mail au juge de Nanterre devant qui je vais passer jeudi 5 avril pour lui dire que tout cela n’est qu’un énorme quiproquo, que vous vous êtes gouré et que ce n’est pas grave car c’est en forgeant que l’on devient forgeron.


Charles Torres


PS: A posteriori, mon père de 86 ans vous remercie de la manière odieuse dont vous vous êtes comporté avec lui pendant la perquisition, ça lui a rappelé ces beaux moments de la jeunesse où il était poursuivi par les juges du régime franquiste.
Il a, l’espace de quelques heures, grâce à vos hurlements, retrouvé ses vingt ans.


sur son site toujours
Le Forgeron
Au zénith de sa jeunesse, le Forgeron se caractérise par ses nombreuses passions. Méticuleuses, poussées à l'extrême mais toujours maîtrisées. Le cheval, les armes à feux du XVIIIème siècle, le whisky Ecossais, les séries HBO et l'art du cuir.

Le forgeron est une figure trans-historique. Il est concentration, condensation du temps. La brutalité nécessaire du moyen-âge, la précision du romantisme allemand et la fierté des anarchistes de Barcelone. Il est point de rencontre.
Il philosophe à coups de marteau et décapite les juges avec sa plume.
Fait de ce qui du passé ne passe pas, c'est cette irréductibilité qui, accidentellement, rend son existence furieusement politique.

Inlassable voyageur, il faudra des semaines de traques et pas moins de 2972 heures d'écoutes aux fins limiers de l'anti-terrorisme pour retrouver sa trace.

Face aux enquêteurs qui l'interrogent dans les locaux de la DCRI il s'esclaffe: Vous connaissez mon impatience! Amenez moi le juge Fragnoli!

A-t-il réalisé les crochets qui ont permis de saboter les quatre plus grandes lignes TGV de France? Plutôt mourir! C'était un tel travail de cochon!

Avoir arrêté le Forgeron ne fut pas une erreur du juge: ce fut sa punition.

Aujourd'hui, de petits policiers dans leurs petits bureaux étriqués espèrent lui faire payer son refus de leur offrir son ADN. Ne savent-ils pas, ces imbéciles, qu'aucun phénotype ne sera jamais réduit à son code génétique?

Parce qu'on le traîne devant une cour pour ne pas s'être soumis au fichage génétique et insensé de toute la population, c'est à l'enclume qu'il pourfendra ses accusateurs.

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Re: Affaire de Tarnac

Message  ivo le Mar 7 Jan - 18:17

Des nouvelles de Tarnac
[soutien11novembre.org]
Chers amis,

Cela va bientôt faire un an et demi que nous n'avons pas donné de nouvelles. Si tout suit son cours tranquillement subversif sur le plateau de Millevaches, le moins que l'on puisse dire c'est qu'à l'échelle du pays le climat politique et existentiel tend à devenir exécrable. Ce qui se cache derrière « la crise » est un phénomène si total qu'il défie manifestement nos catégories. Une fois que l'on a parlé des « ravages du néo-libéralisme », de « l'épuisement des ressources », du « néant spirituel » ou de l' « implosion du social », on sent bien que l'on rate encore l'essentiel. Tout cela ressemble fort à une civilisation qui roule droit dans le mur à tombeau ouvert, et qui cherche à s'éviter par tous les moyens la remise en cause de ses façons de vivre et de penser. Dans cet imperceptible sauve-qui-peut, le premier réflexe est de se raccrocher à tout ce qui surnage en ce coeur du naufrage qu'est l'Europe, notamment à l'Etat national. Le retour des vieilles lunes fascistoïdes exprime d'abord l'illusion que ce cadre serait une voie de salut quand il est devenu l'échelle même de notre impuissance. Le misérable petit désir d'extermination des « étrangers » qui monte dans le pays témoigne de cet auto-enfermement dans le cadre national, et des instincts de cannibalisme social qui en découlent dès que s'annonce la disette. Bref : le navire amiral fait eau de toutes parts, ça fuit de partout.

Ça fuit de partout. Voilà qui, d'un point de vue local, du point de vue de la commune, n'a rien de désastreux. Partout, des gens cherchent et expérimentent d'autres façons de s'organiser, de vivre, de se lier les uns aux autres et au territoire qu'ils habitent. Ça fuit, mais ça ne fuit pas comme des rats. Il y a une recherche à l'oeuvre, qui est à la mesure du désastre général. Seulement, ce serait une erreur que de voir là de simples « alternatives » au système économique dominant. La situation est bien plus panique que cela, et en un sens plus politique. En fait d'« alternatives », ce qu'il y a c'est bien plutôt un combat. Un combat entre une organisation sociale en restructuration violente au profit de la petite minorité nécessaire au pilotage de la machine économique mondiale depuis les métropoles, et toute la vie qui s'agence à l'écart et contre cette organisation. Ce qui se constitue, ce ne sont donc pas des îlots, des oasis, des niches existentielles au milieu du désert néo-libéral, mais de véritables mondes, une sorte de condensation territoriale de forces, d'idées, de moyens et de vies qui attirent magnétiquement tout ce qui fuit, tout ce qui déserte, tout ce qui fait sécession avec le nihilisme dominant.

Ces dernières années, c'est un tel processus de regroupement que nous voyons s'accélérer, à notre petite échelle, sur le plateau de Millevaches. Il y a là, sur cette rude terre, pas à pas, un dehors partiel à l'ordre global qui se construit. Un dehors qui ne concerne pas seulement ceux qui y vivent, mais aussi tous ceux qui pourraient être tentés, à un moment ou à un autre, de laisser derrière eux une forme d'existence devenue par trop toxique pour eux. À tel point que l'on se prend à imaginer par ici que si la politique nationale devait continuer de suivre sa pente néfaste, le plateau pourrait bien assumer en tant que tel une sorte de rupture avec cet ordre vermoulu. Au reste, une telle chose s'est déjà vue par ici dans l'histoire récente. Les maquis pourraient bien, un de ces jours, ressortir des musées.

Mais venons-en à la raison de ce courrier. Cela va faire bientôt dix ans que nous avons pris la ferme du Goutailloux à Tarnac. Depuis le premier jour, nous rêvons d'en faire un grand lieu collectif ouvert sur le plateau et sur le monde. Un lieu où l'on pourrait réunir des centaines de personnes à l'occasion de séminaires, de grands repas communaux, de fêtes, de la venue de troupes de théâtre ou de groupes de musique. Nous rêvons depuis dix ans d'une grande salle de plus de 300 m2, de granit et de bois brut, et dont l'atmosphère porterait la réconciliation du merveilleux, de l'expérimental et du populaire. Une sorte de collision architecturale, toute proportion gardée, entre le théâtre du Globe de Shakespeare, le club rock underground CBGB à New York et le saloon. Un lieu qui, par son ambiance, appellerait à lui tout ce que ne peut accueillir une salle des fêtes anonyme, carrelée et éclairée au néon. Un lieu donc, de rencontre, de réunion, de retrouvailles et de réjouissances. Jusqu'ici, et cela n'est pas tout à fait étranger à une certaine opération policière survenue le 11 novembre 2008, nous n'avons eu ni les forces, ni le temps, ni les moyens de nous lancer dans ce chantier considérable.

Or cette fois-ci, nous en avons fait les plans et une équipe d'une trentaine de compagnons bâtisseurs allemands a d'ores et déjà programmé de venir nous aider à réaliser ces travaux l'été prochain, en août. Ces compagnons font partie d'un groupe mixte de menuisiers, charpentières, tailleurs de pierre et maçonnes qui, passée leur formation, partent sur la route pour un tour de trois ans à travers l'Europe. Chaque année depuis 1982, ils interrompent leur itinérance et convergent pour un mois à l'occasion d'un chantier dans un lieu collectif qu'ils ont choisi de soutenir. Cette année, ils ont choisi le Goutailloux. Un chantier de cette ampleur coûte évidemment cher, et il nous manque encore, à ce point, quelque 70 000 euros pour financer la construction d'un bâtiment dont l'usage sera gratuit et débordera largement les seuls habitants de Tarnac. Pour tout vous dire, nous avons rarement eu autant besoin d'aide financière pour un projet qui nous tient à ce point à cœur et depuis si longtemps. Quant à ceux qui auraient le savoir-faire et du temps à consacrer, entre mars et juillet 2014, à des travaux de menuiserie, de charpente, d'électricité ou de maçonnerie, ils sont plus que les bienvenus. Il leur suffit de nous joindre, dès maintenant. Chaque semaine de ces chantiers préparatoires se concluera par un week-end consacré à la discussion politique et/ou l'élaboration théorique. Une façon d'être fidèle à ce que nous entendons par « commune » : une certaine manière de ne pas délier construction matérielle, pensée et geste politique.

À très bientôt,

Des amis de la commune de Tarnac
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Re: Affaire de Tarnac

Message  ivo le Lun 23 Juin - 12:47

Affaire de Tarnac: toute l'affaire vue par Le Monde.
[soutien11novembre.org]
Comme vous l'avez peut-être appris par la presse, l'instruction de l'affaire "de Tarnac" devrait se clore cet été. Nous devrions donc enfin savoir si de faux procès-verbaux de Police en renfort d'une grosse pression politique suffisent à mener des gens devant un tribunal pour terrorisme.

Quoi qu'il en soit, pendant ce temps, le journal Le Monde a entrepris de reprendre la totalité de l'affaire depuis son début jusqu'à la décision finale de la juge. Une cinquantaine d'épisodes, sous forme de feuilleton, vont récapituler et examiner toute l'enquête policière.

Nous vous invitons donc à suivre ce travail journalistique très particulier et à le diffuser à vos amis.

Voici l'adresse:
http://tarnac.blog.lemonde.fr

Vous pouvez aussi le suivre sur twitter:
http://twitter.com/TarnacleBlog

Quant à nous, notre adresse reste la même:
https://twitter.com/soutientarnac


Il va sans dire que si nous obtenons un non-lieu cet été, nous organiserons une fête gigantesque à Tarnac. Si au contraire, la justice antiterroriste prétend vouloir nous juger, nous organiserons une encore plus grosse fête sur l'Ile de la cité.

Encore et toujours merci pour votre soutien,

Le comité de soutien de Tarnac
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Re: Affaire de Tarnac

Message  ivo le Mar 21 Oct - 9:25

L’insurrection est revenue
http://www.lesinrocks.com/2014/10/20/livres/linsurrection-revient-11530826/
Sept ans après “L’insurrection qui vient”, le Comité Invisible revient à la charge avec un texte puissant, “A nos amis”. Un manifeste pour la révolution d’aujourd’hui qui, après les mouvements récents d’occupation des places dans le monde, dessine un horizon traversé par le goût de la fraternité et de la rencontre.

“Les insurrections, finalement, sont venues”. Le nouveau texte du Comité Invisible, A nos amis (éd. La Fabrique), part d’un constat à la fois lucide et satisfait. Le collectif prend acte du développement d’un imaginaire insurrectionnel dans le monde entier depuis quelques années en se félicitant d’en avoir prophétisé l’avènement. Sept ans après la parution de leur texte quasi-prophétique L’insurrection qui vient, écrit après les émeutes des banlieues françaises de 2005, le Comité Invisible sort ainsi de son obscurité pour prolonger l’état de sa réflexion sur la manière de repenser l’idée révolutionnaire aujourd’hui, d’en justifier le principe autant que d’en préciser le mode d’organisation possible. “Il y a dix ans, prédire un soulèvement vous exposait aux ricanements des assis ; ce sont ceux qui annoncent le retour à l’ordre qui font à présent figure de bouffons”, souligne d’emblée le mystérieux collectif, publié par leur fidèle éditeur Eric Hazan.

Ce dernier les accompagne depuis des années et les a soutenus dans la fameuse affaire Tarnac, pour laquelle il dut témoigner en avril 2009 devant la justice en tant qu’éditeur du texte dont la “doctrine philosophico- insurrectionnaliste” fut considérée comme un grave danger pour la sécurité de l’Etat. Comme le confiait alors Alain Bauer, conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions de criminologie, “les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire”. Si on ne sait rien de ce que le Comité invisible a fait – rien dans les faits, a confirmé depuis la justice -, on sait en effet ce qu’ils disent. Et de ce point de vue, leur nouveau texte A nos amis radicalise, et affine en même temps, leur réflexion, qui par une ironie assez provocante, met en exergue une phrase de Jacques Mesrine : “Il n’y a pas d’autre monde. Il y a simplement une autre manière de vivre”.

Une puissance symptomatique d’un air du temps révolté

Les ministres de l’Intérieur et autres policiers sont prévenus : le Comité Invisible ne désarme pas. Mais, plutôt que de fantasmer sur son activisme potentiel, attachons-nous à son texte, saisissant, élaboré et réfléchi. En dépit de ses excès et son lyrisme appuyé, indexés à une forme de mythologie romantique de la révolution, A nos amis dégage une puissance, symptomatique d’un air du temps révolté, d’un désir diffus de réinventer les règles d’un monde à bout. De le bousculer pour y réintroduire un principe absolu, la fraternité, comme s’il ne restait plus que lui pour nous sauver du péril. A nos amis expose une pensée de la rébellion traversée par un certain dégoût de la vie, le goût de la guerre et de l’organisation, le souci de retrouver un contact vital avec le réel, la joie de la rencontre… “Depuis L’insurrection qui vient, nous nous sommes portés là où l’époque s’embrasait, écrivent les auteurs. Nous avons lu, nous avons lutté, nous avons discuté avec des camarades de tous pays et de toutes tendances, nous avons buté avec eux sur les obstacles invisibles du temps”. La crise d’aujourd’hui est moins une crise économique, écologique ou politique qu’une “crise de la présence”.

“Ce n’est pas le monde qui est perdu, c’est nous qui avons perdu le monde et le perdons incessamment ; ce n’est pas lui qui va bientôt finir, c’est nous qui sommes finis, amputés, retranchés, nous qui refusons hallucinatoirement le contact vital avec le réel”. Comment dépasser cette “effarante ruine des intériorités”, cet épuisement des ressources subjectives et vitales qui frappent nos contemporains ? Comment donner corps à toutes ces conversations et amitiés qui tissent par capillarité, à l’échelle mondiale, un “parti historique à l’œuvre” ? Comment transformer ce parti encore confus en force politique soulevée contre “la restructuration permanente de tout, des organigrammes comme des aides sociales, des entreprises comme des quartiers”, contre les autorités dominantes qui “cherchent à susciter volontairement le chaos afin de rendre l’ordre plus désirable que la révolution” ?

Une autre idée de la vie

Avant même de discuter la légitimité ou non des voies politiques esquissées par le Comité invisible, chacun, y compris les belles âmes du réformisme politique pour lesquelles l’idée même de révolution reste une aberration démocratique, pourrait s’entendre sur le constat opéré ici. Partout, se lit la même inquiétude, la même panique de fond, “à quoi répondent les mêmes sursauts de dignité, et non d’indignation”. Ce qu’A nos amis traduit sensiblement, c’est ce “dégoût pour une vie où nous sommes tous seuls, seuls face à la nécessité pour chacun, de gagner sa vie, de se loger, de se nourrir, de s’épanouir ou de se soigner”, ce dégoût pour des formes de vie traversées par la peur de soi et la peur de l’autre. Ce qui est en jeu dans les insurrections contemporaines, observe le Comité invisible, c’est la question de “savoir ce qu’est une forme désirable de la vie, et non la nature des institutions qui la surplombent”. C’est une autre idée de la vie qu’il faut opposer à l’ordre dominant.

Pour ce faire, il nous faut disposer, selon les auteurs, d’une “connaissance technique approfondie de l’organisation de ce monde”. Reprendre un travail méticuleux d’enquête, aller à la rencontre dans tous les secteurs, “sur tous les territoires où nous habitons, de ceux qui disposent des savoirs techniques stratégiques”.

“Ce processus d’accumulation de savoir, d’établissements de complicités en tous domaines, est la condition d’un retour sérieux et massif de la question révolutionnaire”.

C’est seulement à partir de là que des mouvements “oseront véritablement tout bloquer”.

“Tant que nous ne saurons pas comment nous passer des centrales nucléaires et que les démanteler sera un business pour ceux qui les veulent éternelles, aspirer à l’abolition de l’Etat continuera de faire sourire ; il n’y aura pas de mouvement de masse décidé”.

La capacité d’auto-organisation des insurrections contemporaines

Ce qui frappe les auteurs confrontés aux insurrections contemporaines, c’est la capacité d’auto-organisation qui s’y déploie partout et qui, comme place Taksim à Istanbul ou place Maïdan à Kiev, “parvenait, par endroits, à nourrir 3000 personnes à chaque repas, à bâtir un village en quelques jours ou à prendre soin des émeutiers blessés”. Le signe, pour eux, de la victoire politique du mouvement des places. Car, insiste le Comité invisible, “ce n’est pas la faiblesse des luttes qui explique l’évanouissement de toute perspective révolutionnaire ; c’est l’absence de perspective révolutionnaire crédible qui explique la faiblesse des luttes”.

“Obsédés que nous sommes par une idée politique de la révolution, nous avons négligé sa dimension technique”.

Le Comité Invisible préfère au souci de la radicalité, qu’il laisse “aux dépressifs, aux narcissiques et aux ratés” (qui se reconnaîtront) , le goût du devenir-révolutionnaire. A la question “votre idée du bonheur ?”, Marx répondait : “combattre”. A la question “pourquoi vous battez-vous ?”, les auteurs répondent : “il en va de notre idée du bonheur”. “Notre force de frappe est faite de l’intensité même de ce que nous vivons, de la joie qui en émane, des formes d’expression qui s’y inventent, de la capacité collective à endurer l’épreuve dont elle témoigne”.

Ce qui compte avant tout, c’est donc “l’ensemble des liens, des amitiés, des inimitiés, des proximités et des distances effectives dont nous faisons l’expérience”. Depuis la fin du mouvement des places, on a vu de fait éclore dans de nombreuses villes des réseaux d’entraide pour empêcher les expulsions locatives, des comités de grève et des assemblées de quartier, mais aussi des coopératives, “pour tout et en tout sens”.

“Tout mouvement, toute rencontre véritable, tout épisode de révolte, toute grève, toute occupation, est une brèche ouverte dans la fausse évidence de cette vie-là, atteste qu’une vie commune est possible, désirable, potentiellement riche et joyeuse”.

“La Commune fait naître toujours plus que ce qu’elle revendique”

Avec cette prolifération de mouvements, c’est tout un tas de pratiques auparavant marginales qui se diffusent bien au-delà du ghetto qui se les était réservées. Les foules révoltées apprennent que nous pouvons nous organiser, et que “la Commune fait naître toujours plus que ce qu’elle revendique”. La révolution se joue dans ce geste-là : aller à la rencontre, discerner, dans la complexité des appels, “les communes amies, les alliances possibles, les conflits nécessaires”. De sorte que la tâche révolutionnaire est devenue partiellement une “tâche de la traduction”. “Il n’y a pas d’esperanto de la révolte. Ce n’est pas aux rebelles d’apprendre à parler l’anarchiste, mais aux anarchistes de devenir polyglottes”.

Pour le Comité Invisible, “devenir révolutionnaire, c’est s’assigner un bonheur difficile, mais immédiat”. S’il mesure bien que rien ne garantit que “l’option fasciste ne sera pas préférée à la révolution”, il dessine ici “le début d’un plan” et prévient qu’il fera “ce qu’il y a à faire”. Texte saisissant, A nos amis illustre aujourd’hui de manière incandescente ce que Michel Foucault affirmait dans son cours au Collège de France en 1976 “Il faut défendre la société” : “Qu’y a-t- il donc dans l’histoire qui ne soit l’appel ou la peur de la révolution ?”. L’appel qui résonne dans A nos amis fera peur à ceux qui s’en alarment autant qu’il revigorera ceux qui s’impatientent de son retour.
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Re: Affaire de Tarnac

Message  ivo le Mer 22 Oct - 9:28

«L’insurrection» is back
http://www.liberation.fr/societe/2014/10/22/l-insurrection-is-back_1126583?xtor=rss-450
Sept ans après «L’insurrection qui vient», le Comité invisible publie «A nos amis», un nouveau pamphlet politique et poétique sur les révolutions d'aujourd'hui. Et de demain.
L’insurrection revient peut-on déjà lire un peu partout. Les éditions La Fabrique publient A nos amis, nouvel opus signé par le Comité invisible, et disponible en huit langues dès la sortie. Sept ans plus tôt, ce groupe d’anonymes avait publié un pamphlet, L’insurrection qui vient, chez le même éditeur, dans un relatif anonymat. Jusqu’à ce que le gouvernement attribue à la bande de Tarnac – des jeunes éduqués ayant choisi de lancer une épicerie communautaire dans ce joli coin perdu du Limousin – des attentats contre les caténaires de la SNCF, et l’écriture de cet ouvrage, qualifié de «danger terroriste» jusque sur les chaînes américaines. L’affaire eut un grand retentissement, Julien Coupat, le supposé leader, passa par la prison préventive, jusqu’à ce que cela s’essouffle petit à petit devant les inconséquences de l’enquête. Rien n’a été prouvé, l’épicerie est ouverte de nouveau et le comité est toujours un groupe d’invisible.
L’insurrection qui vient était un beau texte. Parfois anarchistes, parfois situationnistes, même s’ils s’en dédiront, les auteurs n’avaient pas peur des envolées lyriques et des clameurs générales. Le livre se rangeait presque dans la catégorie poésie, celle des espoirs et des folies, des rêves et de la mauvaise conscience de son temps.


L’ÉCHEC DES INSURRECTIONS
A nos amis est un peu différent. S’il y a toujours des grandes phrases, il se veut plus concret. Le contexte aussi a changé. Le premier ouvrage annonçait les révolutions. Sept ans après, elles ont eu lieu, ou durent toujours, et elles ne se sont pas forcément bien passées. «Nous autres révolutionnaires sommes les grands cocus de l’histoire», écrivent-ils au départ. «Nous avons eu dans la crise une foi aveugle, une foi si aveugle et si ancienne que nous n’avons pas vu comment l’ordre néolibéral en avait fait la pièce maîtresse de son arsenal». Ce constat n’est pas nouveau. Il avait déjà été fait par un autre ouvrage de La Fabrique, en 2013, qui était un demi-retour du Comité invisible, Premières mesures révolutionnaires. Signé par Eric Hazan, leur éditeur, et le relativement mystérieux Kamo, cet essai est une première ébauche de programme. Les auteurs, en 2007, étaient «du côté de ceux qui s’organisent». L’année dernière, Hazan et Kamo appelaient à «se rencontrer», «s’organiser», «se soulever». Désormais, avec A nos amis, la révolution est partout.

On sent, dans ce nouveau texte, une gêne. Les insurrections se sont multipliées. A Athènes, Tahrir, Taksim, Madrid, Wall Street, Oakland, etc, mais elles ne se sont pas bien terminées. Souvent par l'incapacité des mouvements en place à imaginer la suite, soit par une reprise en mains par le pouvoir, soit par le fait que les manifestants sont retombés dans les travers de ceux qu’ils affrontaient.

Le Comité invisible, d’un point de vue révolutionnaire, analyse avec intelligence les bouleversements récents du monde. Sans tomber dans une vision ultracomplotiste, il considère que la crise ne dérange pas les puissants, mais peut être vue par eux comme un moyen de mieux contrôler les masses, d’enchaîner les réformes d’austérité et de tout ce que l’on veut, au nom du bon sens. Les livres «adversaires», comme Contre-insurrection de David Galula, sont cités et analysés.

«TOUT BLOQUER»
Peu abordés dans l’Insurrection qui vient, la technologie et ses évolutions tiennent dans ce nouvel opus une grande place. Si, sans surprise, le Comité invisible dit «Fuck off Google», il n’est pas non plus technophobe. «Le fait que des révolutionnaires aient employé (Facebook) et l’emploient pour se retrouver en masse dans la rue prouve seulement qu’il est possible de l’utiliser, par endroits, contre lui-même, contre sa vocation essentiellement policière», juge-t-il. Presque métaphysiques, les auteurs estiment «qu’il aura fallu que toutes sortes d’écrans s’interposent entre nous et le monde pour nous restituer, par contraste, l’incomparable chatoiement du monde sensible, l’émerveillement devant ce qui est là». Et s’il est jugé tout de même trop individualiste, la figure du hacker est plutôt valorisée, par sa volonté de comprendre «comment cela marche».

Car, pour le Comité invisible, l’important désormais n’est plus d’affronter les gouvernements, «le pouvoir ne réside plus dans les institutions» mais «dans les infrastructures». «Il a l’apparence des équipements neutres et de la page blanche de Google. Qui détermine l’agencement de l’espace, qui gouverneme les milieux et les ambiances, qui administre les choses, qui gère les accès, qui gouverne les hommes», racontent les auteurs. «Obsédés que nous sommes par une idée politique de la révolution, nous avons négligé sa dimension technique», reconnaissent-ils. C’est en acquérant cette connaissance technique qu’il sera ensuite possible de «tout bloquer».

L’EAU DES POISSONS
En attendant, face aux échecs de toutes les communes actuelles, le Comité invisible propose une pirouette philosophique. Désormais, selon eux, la révolution ne peut plus échouer, tout simplement parce que la révolution est partout. «Nous autres révolutionnaires sommes à la fois l’enjeu et la cible de l’offensive permanente qu’est devenu le gouvernement. Nous sommes les "cœurs et les esprit" qu’il s’agit de conquérir», écrivent-ils. «Nous ne luttons pas dans le peuple "comme dans un poisson dans l’eau" ; nous sommes l’eau même, dans laquelle pataugent nos ennemis – poisson soluble.» Les ennemis, ce sont les 1%, non seulement parce qu’ils sont riches, mais parce qu’ils sont organisés pour garder le pouvoir, c’est le néocapitalisme, ce sont les gouvernements, les dictatures, les polices.

On retrouve aussi, dans les trois ouvrages, et spécialement dans A nos amis, cette absence d’immodestie qui fait parfois sourire. C’est le rôle du poète de monter sur son tonneau et de crier qu’il possède la vérité – car, ontologiquement, de toute évidence, il la possède. C’est peut-être moins son rôle de distribuer les bons et surtout les mauvais points à tout ce que les deux derniers siècles ont pu compter d’utopistes, de révolutionnaires et d’extrême gauche. A part eux, la commune de Paris et les insurrections qui échouent, personne ne semble trouver grâce à leurs yeux. Proudhon, les communistes, les anarchistes, les situationnistes, les Brigades rouges, les antifas, les pacifistes et les radicalistes, chacun a le droit à son petit mot aigre. A l’inverse, les concurrents idéologiques actuels, les adversaires, sont relativement peu cités. Les «petits fascistes» de la manif pour Tous, «le misérable Beppe Grillo», le «sinistre Dieudonné» ou même l’Etat islamique sont évacués en une ligne à chaque fois.

C’est aussi l’une des faiblesses fondamentales du Comité invisible, d’Hazan et de Kamo. A ne vouloir être personne et tout le monde, à laisser espérer la barricade sans le dire en réfutant toute violence, ils laissent leurs «amis», même à la fin du dernier ouvrage, dans le flou. Tout en vilipendant celle du capitalisme d’Adam Smith, on a parfois l’impression, commencée dans Premières mesures révolutionnaires et confirmée dans A nos amis, que les auteurs espèrent un même type de main invisible pour la révolution. Si vous, nous, je et l’autre, sont l’eau révolutionnaire – très bien, avec joie – alors il n’y aurait ainsi, rien à faire ? Et pourtant, dans ce grand jeu que l’on nous propose, on a le sentiment, malheureusement, que le présent reste sans issue.
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Re: Affaire de Tarnac

Message  ivo le Mer 22 Oct - 10:57

Sept ans après « L’insurrection qui vient », le Comité invisible réapparaît
http://rue89.nouvelobs.com/2014/10/21/sept-ans-apres-linsurrection-vient-comite-invisible-reapparait-255593
GÉNÉALOGIE
Avec « A nos amis » (éditions La Fabrique), publié ce mardi, le Comité invisible récidive. Outre le français, il doit bientôt sortir dans sept autres langues.

Si le collectif sous pseudonyme a digéré la philosophie de Michel Foucault, Gilles Deleuze et Giorgio Agamben, son livre s’inscrit surtout dans la lignée intellectuelle de la revue « Tiqqun » (1999-2001), d’ « Appel » (2005) et de « L’Insurrection qui vient » (2007).

Signé du même Comité invisible, l’ouvrage avait servi de pièce à conviction dans l’affaire dite « de Tarnac » l’année suivante, quand la police en avait attribué la paternité à Julien Coupat.



Entre « L’Insurrection qui vient » (2007) et « A nos amis », qui sort ce mardi, sept ans ont passé. Les révolutions arabes ont fleuri, les Grecs ont retourné Athènes un certain nombre de fois avant de revenir à un ordre monotone et douloureux, et des conflits, pas toujours lisibles à distance, ont agité l’Angleterre, la Turquie, le Brésil. « Les insurrections, finalement, sont venues », attaque le Comité invisible, qui s’en félicite et met à jour ses analyses.

Occupation des places à Madrid ou en Egypte, émeutes à Londres comme à Kiev : « A nos amis » s’adresse à ceux qui voient un fond commun dans ces situations, toutes différentes.

« Les mêmes sursauts de dignité », même si certains se terminent en changement de régime, d’autres en peines de prison ou en bain de sang, voire en eau de boudin.

« De nos voyages, nous sommes revenus avec la certitude que nous ne vivions pas des révoltes erratiques, séparées, s’ignorant les unes les autres, et qu’il faudrait encore lier entre elles.

Cela, c’est ce que met en scène l’information en temps réel dans sa gestion calculée des perceptions.

Cela, c’est l’œuvre de la contre-insurrection, qui commence dès cette échelle infime. Nous ne sommes pas contemporains de révoltes éparses, mais d’une unique vague mondiale de soulèvements qui communiquent entre eux imperceptiblement. »

Occupy Wall Street comme la révolte de Maïdan ne sont pas réductibles à leurs seuls revendications mais constituent un signe du « dégoût pour la vie qu’on nous fait vivre ». Le Comité invisible part de là, de cette forme d’étrangeté existentielle – le mélange d’ennui, de routine et de dépossession que chacun peut expérimenter sans grande joie – doublée d’un isolement impossible à combler par le dernier gadget électronique à la mode. Une perte de sens généralisée, un rapport au monde appauvri, un élan vital anémié.

« La décomposition de ce monde, assumée comme telle, ouvre au contraire la voie à d’autres manières de vivre. »

Théorie de la destitution

Il faut reconnaître à ce livre une qualité qui se fait rare : tenter de rendre intelligible un ensemble confus d’événements et de tiraillements de l’époque (comment comprendre les crises économiques ? La technologie constitue-t-elle un progrès ?), en en proposant une interprétation globale dans une perspective révolutionnaire. En deux mots : proposer une stratégie insurrectionnelle qui ne prospère pas sur le terreau du complotisme et ne tourne pas à l’avantage des fascistes.

Qu’on partage l’analyse ou qu’on la rejette, le texte est ambitieux et enthousiasmant, malgré sa complexité pour qui n’a pas fait des années de philo (je m’inclus). A la limite du prophétique, métaphysique, il s’appuie sur des perceptions communément ressenties pour en tirer un système de prescriptions. Que ce soit en France, aux Etats-Unis ou en Syrie, qui ne s’abîme pas d’être gouverné ?

« A nos amis » décrit la gestion contemporaine des populations comme l’art de provoquer des crises pour les résoudre, de s’appuyer sur la peur de la catastrophe (terroriste, épidémique ou autre) et sur une restructuration permanente « de tout, des organigrammes comme des aides sociales, des entreprises comme des quartiers », pour décourager toute velléité de révolte.

Au « paradigme du gouvernement », voulant que les hommes aient besoin d’être gouvernés pour échapper au chaos, le Comité invisible oppose une « théorie de la destitution », déjà esquissée dans « Premières mesures révolutionnaires » (éd. La Fabrique, 2013), le dernier livre d’Eric Hazan (et Kamo) : quand les insurgés déposent un gouvernement, avancent-ils, il faut à tout prix éviter qu’un autre ne prenne sa place. Mais les auteurs ne croient pas un Grand soir qui remettrait tout à plat. Nous sommes tous bien trop inquiets pour ça.

« Tant que nous ne saurons pas comment nous passer des centrales nucléaires et que les démanteler sera un business pour ceux qui les veulent éternelles, aspirer à l’abolition de l’Etat continuera de faire sourire : tant que la perspective d’un soulèvement populaire signifiera pénurie certaine de soins, de nourriture ou d’énergie, il n’y aura pas de mouvement de masse décidé. »

Un archipel de « communes »

Comme dans « L’Insurrection qui vient », les auteurs envoient quelques coups de griffe aux « milieux militants » négristes, altermondialistes, héritiers du marxisme, pacifistes acharnés comme hérauts de la radicalité politique. Ils les dénoncent, pour faire court, comme des « faux amis » qui n’ont pas compris grand-chose de leurs errements.

L’échec opérationnel des insurrections récentes – qui « ne partent plus d’idéologies politiques mais de vérités éthiques » – ne se solde pas par une remise à zéro des expériences.

Chaque révolte sert le dessein de « faire grandir une puissance collective », fondée sur la mise en relation étroite et croissante de ceux qui contestent au pouvoir sa légitimité. Cet archipel de « communes » se nourrirait de soutiens extérieurs, de petites complicités, de rencontres et de la réappropriation d’autant de techniques que possibles. Savoir faire la cuisine pour quinze, construire des maisons, nouer des alliances, sans s’enfermer dans un entre-soi étriqué.

« Revenir sur terre, c’est, pour commencer, ne plus vivre dans l’ignorance des conditions de notre existence. [...] Toute puissance a trois dimensions, l’esprit, la force et la richesse. La condition de sa croissance est de les tenir toutes trois ensemble.

En tant que puissance historique, un mouvement révolutionnaire est ce déploiement d’une expression spirituelle – qu’elle prenne une forme théorique, littéraire, artistique ou métaphysique –, d’une capacité guerrière – qu’elle soit orientée vers l’attaque ou l’autodéfense – et d’une abondance de moyens matériels et de lieux. »

Technophiles et technophobes

Absente de « L’Insurrection qui vient », la question technique occupe une place cruciale dans « A nos amis ». Le Comité invisible dédie son livre à plusieurs de ses camarades, dont le hacker américain Jeremy Hammond, condamné à dix ans de prison pour le piratage de la société d’intelligence économique Stratfor.

Son apparition, ainsi qu’un chapitre consacré à la technologie, permet une résolution plutôt fine de l’éternel débat entre technophiles et technophobes.

« La vertu des hackers a été de partir de la matérialité de l’univers réputé virtuel. [...] Comprendre comment marche n’importe lequel des appareils qui nous entourent comporte un accroissement de puissance immédiat, nous donnant prise sur ce qui ne nous apparaît dès lors plus comme un environnement, mais comme un monde agencé d’une certaine manière et que nous pouvons modeler. Tel est le point de vue hacker sur le monde. »

Le livre souligne pourtant deux écueils chez les hackers : une conception de la liberté très individualiste et, parmi eux, une « ligne de front » séparant ceux qui œuvrent contre les gouvernements de ceux qui les aident à se réformer, voire collaborent avec.

Le texte distingue bien d’un côté la réappropriation de savoirs techniques essentiels et la possibilité de leur utilisation à des fins révolutionnaires. De l’autre, le « fantasme cybernétique de citoyenneté universelle », une « démocratie réelle » qui ressemblerait à un sondage d’opinion permanent, réclamé par des activistes connectés.

En dernier ressort, la cybernétique comme « science du gouvernement » permet une cauchemardesque cartographie des conduites et la possibilité de prédire les comportements. Quelque chose qui ressemble à ce que la chercheuse belge Antoinette Rouvroy appelle « la gouvernementalité algorithmique ». « L’homo oeconomicus » du XIXe siècle se voit remplacé par « une humanité transparente », « inséparable de son environnement technologique », productrice d’informations qui sert à mieux la contrôler.

Les infrastructures, clé du pouvoir

Héritier des sciences sociales post-1960, le Comité invisible ne situe pas les rapports de pouvoir dans les parlements, des « leurres à révolutionnaires », mais davantage dans les infrastructures que dans les institutions régaliennes. C’est « l’interconnexion des hommes, des objets et des machines » qui devient stratégique. Tout ce qui borne la vie quotidienne, la canalise, la conditionne ; poussé à l’extrême, les « smart cities » et leurs réseaux bien huilés de travailleurs, de véhicules et d’énergies optimisées.

Lignes à grande vitesse, autoroutes, aéroports : si les luttes sociales des dernières années ont paru se cristalliser autour de grands projets d’équipement comme Notre-Dame-des-Landes, la LGV Lyon-Turin ou la rénovation de la place Taksim à Istanbul, c’est que l’aménagement du territoire et la volonté de s’y implanter autrement sont devenus des points de fixation.

Dans la logique de sa filiation politique, « A nos amis » rappelle un slogan né pendant le CPE en 2006 : « C’est par les flux que ce monde se maintient. Bloquons tout ! » Huit ans plus tard, le slogan a trouvé un manifeste théorique.
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ivo

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Sam 25 Oct - 15:52

un extrait d'a nos amis(par contre suis pas tout a fait d'accord sur le faite de mettre sa avec l'affaire de tarnac Wink

Un extrait d’À nos amis
Publié le 22 octobre 2014 | Maj le 23 octobre
livres | Grèce
Le "Comité invisible" réapparaît cet automne. Disponible en librairie ou hors commerce, leur livre "A nos amis" sera peut-être l’occasion de relancer ou de prolonger un certain nombre de débats. Sur la question du retour de l’ordre, de la technologie, mais aussi, un bilan - forcément polémique - des sept dernières années écoulées depuis l’"Insurrection qui vient". En attendant, en voici un extrait tiré du chapitre « Disparaissons », qui revient sur l’épisode insurrectionnel grec et sur « le couple infernal du pacifisme et du radicalisme ».
1. Quiconque a vécu les jours de décembre 2008 à Athènes sait ce que signifie, dans une métropole occidentale, le mot « insurrection ». Les banques étaient en pièces, les commissariats assiégés, la ville aux assaillants. Dans les commerces de luxe, on avait renoncé à faire réparer les vitrines : il aurait fallu le faire chaque matin. Rien de ce qui incarnait le règne policier de la normalité ne sortit indemne de cette onde de feu et de pierre dont les porteurs étaient partout et les représentants nulle part – on incendia jusqu’à l’arbre de Noël de Syntagma.
À un certain point, les forces de l’ordre se retirèrent : elles étaient à court de grenades lacrymogènes. Impossible de dire qui, alors, prit la rue. On dit que c’était la « génération 600 euros », les « lycéens », les « anarchistes », la « racaille » issue de l’immigration albanaise, on dit tout et n’importe quoi. La presse incriminait, comme toujours, les « koukoulophoroi », les « encagoulés ».
Les anarchistes, en vérité, étaient dépassés par cette vague de rage sans visage. Le monopole de l’action sauvage et masquée, du tag inspiré et même du cocktail Molotov leur avait été ravi sans façon. Le soulèvement général dont ils n’osaient plus rêver était là, mais il ne ressemblait pas à l’idée qu’ils s’en étaient faite. Une entité inconnue, un égrégore était né, et qui ne s’apaisa que lorsque fut réduit en cendres tout ce qui devait l’être. Le temps brûlait, on fracturait le présent pour prix de tout le futur qui nous avait été ravi.
Les années qui suivirent en Grèce nous enseignèrent ce que signifie, dans un pays occidental, le mot « contre-insurrection ». La vague passée, les centaines de bandes qui s’étaient formées jusque dans les moindres villages du pays tentèrent de rester fidèles à la percée que le mois de décembre avait ouverte. Ici, on dévalisait les caisses d’un supermarché et l’on se filmait en train d’en brûler le butin. Là, on attaquait une ambassade en plein jour en solidarité avec tel ou tel ami tracassé par la police de son pays. Certains résolurent, comme dans l’Italie des années 1970, de porter l’attaque à un niveau supérieur et ciblèrent, à la bombe ou à l’arme à feu, la Bourse d’Athènes, des flics, des ministères ou encore le siège de Microsoft. Comme dans les années 1970, la gauche promulgua de nouvelles lois « antiterroristes ». Les raids, les arrestations, les procès se multiplièrent. On en fut réduit, un temps, à lutter contre « la répression ».
L’Union européenne, la Banque mondiale, le FMI, en accord avec le gouvernement socialiste, entreprirent de faire payer la Grèce pour cette révolte impardonnable. Il ne faut jamais sous-estimer le ressentiment des riches envers l’insolence des pauvres. On décida de mettre au pas le pays entier par un train de mesures « économiques » d’une violence à peu près égale, quoique étalée dans le temps, à celle de la révolte.
À cela répondirent des dizaines de grèves générales à l’appel des syndicats. Les travailleurs occupèrent des ministères, les habitants prirent possession de mairies, des départements d’universités et des hôpitaux « sacrifiés » décidèrent de s’auto-organiser. Et il y eut le « mouvement des places ». Le 5 mai 2010, nous étions 500 000 à arpenter le centre d’Athènes. On tenta plusieurs fois de brûler le Parlement. Le 12 février 2012, une énième grève générale vient s’opposer désespérément à l’énième plan de rigueur. Ce dimanche, c’est toute la Grèce, ses retraités, ses anarchistes, ses fonctionnaires, ses ouvriers et ses clochards, qui bat le pavé, en état de quasi-soulèvement.
Alors que le centre-ville d’Athènes est à nouveau en flammes, c’est, ce soir-là, un paroxysme de jubilation et de lassitude : le mouvement perçoit toute sa puissance, mais réalise aussi qu’il ne sait pas à quoi l’employer. Au fil des ans, malgré des milliers d’actions directes, des centaines d’occupations, des millions de Grecs dans la rue, l’ivresse de la révolte s’est éteinte dans l’assommoir de la « crise ». Les braises continuent évidemment de couver sous la cendre ; le mouvement a trouvé d’autres formes, s’est doté de coopératives, de centres sociaux, de « réseaux d’échange sans intermédiaires » et même d’usines et de centres de soin autogérés ; il est devenu, en un sens, plus « constructif ». Il n’empêche que nous avons été défaits, que l’une des plus vastes offensives de notre parti au cours des dernières décennies a été repoussée, à coups de dettes, de peines de prison démesurées et de faillite généralisée.
Ce ne sont pas les friperies gratuites qui feront oublier aux Grecs la détermination de la contre-insurrection à les plonger jusqu’au cou dans le besoin. Le pouvoir a pu chanceler et donner le sentiment, un instant, de s’être volatilisé ; il a su déplacer le terrain de l’affrontement et prendre le mouvement à contre-pied. On mit les Grecs devant ce chantage « le gouvernement ou le chaos » ; ils eurent le gouvernement et le chaos. Et la misère en prime.
Avec son mouvement anarchiste plus fort que partout ailleurs, avec son peuple largement rétif au fait même d’être gouverné, avec son État toujours-déjà failli, la Grèce vaut comme cas d’école de nos insurrections défaites. Cartonner la police, défoncer les banques et mettre temporairement en déroute un gouvernement, ce n’est pas encore le destituer. Ce que le cas grec nous enseigne, c’est que sans idée substantielle de ce que serait une victoire, nous ne pouvons qu’être vaincus. La seule détermination insurrectionnelle ne suffit pas ; notre confusion est encore trop épaisse. Que l’étude de nos défaites nous serve au moins à la dissiper quelque peu.
2. Quarante ans de contre-révolution triomphante en Occident nous ont affligés de deux tares jumelles, également néfastes, mais qui forment ensemble un dispositif impitoyable : le pacifisme et le radicalisme. Le pacifisme ment et se ment en faisant de la discussion publique et de l’assemblée le modèle achevé du politique. C’est en vertu de cela qu’un mouvement comme celui des places s’est trouvé incapable de devenir autre chose qu’un indépassable point de départ.
Pour saisir ce qu’il en est du politique, il n’y a pas d’autre choix que de faire un nouveau détour par la Grèce, mais l’antique cette fois. Après tout, le politique, c’est elle qui l’a inventé. Le pacifiste répugne à s’en souvenir, mais les Grecs anciens ont d’emblée inventé le politique comme continuation de la guerre par d’autres moyens.
La pratique de l’assemblée à l’échelle de la cité provient directement de la pratique de l’assemblée de guerriers. L’égalité dans la parole découle de l’égalité devant la mort. La démocratie athénienne est une démocratie hoplitique. On y est citoyen parce que l’on y est soldat ; d’où l’exclusion des femmes et des esclaves. Dans une culture aussi violemment agonistique que la culture grecque classique, le débat se comprend lui-même comme un moment de l’affrontement guerrier, entre citoyens cette fois, dans la sphère de la parole, avec les armes de la persuasion. « Agon », d’ailleurs, signifie autant « assemblée » que « concours ». Le citoyen grec accompli, c’est celui qui est victorieux par les armes comme par les discours.
Surtout, les Grecs anciens ont conçu dans le même geste la démocratie d’assemblée et la guerre comme carnage organisé, et l’une comme garante de l’autre. On ne leur fait d’ailleurs crédit de l’invention de la première qu’à condition d’occulter son lien avec l’invention de ce type assez exceptionnel de massacre que fut la guerre de phalange – cette forme de guerre en ligne qui substitue à l’habileté, à la bravoure, à la prouesse, à la force singulière, à tout génie, la discipline pure et simple, la soumission absolue de chacun au tout. Lorsque les Perses se trouvèrent face à cette façon si efficace de mener la guerre, mais qui réduit à rien la vie du fantassin, ils la jugèrent à bon droit parfaitement barbare, comme par la suite tant de ces ennemis que les armées occidentales devaient écraser. Le paysan athénien en train de se faire héroïquement trucider devant ses proches au premier rang de la phalange est ainsi l’autre face du citoyen actif prenant part à la Boulè. Les bras inanimés des cadavres jonchant le champ de bataille antique sont la condition stricte des bras qui se lèvent pour intervenir dans les délibérations de l’assemblée.
Ce modèle grec de la guerre est si puissamment ancré dans l’imaginaire occidental que l’on en oublierait presque qu’au moment même où les hoplites accordaient le triomphe à celle des deux phalanges qui, dans le choc décisif, consentirait au maximum de morts plutôt que de céder, les Chinois inventaient un art de la guerre qui consistait justement à s’épargner les pertes, à fuir autant que possible l’affrontement, à tenter de « gagner la bataille avant la bataille » – quitte à exterminer l’armée vaincue une fois la victoire obtenue. L’équation « guerre = affrontement armé = carnage » court de la Grèce antique jusqu’au xxe siècle : c’est au fond l’aberrante définition occidentale de la guerre depuis deux mille cinq cents ans. Que l’on nomme « guerre irrégulière », « guerre psychologique », « petite guerre » ou « guérilla », ce qui est ailleurs la norme de la guerre, n’est qu’un aspect de cette aberration-là.
Le pacifiste sincère, celui qui n’est pas tout simplement en train de rationaliser sa propre lâcheté, commet l’exploit de se tromper deux fois sur la nature du phénomène qu’il prétend combattre. Non seulement la guerre n’est pas réductible à l’affrontement armé ni au carnage, mais celle-ci est la matrice même de la politique d’assemblée qu’il prône. « Un véritable guerrier, disait Sun Tzu, n’est pas belliqueux ; un véritable lutteur n’est pas violent ; un vainqueur évite le combat. » Deux conflits mondiaux et une terrifiante lutte planétaire contre le « terrorisme » nous ont appris que c’est au nom de la paix que l’on mène les plus sanglantes campagnes d’extermination.
La mise au ban de la guerre n’exprime au fond qu’un refus infantile ou sénile d’admettre l’existence de l’altérité. La guerre n’est pas le carnage, mais la logique qui préside au contact de puissances hétérogènes. Elle se livre partout, sous des formes innombrables, et le plus souvent par des moyens pacifiques. S’il y a une multiplicité de mondes, s’il y a une irréductible pluralité de formes de vie, alors la guerre est la loi de leur co-existence sur cette terre. Car rien ne permet de présager de l’issue de leur rencontre : les contraires ne demeurent pas dans des mondes séparés. Si nous ne sommes pas des individus unifiés dotés d’une identité définitive comme le voudrait la police sociale des rôles, mais le siège d’un jeu conflictuel de forces dont les configurations successives ne dessinent guère que des équilibres provisoires, il faut aller jusqu’à reconnaître que la guerre est en nous – la guerre sainte, disait René Daumal. La paix n’est pas plus possible que désirable. Le conflit est l’étoffe même de ce qui est. Reste à acquérir un art de le mener, qui est un art de vivre à même les situations, et suppose finesse et mobilité existentielle plutôt que volonté d’écraser ce qui n’est pas nous.
Le pacifisme témoigne donc ou bien d’une profonde bêtise ou bien d’une complète mauvaise foi. Il n’y a pas jusqu’à notre système immunitaire qui ne repose sur la distinction entre ami et ennemi, sans quoi nous crèverions de cancer ou de toute autre maladie auto-immune. D’ailleurs, nous crevons de cancers et de maladies auto-immunes. Le refus tactique de l’affrontement n’est lui-même qu’une ruse de guerre. On comprend très bien, par exemple, pourquoi la Commune de Oaxaca s’est immédiatement autoproclamée pacifique. Il ne s’agissait pas de réfuter la guerre, mais de refuser d’être défait dans une confrontation militaire avec l’État mexicain et ses hommes de main. Comme l’expliquaient des camarades du Caire : « On ne doit pas confondre la tactique que nous employons lorsque nous chantons “nonviolence” avec une fétichisation de la non-violence. » Ce qu’il faut, au reste, de falsification historique pour trouver des ancêtres présentables au pacifisme !
Ainsi de ce pauvre Thoreau dont on a fait, à peine décédé, un théoricien de La Désobéissance civile, en amputant le titre de son texte La désobéissance au gouvernement civil. N’avait-il pourtant pas écrit en toutes lettres dans son Plaidoyer en faveur du capitaine John Brown : « Je pense que pour une fois les fusils Sharp et les revolvers ont été employés pour une noble cause. Les outils étaient entre les mains de qui savait s’en servir. La même colère qui a chassé, jadis, les indésirables du temple fera son office une seconde fois. La question n’est pas de savoir quelle sera l’arme, mais dans quel esprit elle sera utilisée. » Mais le plus hilarant, en matière de généalogie fallacieuse, c’est certainement d’avoir fait de Nelson Mandela, le fondateur de l’organisation de lutte armée de l’ANC, une icône mondiale de la paix.
Il raconte lui-même : « J’ai dit que le temps de la résistance passive était terminé, que la nonviolence était une stratégie vaine et qu’elle ne renverserait jamais une minorité blanche prête à maintenir son pouvoir à n’importe quel prix. J’ai dit que la violence était la seule arme qui détruirait l’apartheid et que nous devions être prêts, dans un avenir proche, à l’employer. La foule était transportée ; les jeunes en particulier applaudissaient et criaient. Ils étaient prêts à agir comme je venais de le dire. À ce moment-là, j’ai entonné un chant de liberté dont les paroles disaient : “Voici nos ennemis, prenons les armes, attaquons-les.” Je chantais et la foule s’est jointe à moi et, à la fin, j’ai montré la police et j’ai dit : “Regardez, les voici, nos ennemis !” »
Des décennies de pacification des masses et de massification des peurs ont fait du pacifisme la conscience politique spontanée du citoyen. C’est à chaque mouvement qu’il faut désormais se colleter avec cet état de fait désolant. Des pacifistes livrant des émeutiers vêtus de noir à la police, cela s’est vu Plaça de Catalunya en 2011, comme on en vit lyncher des « Black Bloc » à Gênes en 2001. En réponse à cela, les milieux révolutionnaires ont sécrété, en guise d’anticorps, la figure du radical – celui qui en toutes choses prend le contrepied du citoyen. À la proscription morale de la violence chez l’un répond chez l’autre son apologie purement idéologique. Là où le pacifiste cherche à s’absoudre du cours du monde et à rester bon en ne commettant rien de mal, le radical s’absout de toute participation à « l’existant » par de menus illégalismes agrémentés de « prises de position » intransigeantes. Tous deux aspirent à la pureté, l’un par l’action violente, l’autre en s’en abstenant. Chacun est le cauchemar de l’autre. Il n’est pas sûr que ces deux figures subsisteraient longtemps si chacune n’avait l’autre en son fond. Comme si le radical ne vivait que pour faire frissonner le pacifiste en lui-même, et vice versa. Il n’est pas fortuit que la Bible des luttes citoyennes américaines depuis les années 1970 s’intitule : Rules for Radicals, de Saul Alinski.
C’est que pacifistes et radicaux sont unis dans un même refus du monde. Ils jouissent de leur extériorité à toute situation. Ils planent, et en tirent le sentiment d’on ne sait quelle excellence. Ils préfèrent vivre en extraterrestres – tel est le confort qu’autorise, pour quelque temps encore, la vie des métropoles, leur biotope privilégié. Depuis la déroute des années 1970, la question morale de la radicalité s’est insensiblement substituée à la question stratégique de la révolution.
C’est-à-dire que la révolution a subi le sort de toutes choses dans ces décennies : elle a été privatisée. Elle est devenue une occasion de valorisation personnelle, dont la radicalité est le critère d’évaluation. Les gestes « révolutionnaires » ne sont plus appréciés à partir de la situation où ils s’inscrivent, des possibles qu’ils y ouvrent ou qu’ils y referment. On extrait plutôt de chacun d’eux une forme. Tel sabotage survenu à tel moment, de telle manière, pour telle raison, devient simplement un sabotage. Et le sabotage en tant que pratique estampillée révolutionnaire vient sagement s’inscrire à sa place dans une échelle où le jet de cocktail Molotov se situe au-dessus du lancer de pierre, mais en dessous de la jambisation qui elle-même ne vaut pas la bombe. Le drame, c’est qu’aucune forme d’action n’est en soi révolutionnaire : le sabotage a aussi bien été pratiqué par des réformistes que par des nazis. Le degré de « violence » d’un mouvement n’indique en rien sa détermination révolutionnaire.
On ne mesure pas la « radicalité » d’une manifestation au nombre de vitrines brisées. Ou plutôt si, mais alors il faut laisser le critère de « radicalité » à ceux dont le souci est de mesurer les phénomènes politiques, et de les ramener sur leur échelle morale squelettique.
Quiconque se met à fréquenter les milieux radicaux s’étonne d’abord du hiatus qui règne entre leurs discours et leurs pratiques, entre leurs ambitions et leur isolement. Ils semblent comme voués à une sorte d’auto-sabordage permanent. On ne tarde pas à comprendre qu’ils ne sont pas occupés à construire une réelle force révolutionnaire, mais à entretenir une course à la radicalité qui se suffit à elle-même – et qui se livre indifféremment sur le terrain de l’action directe, du féminisme ou de l’écologie.
La petite terreur qui y règne et qui y rend tout le monde si raide n’est pas celle du parti bolchevique. C’est plutôt celle de la mode, cette terreur que nul n’exerce en personne, mais qui s’applique à tous. On craint, dans ces milieux, de ne plus être radical, comme on redoute ailleurs de ne plus être tendance, cool ou branché. Il suffit de peu pour souiller une réputation. On évite d’aller à la racine des choses au profit d’une consommation superficielle de théories, de manifs et de relations. La compétition féroce entre groupes comme en leur propre sein détermine leur implosion périodique. Il y a toujours de la chair fraîche, jeune et abusée pour compenser le départ des épuisés, des abîmés, des dégoûtés, des vidés. Un vertige prend a posteriori celui qui a déserté ces cercles : comment peut-on se soumettre à une pression si mutilante pour des enjeux si énigmatiques ? C’est à peu près le genre de vertige qui doit saisir n’importe quel ex-cadre surmené devenu boulanger lorsqu’il se remémore sa vie d’avant.
L’isolement de ces milieux est structurel : entre eux et le monde, ils ont interposé la radicalité comme critère ; ils ne perçoivent plus les phénomènes, juste leur mesure. À un certain point d’autophagie, on y rivalisera de radicalité dans la critique du milieu lui-même ; ce qui n’entamera en rien sa structure. « Il nous semble que ce qui vraiment enlève la liberté, écrivait Malatesta, et rend impossible l’initiative, c’est l’isolement qui rend impuissant. » Après cela, qu’une fraction des anarchistes s’autoproclame « nihiliste » n’est que logique : le nihilisme, c’est l’impuissance à croire à ce à quoi l’on croit pourtant – ici, à la révolution. D’ailleurs, il n’y a pas de nihilistes, il n’y a que des impuissants.
Le radical se définissant comme producteur d’actions et de discours radicaux, il a fini par se forger une idée purement quantitative de la révolution – comme une sorte de crise de surproduction d’actes de révolte individuelle. « Ne perdons pas de vue, écrivait déjà Émile Henry, que la révolution ne sera que la résultante de toutes ces révoltes particulières. » L’Histoire est là pour démentir cette thèse : que ce soit la révolution française, russe ou tunisienne, à chaque fois, la révolution est la résultante du choc entre un acte particulier – la prise d’une prison, une défaite militaire, le suicide d’un vendeur de fruits ambulant – et la situation générale, et non la somme arithmétique d’actes de révolte séparés. En attendant, cette définition absurde de la révolution fait ses dégâts prévisibles : on s’épuise dans un activisme qui n’embraye sur rien, on se livre à un culte tuant de la performance où il s’agit d’actualiser à tout moment, ici et maintenant, son identité radicale – en manif, en amour ou en discours. Cela dure un temps – le temps du burn out, de la dépression ou de la répression. Et l’on n’a rien changé.
Si une accumulation de gestes ne suffit pas à faire une stratégie, c’est qu’il n’y a pas de geste dans l’absolu. Un geste est révolutionnaire, non par son contenu propre, mais par l’enchaînement des effets qu’il engendre. C’est la situation qui détermine le sens de l’acte, non l’intention des auteurs. Sun Tzu disait qu’« il faut demander la victoire à la situation ». Toute situation est composite, traversée de lignes de forces, de tensions, de conflits explicites ou latents. Assumer la guerre qui est là, agir stratégiquement suppose de partir d’une ouverture à la situation, de la comprendre en intériorité, de saisir les rapports de force qui la configurent, les polarités qui la travaillent. C’est par le sens qu’elle prend au contact du monde qu’une action est révolutionnaire, ou pas. Jeter une pierre n’est jamais simplement « jeter une pierre ». Cela peut geler une situation, ou déclencher une intifada.
L’idée que l’on pourrait « radicaliser » une lutte en y important tout le bataclan des pratiques et des discours réputés radicaux dessine une politique d’extraterrestre. Un mouvement ne vit que par la série de déplacements qu’il opère au fil du temps. Il est donc, à tout moment, un certain écart entre son état et son potentiel. S’il cesse de se déplacer, s’il laisse son potentiel irréalisé, il se meurt. Le geste décisif est celui qui se trouve un cran en avant de l’état du mouvement, et qui, rompant ainsi avec le statu quo, lui ouvre l’accès à son propre potentiel. Ce geste, ce peut être celui d’occuper, de casser, de frapper ou simplement de parler vrai ; c’est l’état du mouvement qui en décide. Est révolutionnaire ce qui cause effectivement des révolutions. Si cela ne se laisse déterminer qu’après coup, une certaine sensibilité à la situation nourrie de connaissances historiques aide beaucoup à en avoir l’intuition.
Laissons donc le souci de la radicalité aux dépressifs, aux narcissiques et aux ratés. La véritable question pour les révolutionnaires est de faire croître les puissances vivantes auxquelles ils participent, de ménager les devenirs-révolutionnaires afin de parvenir enfin à une situation révolutionnaire. Tous ceux qui se gargarisent d’opposer dogmatiquement les « radicaux » aux « citoyens », les « révoltés en acte » à la population passive, font barrage à de tels devenirs. Sur ce point, ils anticipent le travail de la police. Dans cette époque, il faut considérer le tact comme la vertu révolutionnaire cardinale, et non la radicalité abstraite ; et par « tact » nous entendons ici l’art de ménager les devenirs-révolutionnaires.
Il faut compter au nombre des miracles de la lutte dans le Val de Suse qu’elle ait réussi à arracher bon nombre de radicaux à l’identité qu’ils s’étaient si péniblement forgée. Elle les a fait revenir sur terre. Reprenant contact avec une situation réelle, ils ont su laisser derrière eux une bonne part de leur scaphandre idéologique, non sans s’attirer l’inépuisable ressentiment de ceux qui restaient confinés dans cette radicalité intersidérale où l’on respire si mal. Cela tient certainement à l’art spécial que cette lutte a développé de ne jamais se laisser prendre dans l’image que le pouvoir lui tend pour mieux l’y enfermer – que ce soit celle d’un mouvement écologiste de citoyens légalistes ou celle d’une avant-garde de la violence armée.
En alternant les manifestations en famille et les attaques au chantier du TAV, en ayant recours tantôt au sabotage tantôt aux maires de la vallée, en associant des anarchistes et des mémés catholiques, voilà une lutte qui a au moins ceci de révolutionnaire qu’elle a su jusqu’ici désactiver le couple infernal du pacifisme et du radicalisme. « Se conduire en politique, résumait juste avant de mourir un dandy stalinien, c’est agir au lieu d’être agi, c’est faire la politique au lieu d’être fait, refait par elle. C’est mener un combat, une série de combats, faire une guerre, sa propre guerre avec des buts de guerre, des perspectives proches et lointaines, une stratégie, une tactique. »

http://paris-luttes.info/un-extrait-d-a-nos-amis

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Ven 8 Mai - 10:11


Tarnac : le parquet requiert le renvoi de Julien Coupat en correctionnelle pour terrorisme
LE MONDE | 07.05.2015 à 11h58 • Mis à jour le 07.05.2015 à 15h56 | Par Soren Seelow

Après sept ans d’une enquête mouvementée et largement médiatisée, le parquet de Paris a rendu son réquisitoire définitif dans l’affaire dite de « Tarnac ». En novembre 2008, dix jeunes gens issus de l’ultragauche gravitant dans ce petit village corrézien autour d’un intellectuel fédérateur, Julien Coupat, avaient été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Les services de police et de renseignement les soupçonnaient d’être impliqués dans une série de sabotages de lignes TGV commis dans les nuits du 25 au 26 octobre et du 7 au 8 novembre 2008.
Dans son réquisitoire, que Le Monde a pu consulter, le ministère public demande que seuls les trois principaux mis en examen – Julien Coupat, sa compagne Yildune Lévy et son ex-petite amie Gabrielle Hallez – soient renvoyés devant le tribunal correctionnel pour des sabotages « en relation avec une entreprise terroriste ». Il requiert un non-lieu pour deux de leurs compagnons, ainsi que pour trois des cinq sabotages, dont l’enquête n’a « pas permis d’identifier les auteurs ».
Lire aussi : Comprendre l’affaire Tarnac
Pour les cinq autres membres présumés de cette « association de malfaiteurs », le parquet, qui reconnaît manquer d’éléments les reliant aux dégradations, rejette la circonstance aggravante d’« entreprise terroriste ». Il requiert néanmoins leur renvoi pour des « tentatives de falsification de documents administratifs », des « recels » de documents volés ou des « refus de se soumettre à des prélèvements biologiques ». C’est la juge d’instruction, Jeanne Duyé, qui décidera au final de renvoyer ou non devant le tribunal tous ces mis en examen. Elle devrait signer l’ordonnance de renvoi avant l’automne.

Flot de critiques sur l’enquête

Politisé dès sa genèse par le gouvernement Fillon, qui avait fait de l’« ultragauche » une priorité policière, le dossier Tarnac est devenu au fil de l’instruction un objet médiatico-judiciaire incontrôlable. Procès-verbal après procès-verbal, les méthodes d’enquête de la toute nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), créée le 1er juillet 2008, ont été éreintées par voie de presse, fragilisant chaque jour un peu plus l’instruction.
Les fers à béton posés sur les caténaires de cinq lignes TGV en octobre et novembre 2008 avaient occasionné de nombreux retards, mais aucun blessé
Si ce dossier a provoqué tant de passions et de remous, c’est en raison de sa charge politique et parce qu’il interroge les fondements mêmes de l’arsenal antiterroriste à la française. Dans ce contexte houleux, le ministère public savait son réquisitoire attendu. Aussi a-t-il pris le soin de revenir en détail sur le flot de critiques qui s’est abattu sur cette enquête et sur la plus épineuse des questions qu’elle soulève : Julien Coupat est-il un terroriste ?
Lire aussi : Comprendre l’affaire Tarnac
Les fers à béton usinés posés sur les caténaires de cinq lignes TGV en octobre et novembre 2008 avaient occasionné de nombreux retards, mais aucun blessé. De l’aveu même des experts, ce dispositif, emprunté aux méthodes employées dans les années 1990 par les militants antinucléaires allemands, ne peut engendrer aucun déraillement ni porter atteinte à la sécurité des voyageurs.

Sabotage similaire en août 2014

Le caractère relativement bénin de ces dégradations avait été soulevé lors de l’instruction par les avocats de la défense, qui en contestaient le caractère « terroriste ». Le ministère public leur répond que « la finalité terroriste du groupuscule ne saurait être nuancée par l’absence de victimes humaines », l’article 421-1 du code pénal disposant que « les atteintes aux biens » peuvent constituer en droit français des actes de terrorisme pour peu qu’elles aient « pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».
En août 2014, un sabotage en tout point similaire – la pose d’un crochet sur une caténaire de la ligne du TGV Lyon-Paris – a pourtant été considéré comme un simple « acte de malveillance ». Selon les informations du Monde, c’est le parquet de Châlons-sur-Saône qui a ouvert une enquête préliminaire dans cette affaire, la section antiterroriste du parquet de Paris n’ayant pas jugé utile de se saisir du dossier.
Si Julien Coupat, Yildune Lévy et Gabrielle Hallez sont renvoyés pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », c’est donc uniquement à la lumière de leur idéologie et de leurs relations mise au jour par la surveillance dont ils faisaient l’objet avant le début des sabotages. Un contexte qui permet à l’accusation de projeter une intention terroriste sur des dégradations qui relèveraient en d’autres circonstances du droit commun.

« Structure clandestine anarcho-autonome »

L’enquête préliminaire visant les membres du groupe de Tarnac a été ouverte le 16 avril 2008, soit six mois avant les sabotages. Elle se fondait sur une note de la sous-direction antiterroriste décrivant cette communauté comme une « structure clandestine anarcho-autonome entretenant des relations conspiratives avec des militants de la même idéologie implantés à l’étranger et projetant de commettre des actions violentes ».
Les services de renseignement étaient destinataires d’une information selon laquelle Julien Coupat avait rencontré des anarcho-autonomes « dans un appartement new-yorkais » en janvier 2008. C’est ce voyage qui, sur la fois d’un renseignement des autorités américaines, a déclenché l’ouverture de l’enquête. Selon le ministère public, ces liens avec la « mouvance anarchiste internationale » constituent un des arguments justifiant la qualification de « terrorisme ».
Mais le pivot de l’accusation repose sur la pensée du principal mis en cause, c’est-à-dire sur ses écrits. Le ministère public considère comme acquis que Julien Coupat est la « plume principale » – ce que l’intéressé a toujours démenti – d’un « pamphlet » intitulé L’Insurrection qui vient, publié en 2007 par le Comité invisible. Ce texte préconise un « blocage organisé des axes de communication », au premier rang desquels les chemins de fer, par des groupes ayant adopté un mode de vie communautaire, afin de faire tomber « l’architecture de flux » qu’est devenu le monde moderne.

« Sentiment de terreur et d’intimidation »

Pour le parquet, cet « opuscule présenté de façon faussement béate par plusieurs témoins comme un simple livre de philosophie » est en réalité un guide théorique visant à « renverser par la violence l’Etat ». S’il reconnaît que le passage à l’acte violent « apparaît dans un premier temps de relativement faible intensité », le ministère public estime qu’il ne s’agissait que d’une « phase initiale » que l’interpellation des suspects a permis d’interrompre, évitant que ne s’installe « un sentiment de terreur et d’intimidation » dans le pays.
Le 25 mars 2009, les avocats de la défense avaient contesté la définition très large de l’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » au regard du droit international, estimant qu’elle s’appliquait abusivement à leurs clients. « Il ne suffit pas à la partie poursuivante de mettre en perspective des infractions de droit commun avec un discours politique critique pour caractériser l’existence d’une infraction terroriste, argumentaient-ils. Affirmer l’inverse permettrait de qualifier d’entreprise terroriste toute action portée par un discours politique ou syndical visant à dénoncer des choix politiques ou à exprimer une exaspération, voire une colère. »
« Si la promotion idéologique d’une nécessité de changer de société est une position politique protégée par la liberté d’opinion, sa mise en œuvre par l’intimidation ou la terreur relève de la délinquance, rétorque le ministère public. L’infraction terroriste est par nature politique puisque instiller l’intimidation ou la terreur a comme finalité l’exercice d’une forme de pouvoir sur la société. »
Lire aussi : Tarnac : quand François Hollande dénonçait une « affaire politique »

Au secours de la cote D104


Le parquet de Paris répond dans son réquisitoire à « la tentative de discréditer la cote D104 », pierre angulaire de l’accusation. Ce procès-verbal, qui retranscrit la filature du véhicule de Julien Coupat et de sa compagne Yildune Lévy durant la nuit du 7 au 8 novembre 2008, est censé attester de leur présence sur les lieux d’un sabotage. Or le PV de cette surveillance comporte plusieurs incohérences qui ont conduit les avocats à porter plainte pour « faux et usage de faux ». Ils contestaient la présence de certains policiers cette nuit-là, soupçonnés d’avoir rédigé leur PV à partir d’une balise posée illégalement sur la voiture du couple. L’information a conclu à un non-lieu. Le parquet s’appuie sur cette décision pour souligner que cette filature est « avérée par des éléments objectifs » et rappelle que les deux personnes mises en cause n’ont jamais contesté « leur présence sur les lieux de la surveillance ».
http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/05/07/tarnac-vers-un-proces-de-julien-coupat-pour-terrorisme_4629328_3224.html

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Dim 10 Mai - 15:55



Affaire Coupat: la maire de Tarnac dénonce «l’acharnement» judiciaire

AFP  9 mai 2015 à 19:14  

 



La maire de Tarnac (Corrèze), Marie-Rose Bourneil, a dénoncé samedi un «acharnement» judiciaire, après la demande par le Parquet de Paris d’un procès pour huit militants libertaires, dans le dossier du groupe de Tarnac lié à des sabotages de lignes TGV en 2008.
«Cette soi-disant affaire tourne à l’acharnement!» écrit dans un communiqué l’élue corrézienne du Front de Gauche.
«On peut sʼinterroger sur la concordance entre cette annonce et la succession de lois sécuritaires depuis un an», ajoute-t-elle en les jugeant «dangereuses». «Il ne faudrait pas que certains utilisent ce climat sécuritaire pour tenter de masquer les difficultés accumulées dans la procédure», estime Mme Bourneil.
Elle rappelle que deux des cinq personnes mises en examen et résidant à Tarnac, sur les huit militants, «sont des élus municipaux et font un travail sérieux au sein de notre équipe municipale pour le bien de tous les habitants».
Et d’ajouter que Tarnac, «depuis cette +affaire+, a repris son développement et porte aujourdʼhui des projets utiles à tous». Et «cʼest bien cette image, quʼil faut retenir de la commune de Tarnac», conclut l’élue corrézienne.
Le Parquet de Paris a demandé le renvoi en correctionnelle des huit militants libertaires, dont le leader présumé Julien Coupat.
Le «groupe de Tarnac», présenté comme proche de l’ultra-gauche, est soupçonné d’être à l’origine de sabotages de lignes SNCF dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 sur des caténaires, dans l’Oise, l’Yonne et la Seine-et-Marne.
Julien Coupat, 40 ans, et son épouse Yildune Levy, 31 ans, ont reconnu leur présence cette nuit-là à Dhuisy (Seine-et-Marne) aux abords de la voie ferrée où passe le TGV Est, mais ont toujours nié avoir participé à la pose d’un fer à béton, retrouvé plus tard sur le caténaire.
AFP

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Mar 12 Mai - 11:05


Julien Coupat : "Tarnac, l’un des plus grands fiascos de l’antiterrorisme"



Julien Coupat, leader présumé du groupe de Tarnac est l'invité de Léa Salamé à 7h50. Il accepte pour la première fois de s'exprimer à la radio, sept ans après le début de l'affaire dite de Tarnac

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=1094015

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Lun 10 Aoû - 22:49

Pour le journaliste David Dufresne, qui a longuement enquêté sur l’affaire de Tarnac, l'abandon de la qualification d'«entreprise terroriste» est à la fois une victoire et une manière de dépolitiser le dossier.




L’abandon de la qualification d’«entreprise terroriste» est-elle une victoire du droit ou le signe d’un fiasco politico-médiatique ?
C’est une victoire du droit car, pour tous ceux qui connaissent le dossier à fond, la question du terrorisme ne se posait pas. C’est aussi un fiasco, et un piège. Car en faisant ce choix, la juge, d’une certaine manière, dépolitise le dossier. A moins que le parquet ne fasse appel dans les cinq jours, ils vont être jugés comme de simples malfaiteurs et non comme de présumés terroristes. C’est sans doute une très bonne nouvelle pour les quatre mis en examen [pour association de malfaiteurs, ndlr], puisque les peines encourues sont moindres.
Reste que cette décision permet d’esquiver le procès de l’antiterrorisme et de ses dérives. Pendant sept ans, on a pu voir à l’œuvre le fonctionnement de l’antiterrorisme. Et là, la juge dit : on ne va surtout pas juger cette affaire devant une cour spéciale avec la circonstance aggravante de terrorisme, mais comme une simple affaire de droit commun. In fine, la justice avoue qu’elle s’est trompée. Mais elle est maligne car elle s’arrange pour qu’on ne puisse pas la juger. C’est piteux.
Tarnac, c’est un cas d’école des dérives des services chargés de l’antiterrorisme?
Cette histoire a permis de mettre au grand jour les méthodes de l’antiterrorisme, qui sont à la fois totales, pour ne pas dire totalitaires, et en même temps artisanales, au petit bonheur la chance : on réécrit des PV pour couvrir une balise probablement illégale, on s’arrange avec la loi sur les écoutes…
Il faut juger l’antiterrorisme. D’autant plus qu’il est devenu un mode de gouvernance. Il est au cœur de la loi sur le renseignement qui vient d’être promulguée et de la doctrine de Manuel Valls. Et là on nous dit : vous aviez raison, cette affaire ne relève pas du terrorisme, fermez le ban. Bien sûr que ce n’était pas du terrorisme, mais alors pourquoi a-t-on emprisonné des gens, fait autant d’écoutes, dépensé autant d’argent en faisant croire que cela en était ?
Il y a quand même eu des dégradations sur plusieurs lignes SNCF ?
Des dégradations sur les voies de chemin de fer, il y en a plus de 1 000 par an. La SNCF a reconnu que ce type d’acte ne pouvait faire dérailler les trains ni blesser ou, a fortiori, tuer des passagers. Que la SNCF recherche des responsables et qu’il y ait des sanctions, c’est légitime. Mais dire que c’est du terrorisme et accuser des gens sans preuve, non.
Dans cette affaire, il n’y a ni preuves ni aveux. Juste deux témoins : un policier anglais infiltré accusé aujourd’hui d’avoir couché avec quantité de femmes pour obtenir des informations, et un berger témoin sous X qui a raconté qu’il avait été sous pression pour balancer et qui a fait preuve de mythomanie.
Pourquoi renvoyer huit personnes en correctionnelle ?
La justice aurait dû aller jusqu’au bout et déclarer un non-lieu. Mais elle ne le fera pas car certains ont fait de la prison en préventive et que dans ce cas, ils seraient fondés à demander des dédommagements. En réalité, le juge Thierry Fragnoli, qui a instruit pendant des années l’affaire, avait envisagé de rendre cette décision, pour priver Julien Coupat et ses amis de tribune.
Juger Coupat comme simple malfaiteur, n’est-ce pas une insulte aux idées qu’il défend ?
Je n’ai jamais parlé en son nom. Avec la loi sur le renseignement, la France s’est dotée de moyens invraisemblables : nous sommes aujourd’hui tous possiblement des terroristes, et si cela ne se vérifie pas, on sera transformés en malfaiteurs. C’est ce message qui passe.
Cette affaire ne révèle-t-elle pas que le terrorisme est surtout une notion hautement politique ?
Le terrorisme c’est de la politique. Il n’existe pas de définition du terrorisme. L’ONU y travaille depuis des décennies. Il arrive parfois que les terroristes d’hier soient les héros d’aujourd’hui.
Des affaires similaires à celle de Tarnac, il y en a plein, si elle a pris de telles proportions, c’est qu’elle a été instrumentalisée : on se souvient des conférences de presse de Michèle Alliot-Marie [alors ministre de l’Intérieur, ndlr] au moment où les policiers ne trouvaient rien lors de leurs perquisitions à Tarnac. Elle a été applaudie à l’Assemblée par la droite et la gauche. Et la presse n’a pas été terrible non plus les premiers jours. 
Matthieu ECOIFFIER

http://www.liberation.fr/societe/2015/08/09/david-dufresne-une-facon-d-esquiver-le-proces-de-l-antiterrorisme_1361228?


mais .....
Tarnac : le parquet fait appel après l’abandon de la qualification « terroriste »

http://www.lemonde.fr/enquetes/article/2015/08/10/tarnac-le-parquet-fait-appel-de-l-abandon-de-la-circonstance-aggravante-d-entreprise-terroriste_4719670_1653553.html

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Sam 4 Juin - 9:08

sa pourrait carrément être la blague du jours , c'est dingue comment il ne peuvent concevoir que tout ce qu'il se passe ne peut pas etre une volonté populaire , ils leur faut forcement un coupat-ble ^^

La DGSI soupçonne les amis de Julien Coupat d’encourager les débordements en manif


http://www.lesinrocks.com/2016/06/news/nuit-debout-manifs-contre-loi-travail-pilotees-julien-coupat-selon-dgsi/


Loi travail : Julien Coupat dans le viseur de la DGSI

EXCLUSIF. Le renseignement intérieur soupçonne le cerveau présumé du "groupe de Tarnac" de s'activer en coulisse contre la loi travail.

http://www.lepoint.fr/societe/loi-travail-julien-coupat-dans-le-viseur-de-la-dgsi-02-06-2016-2043788_23.php


Loi Travail : la DGSI met les "casseurs" sur le dos de Julien Coupat
Jeudi 02 Juin 2016 à 14:55
Etienne Girard


Pour la DGSI, l'anarchiste encourage le recours à la violence lors des manifestations contre la loi El Khomri. Il serait même l'une des têtes pensantes d'un réseau qui se serait donné pour but rien de moins que de renverser les institutions.

http://www.marianne.net/loi-travail-dgsi-met-les-casseurs-dos-julien-coupat-100243341.html

Et dire que la dgsi est censé être la crème du renseignement à la française ^^

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Re: Affaire de Tarnac

Message  niouze le Ven 13 Jan - 20:55


Les inculpés écrivent au président.

paru dans lundimatin#85, le 13 décembre 2016

C’est un dossier qui n’en finit plus. Le parquet antiterroriste ne veut pas en démordre, les mis en examen dans l’affaire de Tarnac doivent être jugés pour terrorisme. Comme le relate Le Monde, la Cour de cassation doit se pencher aujourd’hui sur le 3e appel du ministère public. Le livre L’insurrection qui vient suffit-il à qualifier une entreprise politique de terroriste ?
Le choix du rapporteur interroge, il s’agit du juge Ricard, ancien bras droit de Jean-Louis Bruguières, conseiller de Michèle Alliot-Marie en terrorisme.
Si les inculpés ont choisi de ne pas se présenter ni d’être représentés lors de cette audience, ils ont par contre adressé une lettre à la cour que nous reproduisons ici.

Paris, le 7 décembre 2016
Monsieur le Président,
Le Parquet antiterroriste qui, dans cette affaire, a fait montre d’une remarquable constance dans l’aveuglement, s’est donc pourvu en cassation contre l’arrêt de la Chambre, après avoir perdu son appel contre l’ordonnance des juges d’instruction. On peut y voir une marque de cohérence ou d’entêtement ; les observateurs les plus détachés y ont vu une folie furieuse. Nul n’ignore en France, du moins parmi ceux qui se sont un peu renseignés, que l’affaire de Tarnac est un montage politique. Des livres entiers, des centaines d’articles, des enquêtes-fleuves en ont mis à nu une bonne partie des dessous ; et ils sont tous scandaleux. Alain Bauer, l’un des initiateurs de l’affaire, en est réduit depuis des années maintenant à ironiser sur le sujet, et à railler sa qualification terroriste. La 17e chambre du TGI de Paris a relaxé notre conseil, Jérémie Assous, sur le fondement de l’offre de preuve, conformément aux réquisitions de la chef même de la section concernée du Parquet. Jérémie Assous était donc bel et bien fondé à qualifier l’OPJ Bruno Mancheron, l’auteur du faux PV D104 et de tant d’autres faux dans cette procédure, de « faussaire ». Il n’y a que du côté de la section C1 du Parquet que l’on refuse de se rendre à l’évidence : tout cela n’est qu’un immense et flagrant fiasco. À peine a-t-on réussi à sauver les meubles en faisant obstacle, au cours de l’instruction de Paris et de Nanterre, à toutes nos demandes d’actes comme, au reste, à tout ce qui aurait pu contribuer à la manifestation de la vérité. Et pour cause, cela aurait amené, tôt ou tard, à la mise en cause de parties entières des services de renseignement, de l’appareil antiterroriste et bientôt de l’appareil d’Etat. C’était en un sens eux ou nous. On a fait en sorte que ce soit nous, même si cela n’est pas allé sans quelques victimes collatérales. Un juge d’instruction, pris en flagrant délit de partialité et de manipulation, a dû déguerpir. Un agent de la SDAT, censé avoir suivi Yildune et Julien, a prétendu être à la même heure en deux points distants d’une centaine de kilomètres tandis qu’il apparaissait finalement que les présumés saboteurs étaient en fait déjà rentrés à Paris à l’heure supposée du sabotage. Et ainsi de suite. Chaque nouveau rebondissement de l’affaire a marqué aux yeux de tous un nouvelle chute de la Justice dans le ridicule. Et pour nous, nous avons quand même pu accumuler les preuves des faux successifs – ceux qu’il a fallu faire pour couvrir les faux initiaux. Mais de toute évidence, dans ce genre de procédures et sur ce terrain-là, il n’y a pas de lutte à armes égales.
Le non-lieu agrémenté d’excuses publiques de la part de l’État nous a toujours semblé être le minimum qui nous était dû. Cette affaire a suffisamment dévasté nos vies – d’une sorte de dévastation pour laquelle il n’est pas de contrepartie. Il est donc inconcevable que nous venions quémander devant vous le respect d’un arrêt de la chambre de l’instruction qui, tout en revenant sur la qualification terroriste, valide les mille autres aberrations de ce dossier. C’est un non-lieu total que nous revendiquons ; et chacun sait que nous l’aurions obtenu de longue date s’il n’avait pas fallu ici protéger des services et des intérêts auxquels on ne peut rien refuser, à commencer par la dispense d’une humiliation publique. Nous laissons donc la Cour démêler la façon dont la Justice va pouvoir se sortir du pétrin où elle s’est mise par sa propre faute.
Avec le temps, et parce que les mécanismes judiciaires sont manifestement faits pour vous exproprier de votre propre destin, nous sommes en quelque sorte devenus les observateurs de notre sort dans une affaire qui, au bout de dix ans, ne nous concerne plus vraiment. Et comme tout observateur, nous avons pris l’habitude de faire des observations. Nous vous les livrons ici.
Il n’a pas manqué, dans ce dossier, de juges d’instruction farouchement partisans, d’experts mandatés pour dire ce que l’on attend, d’auditions arrangées, de contradictions qui crèvent les yeux et sur lesquelles on se garde bien d’enquêter, de subterfuges procéduraux et autres « reconstitutions » scandaleuses. Mais, avouons-le, nous ne nous attendions pas à ce que le rapporteur, supposément « neutre », « objectif », pour l’examen de ce pourvoi devant la cour de Cassation soit le juge Jean-François Ricard en personne. On a donc confié la synthèse « impartiale » du dossier de Tarnac à un homme qui fut le bras droit du cowboy Bruguière dont la postérité retiendra autant le soin à ensabler les procédures gênantes que le rôle dans le procès Chalabi. À un homme qui, aux dires de Marc Trévidic lui-même, dans son livre Au coeur de l’antiterrorisme, voit son rôle de juge d’instruction comme un « combat » contre un « adversaire » contre lequel il faut déployer des « stratégies », avec tout ce que cela suppose d’accommodements avec le droit - « Juger un terroriste, assume-t-il, c’est certes juger un acte terroriste, mais c’est aussi juger une conviction ». Un homme qui fut le conseiller informel à l’antiterrorisme de Michèle Alliot-Marie quand elle était ministre de la Défense avant que celle-ci ne tente de se propulser au poste de Premier Ministre grâce à nos arrestations. Le juge Ricard dont les câbles américains, révélés par WikiLeaks et jamais démentis par personne, ont exposé les singulières conceptions en matière de lutte antiterroriste. Pour rappel : « Le 9 mai 2005, l’ambassade [américaine] narre une rencontre avec le juge Jean-François Ricard. Celui-ci explique que les magistrats tel que lui, spécialisés dans l’antiterrorisme, bénéficient du "bénéfice du doute". Il prend comme exemple le dossier Djamel Beghal, arrêté en 2001 et soupçonné d’un projet d’attentat contre l’ambassade américaine à Paris. "Ricard dit que les preuves [contre lui et ses complices] ne seraient pas suffisantes normalement pour les condamner, mais il estime que ses services ont réussi grâce à leur réputation."  » (Le Monde, 29 novembre 2010) Le juge Ricard, donc, qui non content de goûter le flou opportun de l’incrimination d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » (AMT), se vantait à l’ambassade américaine d’avoir acquis une si rare intimité avec les RG, la DST et la DGSE que ces services lui laissaient consulter toutes sortes d’informations non judiciarisables du fait des moyens peu scrupuleux employés pour les obtenir. Un homme, enfin, qui a livré aux autorités américaines quantités d’informations sur des dossiers en cours. On a donc confié la synthèse, pour la cour de Cassation, du dossier de Tarnac, une affaire d’État, à un homme de la raison d’État. C’est à cet apôtre de l’antiterrorisme que l’on a délégué la tâche d’établir les bases du débat quant à la qualification des faits. Quelqu’un a dû juger qu’il devait manquer une pointe de scandale au scandale que n’a cessé d’être, depuis son premier jour, le traitement judiciaire de ce dossier.
Sans surprise, le parti pris du rapport du juge Ricard crève les yeux. Ce qui importe dans ce rapport de part en part hostile, est l’argumentation portant sur l’AMT. Il n’y a en effet, en droit français, besoin d’aucune infraction caractérisée pour être condamné pour terrorisme ; le fait de « participer à un groupement » ayant vocation à « troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur » est en soi déjà un « acte terroriste ». Et il suffit à cela d’un « élément matériel » qui peut-être un tract, un simple propos voire un silence. Et d’année en année, on voit ainsi s’étendre la liste des « actes terroristes » - consultation de site, fréquentation, train de vie « injustifié », « soutien », « apologie du terrorisme », etc. L’incrimination de terrorisme ne cesse de s’étendre, en amont, dans le potentiel, le « préventif », et en aval, dans l’infime, le quotidien. Il ne manque pas d’éléments de doctrine pour dénoncer comme une dérive voire comme un naufrage cette évolution du droit pénal, qui ne cesse de se rapprocher de ce que Günther Jakobs a théorisé comme « droit pénal de l’ennemi ». On se reportera ainsi avec profit au numéro 1 de la Revue de Science Criminelle et de droit comparé paru en 2009. On lira avec un égal intérêt le dernier numéro de la Revue de politique criminelle, et notamment l’article d’Olivier Cahn, « Cet ennemi intérieur, nous devons le combattre », ou celui de Virginie Sansico, qui rappelle que la première occurrence, dans le code pénal français, de la notion de « terrorisme » est bien évidemment le fait de Vichy. Curieusement, ce ne sont pas de tels éléments de doctrine, ni même les observations critiques de Julie Alix sur les évolutions de l’antiterrorisme, qui sont cités dans le rapport du juge Ricard. Ce dernier mentionne bien certains passages de sa thèse, mais omet, par exemple, celui-ci : « L’analyse de la criminalité terroriste met en lumière qu’en la matière, seule préside à la décision d’incrimination l’existence d’un besoin répressif. Le constat est donc celui d’une totale instrumentalisation de l’incrimination pénale au service de la politique criminelle antiterroriste ». On ne s’étonnera pas non plus que le juge Ricard ait préféré citer, pour seul philosophe, Raymond Aron plutôt que Michel Foucault, Gilles Deleuze ou Giorgio Agamben. Mais le juge Ricard ne répugne pas non plus aux falsifications mesquines, comme de mentir sur la distance entre deux villes afin de mettre en cause un non-lieu deux fois prononcé en notre faveur – non, monsieur Ricard, la distance entre Baccarat et Vigny est de 90 km par la route la plus courte et de 104 km par la route la plus rapide, et non de 70 km ! Décidément, ce monsieur a de beaux restes de ce talent inquisitorial qui fit sa fuyante gloire.
Nul doute que nous n’oeuvrions, dans la mesure de nos maigres moyens et parmi tant d’autres, à l’advenue d’une insurrection, ou du moins à la mise à l’arrêt d’une société qui va si manifestement dans le mur. Nul doute que cela puisse représenter, aux yeux de certains, un « grave trouble à l’ordre public ». Nul doute que la législation antiterroriste française soit au fond assez brumeuse pour permettre de couronner d’une cassation le monument de forfaitures qu’est ce dossier. Mais si vous deviez arguer de l’Insurrection qui vient pour nous renvoyer devant un tribunal antiterroriste, alors faites-le devant une cour d’assise, et non en catimini devant un tribunal correctionnel. Il vous est loisible de casser tous les jugements précédents, mais n’ayez pas la mesquinerie de priver notre défense d’un authentique procès où l’on peut enfin entendre juges d’instruction, policiers et politiques, que soit mis sur la place publique ce que tout le monde sait ou devine : les mensonges et les faux d’agents assermentés, les manipulations de l’instruction et toutes les intrigues politiciennes qui ont fait cette affaire. Or cela, seule la cour d’assise nous le garantit. Il est crucial que, si un écrit tel que l’Insurrection qui vient devait désormais constituer un « élément matériel » suffisant à caractériser une « entreprise terroriste », ses centaines de milliers de lecteurs à travers le monde en soient avisés. Il faut toute la publicité à une décision à ce point politique. Vous n’oublierez pas, alors, d’incriminer conjointement les lecteurs de Rimbaud :
Industriels, princes, sénats,
Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !
Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d’or !
Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,
Mon Esprit ! Tournons dans la Morsure : Ah ! passez,
Républiques de ce monde ! »
En vous priant d’agréer…,
Christophe Becker
Mathieu Burnel
Julien Coupat
Bertrand Deveaud
Manon Glibert
Elsa Hauck
Benjamin Rosoux
Aria Thomas
https://lundi.am/Tarnac-la-Cour-de-cassation-doit-statuer-sur-la-notion-de-terrorisme


et depuis ....

La Cour de cassation a définitivement écarté, mardi, la qualification terroriste dans l’affaire des sabotages des lignes TGV en 2008. L’épilogue d’un feuilleton judiciaire interminable, et un désaveu cinglant pour le parquet.

http://www.liberation.fr/france/2017/01/10/tarnac-la-fin-du-fantasme-terroriste_1540528 et ailleurs

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Re: Affaire de Tarnac

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